YANN DESTAL AU SOMMET DE SON ART AVEC LA SORTIE DE L’ALBUM « LET ME BE MINE »

Yann Destal revient en solo avec « Let Me Be Mine ». Un album précis et ciselé qui propose un voyage dans l’univers de la pop française de qualité. Loin de son immense tube « Lady » (2000), le multi-instrumentiste, chanteur et compositeur dégaine son savoir-faire avec finesse. La période 60/70 est à l’honneur et de nombreux clins d’œil à Ennio Morricone, David Bowie, Michel Polnareff, Fleetwood entre autres sont ici pour notre plus grand plaisir. Yann Destal nous parle de son inspiration et de sa musique dans un entretien ambiance Rock et crystalline.

Combien de temps avez-vous consacré à la fabrication de « Let me be mine » ?

Il s’est écoulé beaucoup de temps entre la sortie de mon premier album « The Great Blue Scar » et celui-ci. A l’époque j’étais chez Barclay/Universal, et TGBS (The Great Blue Scar, ndlr) ne s’est pas exactement vendu comme ils l’espéraient. Ce genre de situation n’est pas sans rappeler celle face à votre banquier, lorsque vous êtes à découvert. S’en est suivie une période fatigante de plusieurs années, durant laquelle j’ai enregistré de nombreux morceaux, dans un contexte où on vous conseille constamment de pré-mâcher le travail dans la musique, pour optimiser les chances que ça marche. Une vraie épreuve : vous devez choisir entre de meilleures chances de succès grâce à une musique qui ne vous ressemble plus, ou garder cette flamme originelle avec le risque de ne pas être entendu. En fait, je n’ai jamais douté de ma réponse à ce dilemme, mais j’ai été testé longuement par la vie. J’ai fini par quitter Universal, pour retrouver mon indépendance, et j’ai continué à enregistrer toujours plus de morceaux, tout heureux de me sentir libre. Quelques années en cavalier seul se sont écoulées à nouveau, avec quelques projets divers (musiques pour des films, tournages dans des films, projets electro « Priors », et autres…), et en studio j’enregistrais toujours. Puis j’ai rencontré des gens, spéciaux, qui ont cru en ce que je faisais. Je n’avais plus qu’à choisir les 13 ou 14 morceaux parmi tous ceux faits depuis TGBS, pour garder les mieux réussis, ceux qui allaient le mieux ensemble, pour enfin aboutir à l’album « Let Me Be Mine« .

A l’écoute de votre album, on ne peut s’empêcher de penser au cinéma notamment de Scorcèse ou James Gray. Vos thèmes musicaux sont aussi visuels. Aimeriez-vous composer pour le cinéma ?

On me dit souvent que la musique que je fais est « visuelle ». Pour moi, naturellement une musique est toujours une musique de film. Elle exprime une situation, un état émotionnel. Toutes les musiques que j’ai écoutées m’ont emmené dans le monde visuel et émotionnel qu’elles décrivaient. Je voyais un chanteur à l’agonie habillé en lambeaux en écoutant « Twist and Shout » des Beatles. Kate Bush, les Floyd m’ont emmené dans des mondes plus difficiles à décrire, plus irréels, mais pour moi ces mondes ont bel et bien existé, et existent encore. Ma mission est de créer le mien, et d’y inviter ceux qui m’écoutent, en espérant qu’ils aiment ce qu’ils y trouvent.

Il m’est déjà arrivé de composer pour le cinéma, ou pour une publicité, lorsque l’on fait appel à moi pour composer dans un style qui me convient. Ca n’arrive pas si souvent, mais dernièrement j’ai fait la musique pour une publicité, et elle a été très relayée sur Youtube par les gens, sous le nom de « Maroc le pays qui voyage en vous« , dans plusieurs langues, ou « love my morocco« .. Certains ont filmé leurs mains jouant la musique au piano, pour l’apprendre à d’autres, ce qui m’a fait très plaisir, je le leur ai dit, d’ailleurs… avant de les poursuivre en justice. Non, je plaisante…

YANN DESTAL

L’ambiance de cette nouvelle œuvre s’avère rappeler les années 70. Vous êtes né en 78, que vous inspire cette période tant d’un point de vue artistique que social ?

