CAROLINE LOEB, ALEX LUTZ ET GEORGE SAND : 3 ARTISTES POUR UN SPECTACLE.

Caroline Loeb est mise en scène par Alex Lutz pour évoquer George Sand. Une lumière faite sur la vie de cette auteure exceptionnelle et avant-gardiste au travers de celle de la chanteuse et actrice. Le couple Loeb/Lutz nous offre 1h15 d’émotion et de rire.

Entretien avec une artiste complète qui ne s’avoue jamais vaincue.

Pourquoi George Sand ?

Parce qu’elle concentre à elle seule tout ce qui me passionne et sur quoi je travaille depuis des années : l’amour de la littérature, l’importance de l’écriture, une curiosité à tout va (de la minéralogie aux papillons en passant par la cuisine), un goût pour l’humanisme, le féminisme, et enfin une jouissance par la musique. En fait, je ne la connaissais pas bien et c’est mon éditeur et ami, Laurent Balandras qui m’a conseillé de m’y intéresser. Je me suis aperçue que, comme tout le monde, j’avais sur elle des idées pleine de clichés. Qu’elle soit connue essentiellement pour ses amours célèbres (Musset et Chopin) est invraisemblable! Alors qu’elle était proche de ceux qui ont posé les bases du socialisme en Europe et qu’elle était au centre de la vie intellectuelle française avec un rayonnement qui allait jusqu’aux Etats Unis ou en Russie! En ce qui la concerne, être réduite à « une grande amoureuse » est assez grotesque, et c’est une vision bien réductrice et misogyne de cette femme incroyable!

Le sous titre « Ma vie, Son œuvre » indique-t-il que vous vous retrouvez en elle ?

Le plus compliqué, après avoir lu toutes les biographies sur elle, sur ses enfants et ceux qui l’entouraient (de Liszt à Chopin en passant par Flaubert) a été de rendre ça vivant. Pour moi la littérature est une matière vivante, vibrante et j’avais vraiment envie de faire passer cette sensation. Alors que je travaillais sur le texte, le co-auteur des chansons du spectacle Thierry Illouz m’a dit dans une conversation qu’on avait sur notre passion commune pour Proust « Ce qu’on aime dans Proust, c’est nous ». C’était exactement ce que je voulais transmettre. Quand j’ai commencé à travailler sur elle, Sand me faisait pensait à ma mère, avec cet appétit féroce, cette boulimie incroyable. Puis je me suis trouvée aux prises avec ma fille ado, génération facebook, lisant peu, et j’ai retrouvé dans le rapport de Sand avec sa fille Solange plein de choses qui faisaient écho à ce que je vivais. Je me suis dit que c’était intéressant de creuser le rapport mère-fille des deux côtés. En tant que fille, et en tant que mère.

Caroline Loeb & Alex Lutz 2

Madonna, Mistinguett et maintenant Sand. Qu’est ce que ces femmes ont en commun ?

Ce sont des femmes qui ont refusé de se laisser enfermer dans une image lisse et conformiste. Des femmes qui se sont inventées, qui ont pris leur destin en main avec beaucoup d’intelligence, de culot et de ténacité. Des modèles, évidemment… Il y a aussi Marlene Dietrich, Mae West, Dorothy Parker, Bette Midler, Yvette Guilbert! J’ai tout un panthéon de femmes que j’aime considérer comme mes frangines.

Votre définition du « Féminisme »…

Le féminisme est une forme d’humanisme. Ce que je trouve assez affligeant c’est l’image que l’on donne des féministes en France. A tel point que la jeune génération se croit obligée, même quand elle crée des oeuvres féministes, de s’en défendre, comme si c’était un gros mot! Je ne vais pas rappeler tout ce qu’on leur doit, à elles et aux suffragettes anglaises… Ce qui est, entre autres, magnifique dans ma rencontre avec Alex Lutz, c’est qu’il est féministe! Ça fait un bien fou de savoir qu’il y a des hommes qui se préoccupent du sort de leurs femmes, leurs soeurs, leurs mères! Comme Djamel. C’est tout de même autre chose que de revendiquer le droit à aller aux putes! J’ai eu honte pour ces types, qui soit disant aiment les femmes, qui se sont mobilisés pour ça.

Avec ce spectacle, vous montrez l’étendue de vos talents et de vos centres d’intérêts. Le chant, la scène, le théâtre, l’écriture…  Ecrire un film vous tente ?

J’ai un projet de film, mais aussi de livre et plusieurs nouvelles mises en scène en perspective. Le plus compliqué c’est de me dire que je n’aurai jamais le temps de faire tout ce qui m’intéresse. Mais aujourd’hui, ma priorité c’est vraiment de jouer « George Sand, Ma vie, Son oeuvre » le plus possible. C’est un tel bonheur d’être sur scène avec un show aussi complet. J’ai vraiment la sensation que c’est le spectacle de ma vie!

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Dans votre spectacle, vous évoquez la tv réalité. … quel est votre regard sur la télévision et les multiples programmes qui se disent « découvreurs de talents » ?

Les émissions de télé crochet existent depuis des lustres. Ce qui est gênant aujourd’hui, c’est qu’il y en ait autant. Le cynisme absolu des  chaines de télé et des maisons de disque est effrayant! Il n’y a pas de place pour autant de nouveaux jeunes artistes. C’est les envoyer à l’abattoir. Tous ces ados qui nourrissent les programmes télé sont de la chair à audimat, comme pendant la guerre les jeunes soldats étaient de la chair à canon pour les états. La télévision est un média extraordinaire, mais c’est aussi un rouleau compresseur qui détruit. Une vie d’artiste se fait sur scène, dans la vraie vie, pas sur les plateaux télé.

Quelles sont les valeurs que la télévision devrait selon vous développer ?

A part Arte et la 5, le cynisme est roi. La course à l’audimat nivelle tout par le bas. La télévision devrait susciter la curiosité, la réflexion. Mais c’est un miroir noir, dans lequel le public se regarde, et veut se reconnaitre.
GS&M Cause du peuple

Comment un artiste peut-il exister en dehors de la visibilité médiatique ?

On peut très bien exister en dehors d’une certaine visibilité médiatique. C’est juste plus long, plus difficile. C’est une autre réalité. Ce que montre la télé n’est pas la réalité. D’ailleurs le terme « télé-réalité » est un bel oxymoron*!

George Sand semble avoir été minorée par certains intellectuels masculins, comment l’expliquez-vous ?

Les femmes qui assument leur particularité et qui sortent du cadre établi par les hommes ont toujours été l’objet de mépris, d’insultes et de dénigrement. Se faire traiter de pute est un classique du genre. Sand n’y a pas échappé.

Votre spectacle est-il une façon de la réhabiliter ?

C’est surtout une façon de mettre en avant la modernité et la générosité de sa pensée. On a tous besoin de modèles qui nous nourrissent et nous inspirent. La vie de Sand nous tire vers le haut, et j’ai entendu souvent des gens sortir du spectacle avec l’envie de bouffer le monde!

*oxymoron: Un oxymoron ou oxymore est une figure de style qui réunit deux mots en apparence contradictoires.

« George Sand, ma vie son œuvre » reprend le 28 août au Gymnase les jeudi, vendredi et samedi à 19h45!

Yasmina Jaafar

Photo : JP Viguiè / JP Lozouet

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