MELISSA PETITJEAN, UN CESAR POUR UNE PASSIONNEE DU SON. UNE FEMME QUI ENTRE DANS LA GRANDE HISTOIRE DU CINEMA

Melissa Petitjean est une femme hors du commun. Dotée d’une personnalité de fer, elle vient de rafler un César méga mérité pour le film « Michael Kohlhaas » d’Arnaud des Pallières le 28 février dernier. Depuis, cette diplômée de la Fémis compte déjà une filmographie épatante avec le son  des films d’Emmanuel Mouret « Un baiser s’il vous plaît », « Fais-moi plaisir », « L’art d’aimer », « Une autre vie« , ou encore ceux de Fanny Ardant « Cendres et Sang », « Cadences Obstinées ». Très demandée, c’est au Colloque « En avant toutes » organisé par France Télévisions que nous l’avons rencontrée. Impossible de passer à côté de ce tempérament solide porté par une jeune femme harnachée à ses compétences.

 

Ressentez-vous déjà les effets du César ?

Professionnels, pas encore. D’ailleurs, je ne sais pas s’il y aura des « effets » de ce côté-là, la manière dont le travail nous arrive, les jeux de réseaux, de chance, les connections, on ne sait pas très bien comment ça se fait. Sans doute, à partir de maintenant, j’aurai moins besoin de faire mes preuves pour avoir la confiance des producteurs et des réalisateurs. Mais chaque film est différent et, il n’y a pas de bon mixeur dans l’absolu, c’est une alchimie entre l’humain, la technique et la narration. Pour le moment, je ressens des effets très positifs humainement, le César a été l’occasion pour beaucoup de gens de me manifester leur affection, leur respect pour mon travail ou leur amitié et cela m’enveloppe d’une énergie très positive. Je suis heureuse du bonheur que cet événement m’a procuré et surtout a procuré autour de moi. C’est déjà un bel effet !

Quel regard porte sur vous la profession depuis cette reconnaissance ?

Je ne saurais pas répondre à cette question, c’est à la profession qu’il faudrait demander. Comme vous dites c’est une reconnaissance, j’ai donc un peu le sentiment que l’on me « reconnaît » en tant que professionnelle à part entière, que je suis à ma place. Je ne le prends pas comme un aboutissement mais comme une autorisation à continuer.
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Pensez-vous que cette récompense pose les bases d’un début de changement des mentalités dans le milieu du 7ème art quant au trop grand manque de femmes aux postes techniques ?

Si j’ai eu cette récompense, c’est la preuve que les mentalités ont déjà commencé un peu à changer, lentement, il est vrai, nous ne sommes qu’au début du chemin. Ce qui est sûr c’est que l’on peut se dire maintenant « c’est possible ». J’espère que cela va ouvrir la voie aux jeunes filles qui doutaient encore qu’elles puissent le faire, et faire changer d’avis aux producteurs/productrices et aux réalisateurs/réalisatrices qui hésitent à prendre des femmes à certains postes soi-disant trop importants ou trop techniques.

Déjà 12 ans de métier, ce n’est pas trop long pour se faire un prénom ?

Je me suis fais un prénom et un nom en même temps (je viens d’une famille qui, bien que très cinéphile, n’a aucun lien avec le milieu !)
Je ne crois pas que ce soit trop long, je pense même que cela été très rapide. J’ai mixé mon premier long métrage 18 mois après être sortie de La FEMIS et depuis, je n’ai pas vraiment arrêté, chaque année, je faisais un film de plus que l’année précédente, pour en arriver à 6 ou 7 par an, ce qui est une très bonne moyenne pour un mixeur (une mixeuse !).
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Comment expliquez-vous ces difficultés pour émerger ?

Je ne crois pas avoir eu de difficulté à émerger. Avancer dans ce métier prend du temps, il faut faire ses preuves, se faire un réseau, trouver les personnes avec qui on aime travailler (et réciproquement). Il y a des moments de découragement, des moments sans travail (et c’est normal, c’est comme ça pour tout le monde), ce sont des cycles. Il y a des choses qui ne dépendent pas de nous : par exemple, mixer un film qui a un succès public ou critique nous donne un coup de pouce. Il y a une part de chance. J’ai eu aussi la chance d’être aidée par des ainés qui m’ont pris sous leur aile, qui m’ont appris beaucoup et qui m’ont donné l’occasion de travailler avec eux ou m’ont fait suffisamment confiance pour proposer mon nom pour faire des films à leur place lorsqu’ils n’étaient pas disponibles.
Le fait d’être une femme ne m’a pas empêché d’avancer, j’ai bien senti que l’on me faisait d’emblée parfois moins confiance qu’à un homme mais je n’ai jamais laissé de prise à cela, j’ai toujours fait comme si cela n’existait pas (tout en étant souvent blessée de certaines paroles ou certains comportements). Du coup, comme notre comportement engendre celui des autres, cela n’a souvent, au final, pas été un problème.

Vos autres passions ?

Je fais de l’improvisation théâtrale depuis 6 ans. Je dirige une troupe qui s’appelle les Malades de l’Imaginaire et je joue dans une autre, les Improtagonistes.
C’est ma deuxième passion après le cinéma, je passe beaucoup de temps à jouer et à m’entraîner.

D’où vous vient cette passion pour l’improvisation ?

J’avais une amie qui faisait partie d’une troupe et j’allais la voir jouer. Je trouvais la discipline riche et  drôle, je m’y suis donc essayée. Il faut dire aussi que je cherchais une « activité » pour me détendre en dehors des auditoriums de mixage, je sentais que j’avais besoin de me développer autrement. Petit à petit, l’improvisation a pris une grande place dans ma vie. Tous les improvisateurs vous diront que c’est une drogue ; on se jette dans le vide à chaque spectacle, on découvre qui on est vraiment, on prend conscience de l’autre. Finalement, ce n’est pas si éloigné du mixage.

Seriez-vous tenter de passer devant la caméra ?

Pour le moment, non. Je suis improvisatrice mais pas comédienne. L’improvisation est une discipline à part entière, qui requiert des techniques de comédiens mais qui ne fait pas de nous des acteurs.
Comme toutes les expériences sont bonnes à prendre, je ne dis pas que je refuserais si on me le proposait, mais pour l’instant, cela n’a pas été le cas.

Quel prochain film sera signé « Melissa au son  » ?

 Je signe le son des films avec le chef opérateur du son et le monteur son, c’est le travail de trois personnes (voire plus) qui fait le son d’un film dont le chef d’orchestre est le réalisateur. La belle vie de Jean Denizot sort le 9 avril. Je viens de terminer le mixage de Le grand homme de Sarah Léonor et je suis en train de mixer L’ex de ma vie  de Dorothée Sebbagh.

Bande Annonce du film qui lui a valu ce César :

 

Yasmina Jaafar

Photo : MFP Martin Bureau

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