Je crois m’être inspiré tout autant de la musique des années 70 que de celle des années 60, mais j’ai beaucoup appris du Jazz précédant le rock, et plus encore de la musique classique dans les siècles passés (Pergolese, Mozart…). On vit avec son temps, alors je les remanie dans une musique d’aujourd’hui, à travers le filtre qui est le mien. Pour moi, à partir de la fin des années 70, l’économie tend à prendre le pas sur l’artistique de manière plus envahissante. En général, il semble que l’état de l’économie se calque sur la liberté qu’on laisse aux artistes, dans leur créativité. Plus la crise avance, plus le système se durcit, plus les chansons deviennent binaires et figées, jusqu’à aujourd’hui où la grosse caisse martèle les 4 temps de la mesure, sans discontinuer, dans une boucle qui se répète inlassablement. Certains se démarquent, pourtant, et les années 80, 90, 2000 ont tout de même leur lot de bonne musique. Seulement, pour la trouver, il faut chercher, avoir conscience qu’on a besoin de bonne musique. Dans ma position, il est vital que je m’instruise, que je me renseigne sur la musique des meilleurs artistes possibles. Si vous écoutez constamment du « pré-marché », alors vous allez retrouver cette emprunte dans vos compositions, et ça plafonne vite. Alors que si vous écoutez du Mozart par exemple, tôt ou tard dans vos chansons vont s’immiscer ici ou là quelques notes, dont vous n’aurez pas forcément conscience, qui seront l’écho d’un passage de Mozart. C’est d’une importance capitale: c’ est pourquoi je conseille, à ceux qui ont une ambition musicale, de se pencher sur ces artistes qui ont fait leurs preuves en traversant le temps, et de s’en imprégner, pour faire que la bonne musique se transmette et existe toujours.

Depuis quel âge  l’envie de musique et de création vous anime ?

L’envie de musique s’est manifestée très tôt chez moi, et on m’a inscrit à des cours de flûte vers mes cinq ans. J’en jouais plus volontiers pour retrouver des mélodies qui me plaisaient, dans un endroit où la réverb était naturelle (un escalier de service…). Je me rappelle de jouer « Le galérien« , ou des thèmes de publicités comme « Obao« , ou le jambon « Herta« . Puis j’avais deux ou trois mélodies, comme ça, qui m’étaient venues. C’est une chance d’avoir appréhendé la composition dans cet élan, comme instinctif, avant même de savoir que cela pouvait faire miroiter les rêves de gloire et d’argent… et je tiens à rester sur ce fonctionnement. C’est le seul qui apporte un épanouissement immédiat et indestructible, car il est une fin en soi. Puis, plus tard, petit à petit, je m’essayais à d’autres instruments, la clarinette, le piano. Des petits airs composés, au départ très simples, puis progressivement plus complexes. J’ai enregistré ma première chanson vers 13 ans, sur un 4 pistes à cassettes, ça m’amuse de la ré-entendre, parfois. Elle est toujours importante pour moi.

Quels sont vos musiciens/chanteurs préférés ? et pourquoi ?

