DAVID FOENKINOS RACONTE CHARLOTTE SALOMON.

David Foenkinos est de retour avec « Charlotte » (Gallimard). Un ton différent. Comme un cri, l’auteur de la « Délicatesse » nous raconte la vie de cette peintre morte trop tôt, assassinée enceinte à 26 ans pendant la Guerre. Avec « Charlotte », elle vit une deuxième fois.

Pourquoi Elle, David nous répond :

Qui est Charlotte ?

Charlotte, c’est Charlotte Salomon. Une peintre allemande dont la vie fut brève, puisqu’elle est morte à l’âge de 26 ans dans un camp de concentration. Avant d’être dénoncée puis déportée, elle a pu mettre son œuvre à l’abri, en la confiant à une médecin dans le sud de France en lui disant : «  c’est toute ma vie ». Son œuvre est composée de centaines de gouaches qui racontent son histoire. Vie ? ou Théâtre ?, tel est son titre, est une œuvre fascinante et lumineuse.

Vous nous parlez d’elle, mais aussi de vous. Pourquoi cette vie a causé une telle déflagration en vous ?

Ce roman possède trois dimensions. Tout d’abord et avant tout : la vie de Charlotte. J’ai mis de nombreuses années à la recomposer, car il y avait peu de documents. Je voulais aussi parler de son œuvre bien sûr, son inventivité, sa modernité. Et il était important pour moi d’évoquer ma fascination pour elle, pourquoi elle me touche autant, ce qui me bouleverse. Je raconte aussi ma quête, tous les moments où je suis allé sur les traces de sa vie. Je voulais incarner mon amour pour elle, et ne pas écrire une simple biographie. Quand j’ai découvert son œuvre, ce fut un coup de foudre. Artistique bien sûr, mais quelque chose me touchait davantage encore. C’est ce trouble que je raconte aussi dans le livre.

david foenkinos charlotte

Ses œuvres ont été les archives de votre livre. Y a-t-il une  grande part de fiction ?

La fiction est forcément très présente dans le livre, car il y avait peu de documents. Mais en regardant sans cesse les dessins de Charlotte, on peut peut-être se rapprocher de ses émotions. Tous les faits relatés de sa vie sont réels, et la fiction se propage surtout à travers ses sentiments.

La forme est particulière. Une volonté de phrases courtes qui donne un ton haletant. Est-ce pour appuyer sur sa vie « trop » courte ?

Si le livre est avant tout le portrait de cette femme que j’admire, il est aussi le récit de mon enquête, du laboratoire de l’écriture de ce livre. J’explique que la forme choisie a été pour moi la seule possible. Elle permet des respirations dans une vie parfois insoutenable. Elle appuie surtout le sentiment d’urgence.

charlotte DF

Vous écrivez : « Une œuvre doit révéler son auteur ». Est-ce votre cas avec ce livre, plus qu’avec les autres ? Celui-ci est-il plus personnel ? 

Oui c’est mon livre le plus personnel. Le premier où je parle de moi à la première personne. Je ne pouvais pas écrire une biographie classique, ce livre parle aussi de mon rapport à Charlotte, ce que j’éprouve face à ses œuvres. Et forcément nos goûts, dans leur intensité, nous révèlent.

Vous dites aussi : « Le succès anesthésie tout ». En avez-vous fait l’expérience ? 

Pas de l’anesthésie, mais le succès peut enfermer dans une certaine routine. Une mécanique de la création. C’était le moment pour moi d’écrire enfin Charlotte, que j’ai commencé tant de fois. Je voulais aller ailleurs, être libre dans la forme et le fond. C’était le contraire absolu de l’anesthésie.

hannah arendt

Vous évoquez Hannah Arendt, comme un hommage furtif. Que signifie pour vous cette autre grande figure de cette période sombre ?  

Je l’associe beaucoup au courage. A la liberté totale de penser. Je voulais la citer, tout d’abord parce qu’elle et Charlotte ont été internées toutes les deux dans le même camp au même moment, mais parce qu’elles sont des exemples de force. D’une forme de puissance nécessaire à la survie.

Yasmina Jaafar

Photo : Gallimard

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