PATRICK CHÊNE : UN HOMME DE DEFIS AVEC UN AVIS CLAIR SUR LE MONDE POLITIQUE ET AUDIOVISUEL

Patrick Chêne anime depuis 5 ans Politique Matin sur LCP et est le président de Média 3.6.5. Le ton libre et la parole direct, il nous parle de son métier et de son lien avec le monde politique, de la place importante donnée aux éditorialistes sur les plateaux TV, de ses projets et de son émission matinale qui fêtera demain, 10 décembre, sa 1000ème avec pour invité file rouge : Claude Bartolone.

Rencontre –

La Ruche Média : Comment définiriez-vous votre émission, Politique Matin et votre rapport au monde politique ?

Patrick Chêne : C’est un rendez-vous un peu original parce que par rapport aux émissions du matin, celle-ci prend son temps. Les interviews, notamment en radio, font 7/8 minutes, nous, nous recevons le personnel politique pour une durée de 15/20 minutes puis, à 8h30, elle arrive un peu avant les autres. C’est surtout une émission qui a une tonalité, en tout cas, je tente chaque matin de la donner : elle est sérieuse sans se prendre au sérieux. Un peu à l’image de mon parcours. Je n’ai rien à gagner ni rien à perdre avec les politiques, je leur parle comme j’ai envie de leur parler, sans être obligatoirement roquet ou agressif gratuitement. Je n’ai pas à être copain avec eux. Je ne les vois ni avant ni après le programme. La construction impose que je doive être en plateau à leur arrivée et à leur départ. Même si j’exerce l’entretien politique depuis 20 ans, je ne suis pas du monde politique. Les déjeuners et autres complicités ne font pas parti de moi. Je ne reproche rien à ceux qui le font. C’est un monde auquel ils appartiennent, moi non. J’ai donc cette liberté de ton. Si j’apprécie ou non telle ou telle personnalité politique de droite ou de gauche, je le dis sans détour. De 8h30 à 9h30, on est libre, on prend le temps et puis surtout, j’ai autour de moi des gens formidables. Il n’y a pas un matin où je me lève en me disant : « Ah, là, j’aimerais bien ne pas la faire » et Dieu sait que je bosse beaucoup. Je pense m’arrêter bientôt parce que j’ai d’autres projets mais ça fait 5 ans que je prends un réel plaisir.

En effet, vous êtes à la tête de l’émission depuis 5 ans. Constatez-vous une fidélité et une audience croissante ?

Quand Gérard Leclerc,  le patron de LCP, m’a proposé Politique Matin, j’ai dit « à une condition : ne me parlez jamais d’audience, je veux plutôt me consacrer à la qualité du programme ». J’ai fait de la télé d’audience à France 2. Tous les matins, j’étais tendu en pensant aux chiffres de mon 13h. Je ne veux plus de ça. Je veux de la qualité, les audiences, je m’en fiche. Gérard Leclerc me dit chaque année que les audiences augmentent, maintenant ce sont environ 50 000 personnes et non des millions qui nous regardent. Mais au bout de 5 ans, je constate en effet, au travers des courriers de plus en plus denses, une fidélité de plus en plus vive de la part du public. On est bien installé au niveau des politiques, ils nous perçoivent et nous accordent crédit. Ils viennent et ils aiment venir parce qu’ils ont des reprises presses. Mais, je trouve qu’au niveau du grand public, on est pas assez connu. Il manque une vraie campagne de pub promotionnelle pour accroître notre notoriété, ce qui est dommage parce que quand une personne vient, elle aime et elle reste.

PATRICK CHENE

On ne peut pas s’empêcher de faire un rapprochement avec « C dans l’air » d’Yves Calvi. Une explication de l’actualité sans langue de bois et un programme découvreur de nouveaux visages. Qu’en pensez-vous ?

Oui, c’est vrai. Il faut faire ce parallèle. J’ai souvent été invité sur le plateau de « C dans l’air ». L’amusant c’est qu’en tant qu’invité, je ne suis pas bon : soit je ne dis rien et je deviens fade, soit je me laisse aller et j’ai tendance à prendre sa place. Ce que j’aime, c’est distribuer la parole, animer les débats, D’ailleurs, aujourd’hui, une personne qui compte dans les médias m’a dit « Calvi et toi avez un style similaire. Tu dois retourner dans une grande chaîne pour exploiter ça« . C’est flatteur parce qu’Yves fait très bien son métier ! Et c’est vrai aussi que nous apportons de nouveaux visages. Il y a 5 ans, je recevais par exemple Najat Vallaud Belkacem contre Valérie RossoDebord . Ce sont des visages que les gens connaissaient peu. Je suis très content de les avoir accompagné à un moment.

Les éditorialistes inondent les plateaux politiques, à tel point qu’on a le sentiment que l’on pourrait voter pour eux. Quel est votre sentiment là dessus ?