Les groupes et chanteurs que j’ai préféré ont eu une place très importante dans ma vie. D’abord en tant qu’auditeur, je rentrais vraiment « dans le trip » comme on dit. Ces musiques m’accompagnaient comme un meilleur ami. Et du coup, comme j’avais gardé cette habitude de rejouer ce qui me plaisait, j’apprenais les styles de chacun, et m’en imprégnais. Alors j’essayais de faire comme Freddie Mercury, comme Bowie, Dylan, comme tous ceux qui me faisaient voyager le mieux. Un jour je suis tombé sur un livre dans une brocante. Le genre de livre qui valait 2 francs, poussiéreux, imprimé il y a vingt ans, et qui parlait des « apprentis chanteurs ». J’y ai lu qu’on pouvait facilement tomber dans un piège, en tentant d’acquérir une technique vocale d’un chanteur qu’on admire, et finalement devenir un clone, incapable de retrouver sa personnalité propre. Quelle horreur… J’ai juré que ça ne m’arriverait pas: pendant un temps, je vais chanter comme le chanteur qui m’intéresse, puis, une fois sa technique vocale assez maitrisée, je ré-affirme qui je suis. Je range le chanteur en question, aussi génial soit-il, dans un tiroir que j’ouvrirai quand le moment sera le bon, pour une phrase ici ou là. J’entends pas mal de chanteurs aujourd’hui qui n’ont pas fait attention à cela, qui bluffent par leur technique, qui chantent aussi bien que Stevie Wonder, ou Amy Winhouse, mais qui ont renoncé à leur personnalité. Si ils en avaient une, c’est un grave gâchis. Je parle ici de chant, mais c’est la même chose pour la composition, pour tout ce qui demande de la personnalité. C’est pour ça, quand on me demande mes « influences », la question est une erreur dès le départ, et déplaît en général à ceux à qui on la pose: si on est bien dans son rôle, on n’est surtout pas « influencés », au contraire on se SERT des terrains explorés par d’autres, pour les prolonger, pour construire son propre chemin. 

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Quels souvenirs gardez-vous de l’époque Modjo ?

Après treize années écoulées, aussi forts ces moments ont été, ça commence à vraiment se dissiper dans mon esprit, de telle manière qu’il est difficile pour moi de vous répondre aujourd’hui. En plus du temps passé, j’ai vécu des épreuves et des expériences qui font que je ne suis plus le même qu’à l’époque, je n’ai plus la même façon de voir le monde, à bien des égards. Le monde a changé, lui aussi. Je me rappelle d’une insouciance, un peu comme on se rappelle de l’enfance: c’était bien, c’est touchant parfois, mais on n’y repense plus trop. Je suis toujours dubitatif qu’on m’en parle encore, mais c’est ainsi, je ne m’en plains pas. Je dois toujours rectifier l’idée que j’ai pris un tournant musical en devenant Yann Destal, alors que pour moi c’est Modjo qui était le tournant. J’étais un musicien qui s’essayait à l’electro, avec Romain Tranchart qui était musicien aussi. On a fait de l’electro de musiciens, et lorsqu’on utilisait des samples, on les exploitait avec musicalité. Le sample de Chic sur « Lady » n’aurait pas servi ainsi la chanson sans cela, et ça se traduisait sur toutes les chansons de notre album. On me faisait la remarque récemment que l’electro s’orientait de plus en plus vers un retour à cette musicalité, et aux vrais instruments, à l’image du dernier album de Daft Punk. Tant mieux si l’homme revient insatisfait de son exploration parmi les machines. C’était super, mais pas suffisant. Tant mieux si il y avait déjà ça chez Modjo en 2000. Puis on pourrait dire que j’ai prononcé le trait autant que possible avec mon premier solo « The Great Blue Scar« , et aujourd’hui « Let me be mine« . Cette exploration me satisfait-elle ? Je ne prévois pas d’en revenir d’un jour.

Êtes-vous déjà sur le prochain opus ?

Je ne sais pas. J’enregistre une chanson en ce moment, et beaucoup d’autres toquent à la porte de mon studio. Comme je le disais plus haut, j’ai beaucoup de chansons déjà enregistrées, qui n’ont pas figuré sur « Let me be mine« , pas forcément pour des raisons qualitatives, mais juste parce qu’elles étaient moins adaptées, et parce qu’il fallait bien choisir. Je ne sais pas dans quelle mesure certaines d’entre elles figureront sur l’album qui suivra, en tout cas j’ai bon espoir de ne pas attendre aussi longtemps pour le prochain disque qu’entre les deux premiers! Mais pour l’instant, c’est « Let me be mine » qui vient de sortir, et que je vais tenter de faire découvrir au plus grand nombre, et ce travail sera de longue haleine, alors c’est un peu prématuré pour en parler.

Dates à venir :

2 décembre à la Belleviloise

24 janvier au Bus Palladium

28 février au Badaboum (anciennement Scène Bastille)

Yasmina Jaafar

©Mika Tard



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