ERIC ZEMMOUR RECU A BEZIERS AUJOURD’HUI : FEMME, FRANCAISE, ORIGINE AUTRE… J’AI LU « LE SUICIDE FRANCAIS ». VERDICT :

Eric Zemmour inonde les médias depuis la sortie, il a y 15 jours, de son livre « Le suicide français » (Albin Michel). Eric Zemmour inquiète, fait réagir, clive. Eric Zemmour a réussi son coup médiatique. Mais, a-t-il gagné son pari ?

Dans un univers médiatique souvent consensuel, Eric Zemmour détonne.  Il heurte, bouscule, invective. Faut-il avoir un courage hors du commun pour annoncer comme un postulat général : « Le besoin des femmes d’admirer pour se donner sans honte » ou encore « l’Islam fait parti du déclin français » ? Un courage qui a valu au polémiste de vendre 5000 exemplaires par jour de son livre supplantant allègrement  Valérie Treirweiler ! Plus qu’un phénomène de libraire, il s’agit, là, d’un phénomène de société. Une société qui part à la dérive cherchant à se rassurer en avalant des propos souvent exagérés, caricaturaux. Doit-on se féliciter comme François Busnel qui a indiqué sur le plateau du « Grand Journal » : « tous les moyens sont bons pour pousser les français à lire ». Retrouver le plaisir de la lecture même si l’on passe, conscient, à côté du dernier Emmanuel Carrère « Le Royaume »…

Grand connaisseur du show cathodique, Eric Zemmour saisit l’auditoire et l’hypnotise. Il sait la curiosité du public pour le spectacle. Mais après lecture, page par page, de l’ouvrage, l’auteur reste plus « séduisant » à l’oral qu’à l’écrit. « Le Suicide français » contient une suite de faits et d’évènements jamais reliés entre eux. Le choix d’une présentation chronologique rend la lecture poussive. S’ajoute à la forme, de longues et pénibles phrases remplies de mots compliqués. En un mot, c’est ennuyeux.

Cela dit, Eric Zemmour galvanise, parle, gesticule et arrive, là est sa force, à garder un sang très froid devant les attaques de journalistes toujours effarés. Une oralité qui séduit tous les plateaux de télévisions, radios et colonnes de la presse écrite. Une oralité qui a fait de lui un pilier du système médiatique. Patrick Modiano ne possède pas la même aisance. Pourtant, lui, tente depuis des années, de livre en livre, un travail de mémoire à travers la littérature. L’écrivain analyse les ombres d’une France complexe sans user de certitudes. Preuve que l’oral ne fait pas l’écrit.

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Les raisons d’un succès

La popularité de Zemmour peut se comprendre. Depuis 10 ans, il vient expliquer, généreusement, que la France va droit dans le mur. Un déclin qui se vérifie chaque mois un peu plus. Il défend le peuple et s’inquiète de voir les femmes, ces héroïnes bovariennes qui suintent l’ennuie, prendre leurs aises. La femme s’émancipe et s’abandonne à quelques secrets d’alcôves. Sacrilège ! « Le désir sans amour » bouscule les équilibres, regrette-il. Elles évoluent… comme le reste.

Le verbe haut, la parole libre, il se fait entendre des nostalgiques obsédés par l’idée d’une France maîtresse du monde. Il sera  reçu aujourd’hui et en grandes pompes pour une conférence par le maire de Béziers, Robert Ménard. La librairie où se déroulera la séance de dédicace croule sous les demandes même si cette venue ne plaît pas à tous les biterrois.

Tout au long des 527 pages, Eric Zemmour remet tout en cause. Charles Aznavour n’aurait pas dû sortir de « son très vieil appartement rue Sarasate » pour ne pas se confronter « à des amours sans espoir ». Michel Delpech a poussé « l’homme à se métamorphoser en femme » grâce à un divorce doux et facile. « Sa chanson a précédé la loi et les mœurs » selon le journaliste, oubliant, sans doute, que celui qui part souvent est celui qui est blessé. Homme ou femme. Qu’importe.

lea salame eric zemmour

L’auteur, diplômé de Sciences Po, s’érige contre l’individu roi et l’universalisme sans frontière. Il prône l’assimilation républicaine comme seul moyen de changer l’étranger en un même, en un identique, en un être qui n’est plus. L’attitude professorale et scientifique induit une vérité connue de lui seul. Le vocabulaire provocateur et toujours violent oblige à se détourner pour hurler avec les loups.

Robert Paxton, historien américain, auteur du livre La France de Vichy (Points – 1972), vient de s’exprimer dans Rue89. Il revient sur les dires « ridicules » du journaliste à propos du sort malheureux de nombreux juifs en France.  Une vision revisitée du maréchal Pétain et de Vichy… « La France est morte » est la quasi dernière ligne du pavé. Eric Zemmour s’acharne à un furieux bouche à bouche en faisant fi du sens de l’Histoire. Une pédagogie ratée qui impose de vérifier chaque certitude. Epuisant. Mais une réussite médiatique évidente. L’esprit malin du provocateur a fait mouche.

Yasmina Jaafar

Photo : Albin Michel.

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