JEAN-DANIEL LEVY, UN SONDEUR NOUVELLE GENERATION QUI MONTE

Jean-Daniel Levy est le Directeur du département Politique-Opinion pour la France de l’institut de sondages Harris Interactive. Les sondages sont partout mais pourquoi ? Quels liens entretiennent nos responsables politiques avec ces mesures ? Qu’est-ce qu’une bonne question ?… Jean-Daniel Levy nous répond :

Rencontre :

Nicolas Sarkozy ou François Hollande sont-ils accros aux sondages ?

L’Elysée a fait le choix de ne commander aucun sondage. Ce choix, j’ai l’impression qu’il est respecté. Mais est-ce que Le Président se désintéresse des sondages ? Absolument pas ! Je suis amené à les rencontrer fréquemment. Ils ne gouvernent pas à travers les sondages. Ensuite, comment dans son for intérieur, François Hollande réagit aux différents sondages, je ne le sais pas. Ca serait incompréhensible ou inimaginable qu’il n’y accorde pas une grande importance. Je milite pour une utilisation importante des sondages en considérant qu’il s’agit d’une compréhension de l’opinion et non pas forcement d’une indication sur la politique à suivre. C’est bien de savoir ce que pense les gens. On peut être en désaccord complet mais il faut avoir connaissance de ces différences de point de vues pour être le militant d’une cause. On peut voir des responsables politiques changer d’avis ou de position en fonction d’un sondage mais dans ce cas, il est sanctionné par l’opinion. Il y a une attente de conviction et de crédibilité. François Mitterrand a aboli la peine de mort alors que les français étaient massivement pour. Et pourtant aujourd’hui, c’est le fait qu’on lui crédite de plus. L’important est de pouvoir aller au contact et de pouvoir dire « en tant que responsable politique, je pense des choses avec lesquelles vous n’êtes pas forcement d’accord mais je pense pouvoir porter ».

Que pensez-vous du nombre d’éditorialistes et de sondeurs sur les plateaux de télévision ? Ils sont partout et ont une parole parfois plus sure que les politiques. Est-ce un danger pour la classe politique ?

Aujourd’hui, on est dans un environnement où plus personne ne comprend rien à rien. On ne sait pas dans quelle mesure la puissance publique peut faire quelque chose. On a du mal a identifier le rôle de l’économie. La France n’arrive pas identifier quel est son rôle dans la mondialisation, elle n’arrive pas à saisir non plus notre capacité à porter un message à travers le monde. Et surtout qu’est ce qui fait la différence entre les différentes politiques publiques : la gauche et la droite, le rapport au marché et à l’Etat… On a besoin d’avoir des éléments d’explication dans un pays très politiques. La désaffections à l’égard du personnel politique ne dit rien sur la désaffection de LA politique. Les français continuent d’aimer ça mais les postures et les confrontations entre politiques ne permettent parfois pas d’avancer dans la réflexion. Par ailleurs, je suis persuadé qu’on adore détester une personne à la télévision. Certain éditorialistes sont horripilants et en même temps ils sont indispensables. Yves Thréard, Franz Olivier Giesbert ou moi-même dans l’émission Politique Matin sur LCP par exemple, pouvons susciter cela.

jean daniel levy portrait

Les sondages prennent de plus en plus de place dans les commentaires et démonstrations d’idées. Est-ce que ça a toujours été le cas ou y a-t-il une demande plus forte du citoyen ?

Il y a plusieurs éléments marquants. La France est un des pays qui commande le plus de sondages publiés. C’est le sentiment que la confrontation politique est une dimension importante, plus encore ici que dans d’autres pays. La quasi totalité des sujets sont des sujets à caractère politique et d’affrontements au sein de la population française. On n’a pas une société qui fonctionne au consensus comme pourrait fonctionner l’Allemagne. Donc dans ce contexte-là, l’idée de se dire « on donne la parole au peuple » est un aspect important de manière générale pour les médias ou pour les responsables politiques. Autre chose, il peut y avoir un volume d’enquêtes qui peut sembler plus important aujourd’hui mais qui dans le même temps va être plus concentré auprès de quelques médias. Si on fait un retour de 10/15 ans, on voit qu’il y avait une multiplicité de médias qui commandaient des sondages alors que ça n’est plus le cas aujourd’hui. Les sondages sont plus petits avec moins de questions et surtout avec l’envie d’être plus réactif à l’actualité. La demande/client la plus importante est que les réponses doivent être des éléments de reprise sans être seulement un sujet d’analyse mais aussi un sujet de communication qui dépasse le strict cadre du lectorat et du support en tant que tel. Chez Harris, on tente de trouver le bon équilibre entre ce que nous trouvons juste et la demande du client.

Justement vos méthodes sont-elles différentes de vos concurrents ? Comment vous définissez-vous  ?

On a été parmi les premiers à réaliser en France des sondages, enquêtes d’opinions et politiques sur Internet. Ensuite, on est dans un contexte avec une présence assez forte au niveau international et on arrive à se nourrir des expériences dans d’autres types de pays. Enfin, on pense que sortir un chiffre en tant que tel, ça n’est pas important. L’idée c’est d’arriver à le placer dans une forme de contexte et de se dire qu’une question en elle-même ne vaut pas grand chose. Elle ne vaut que si elle s’inscrit dans un ensemble de questions posées ou dans un ensemble d’analyses. C’est pour cela que l’on prend beaucoup de temps à avoir des notes explicatives qui permettent à ceux qui ne sont pas rompus à la méthode des sondages de pouvoir s’approprier les résultats.

Qu’est-ce qu’une question ? La manière n’induit-elle pas une réponse ?

Il y a des questions qui sont mal formulées !  Il y en a avec des biais, avec des propositions de réponses qui ne correspondent pas à la manière dont les individus peuvent penser les choses. Il y a aussi des questions qui ne sont pas des questions qui marquent ou qui intéressent les français. Il faut faire en sorte que la question soit équilibrée et que les modalités de réponses soient tout aussi équilibrées. On cherche un maximum à avoir un sondage qui ne tourne pas autour d’une seule question. La plus grande difficulté est d’arriver à être certain que toutes les couches de la société comprennent de la même façon les termes. Cadre ou pas. Parfois, ça nous oblige à appauvrir un peu le discours mais ainsi on une même compréhension des enjeux posés.

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Avez-vous un avis sur Fact cheking et cette nouvelle manie de vérifier tous les chiffres des sondages et les mots des politiques pour les confronter à leurs erreurs ?

Si on regarde ce qui se passe aux Etats-Unis, on peut penser que ça n’est que le début. Actuellement, 37% des français qui font confiance aux journalistes. C’est un chiffre extrêmement faible. Ce qui sont censés nous aider à comprendre le monde n’arrivent pas jouer ce rôle-là. Je m’interroge sur le Fact checking… Le système démocratique à long terme peut en subir les effets. Laisser entrevoir qu’il y a potentiellement toujours un mensonge derrière chaque prise de parole publique constitue un danger potentiel. La dimension de dénonciation peut avoir des conséquences immesurables sur le regard des français à l’égard des politiques quels qu’ils soient. Puis, est-ce que que l’on a toujours besoin de savoir que ce qui nous ait dit est vrai sur les faits ? Est-ce c’est le plus important ou Est-ce plutôt le projet politique porté ? Je remarque que dans une France qui s’interroge, tant qu’on a pas de perspectives, on se recroqueville sur ce qu’on est.

Yasmina Jaafar

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