C’est une vraie question. Et souvent elle m’interpelle. Je me dis, en entendant la vivacité avec laquelle mes éditorialistes parlent, conseillent, imposent leur avis, qu’on donne aux gens l’impression que nous avons, nous journalistes, la solution. Je pense à Yves Thréard à qui je dis souvent « faut que tu sois ministre, toi, tu as toutes les solutions« . Les « il faut que… » sont récurrents dans les bouches comme si les politiques et le Président de la République n’y pensaient pas. François Hollande n’est pas idiot : ce que nous évoquons a déjà dû être réfléchi. C’est leur fonction au quotidien donc il faut surtout avoir du recul par rapport aux éditorialistes. Si Thréard ou moi étions ministres, nous ne serions pas meilleurs.

lcp

Françoise Laborde a publié une tribune pour L’APA. Un coup de gueule sur le manque de femmes dans les hautes fonctions médiatiques. Dans Politique Matin, est-ce compliqué au quotidien de trouver des femmes capables de réagir ? Savons-nous les chercher ? 

Il n’y en a pas assez. Je râle tout le temps à cause de ça. Notre chef d’édition Daniel Laforge, fait un boulot formidable mais chaque fois qu’il y a quelqu’un à remplacer, quand il invite un homme, je hurle ! C’est justement l’occasion de découvrir des femmes comme Charlotte Chaffanjon, Valérie Lecable, Anne Levade ou encore Carole Barjon. On est en déficit de femmes. On ne prend peut-être pas assez le temps de les chercher en effet. On fait des efforts mais c’est encore insuffisant.

LCI va finalement disparaître. Une chaîne d’info de moins pourrait modifier le paysage audiovisuel ?

Ça ne changera rien du tout, malheureusement, parce qu’il y en a deux autres. Je suis très attaché à mon métier et quand on me parle de LCI, ça me fait toujours réagir. J’aurais aimé que cette chaîne persiste. Ils sont pionniers en la matière. Dacier and Co ont inventé un style que j’aime beaucoup.

Et pensez-vous que ces chaînes ont modifié négativement le temps politique ?

Je ne condamne pas, comme font beaucoup, les chaînes d’info. C’est une formule. On ne peut pas leur reprocher lors d’un évènement de prendre l’antenne sans arrêt pour répéter les mêmes choses. C’est le principe de ces chaînes. Il n’y a que les journalistes pour l’écouter pendant deux heures et hurler qu’on n’a rien appris. Elles ne sont pas faîtes pour ça. J’ai la même pensée concernant ma chaîne Sport 3.6.5, on la fabrique en sachant que personne ne va la regarder une heure de suite. Alors, évidemment, c’est un danger pour la parole politique, mais c’est à eux de s’adapter. Chaque mot ou phrase est immédiatement repris par les réseaux sociaux et tourne en boucle. Celui qui ne comprend pas ça, c’est tant pis pour lui. Ils doivent se parer. Ce qui est regrettable, c’est la chasse à la notoriété grâce à une phrase malheureuse. Comme si la notoriété faisait la carrière.

Le fact checking fait l’actu ces derniers temps. Pensez-vous que la vérification systématique de la parole politique ou journaliste soit une bonne idée ? Est-ce un phénomène de mode ?

Tout ce qui contribue à vérifier l’info est bon. Mais tous ces phénomènes, je ne les condamne pas. C’est l’air du temps. Cela dit, dans Politique Matin, le temps de l’émission veut que nous avons du mal à mélanger réactivité immédiate à la parole par le biais de twits ou autres. Nos téléspectateurs réagissent parfois 2 ou 3 heures après. Ils ont réfléchi et sont partis avec l’émission dans la tête. C’est très différent d’un programme interactif basé sur l’immédiateté.

chaine 365

Quels sont les futurs projets de votre chaîne Sport 3.6.5 ?

On a lancé cette chaîne il y a 3 ans. C’est un défi énorme parce qu’il faut avoir la confiance des diffuseurs. Ce n’est pas la pub qui paye une chaîne de télé, en tout cas pas tout. Je suis en période de renégociation de contrat donc il faut à la fois trouver ce qu’on est et ce qu’on veut faire. Je tends aujourd’hui à faire évoluer ce support en chaîne de talk plutôt qu’en chaîne d’info. Les talks donnent plus d’aspérité, une identité et les gens aiment ça. Puis, que pouvons-nous apporter de plus avec une énième chaîne d’info ?

Et pensez-vous vous écarter du sport ?

La chaîne porte un nom identifié maintenant c’est vrai que j’aurais une petite envie de développer d’autres domaines. Peut être sport et politique ou sport et spectacle… J’y pense.

Vous êtes aussi un homme de culture. Une deuxième pièce de théâtre verra-t-elle bientôt le jour ?

Oui et elle est quasi écrite. Je ne sais pas si j’ai envie qu’elle existe, j’ai ma boîte de production à mener et c’est assez compliqué de faire 1000 choses et de les faire bien. En fait, pour tout dire, je n’ai pas envie de le faire tout seul. J’aime les aventures collectives et l’idée de la co-produire avec quelqu’un me tente assez. Je pense à Antoine De Caunes ! Je lance un appel. L’intrigue se passe dans l’univers du vélo et je sais qu’Antoine est féru de vélo.

Yasmina Jaafar

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