BENJAMIN PETROVER : « ILS ONT TUE MON DISQUE ! ». VOYAGE AU SEIN D’UNE INDUSTRIE EN DECLIN

Benjamin Petrover est journaliste et un véritable passionné de musique. Dans son livre « Ils ont tué mon disque ! », l’auteur ne se gêne pas pour convoquer nos souvenirs et la nostalgie. Il a rencontré tous les acteurs du monde culturel, politique et économique pour un bilan sans concession sur un univers musical aux abois.

Rencontre :

Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de ce document ?

Le disque est un objet intimement associé à des moments de notre vie. Chaque album, chaque single que l’on tient dans nos mais peut nous rappeler un épisode de notre existence. On se souvient du jour où nous l’avons trouvé au pied du sapin de noel, si nous l’avons écouté sur la route des vacances où en dansant un slow avec l’être aimé. J’avais donc deux ambitions : la première était de rendre hommage à tous ces gens de l’ombre qui nous ont offert du rêve pendant un siècle. La seconde : comprendre comment ce charme s’est envolé et pourquoi l’industrie du disque s’est effondrée tel un château de carte. Une génération d’artiste a au passage été sacrifiée, celle des Benabar, Delerm et autres Biolay, arrivés sur le marché au plus mauvais moment.

La construction est particulière puisque vous décidez de donner la parole à un acteur de la scène musicale à chaque fin de chapitre. Est-ce votre façon de mettre en exergue une pensée ?

Je ne voulais pas que « Ils ont tué mon disque » soit mon récit. Il fallait donner la parole aux gens du disque, ceux qui se sont caché derrière le rideau pendant tant d’années et qui ont tout vu, côté coulisses. Il fallait aussi confronter les points de vue : ceux des producteurs, des managers, des diffuseurs et bien sûr des artistes. Certains témoignent d’ailleurs pour la première fois dans le cadre d’un livre. C’est le cas de Paul Lederman, producteur de Claude Francois ou de Coluche, très discret dans les médias et qui a toujours refusé de raconter son histoire dans un ouvrage. Il le fait pour la première fois et je l’en remercie.
 

Il ne faudrait pas selon vous « s’arc- bouter sur des modèles du passé… » Au final, après enquête, quel serait l’avenir du disque ?

Benjamin Petrover disque

Nous sommes partagés entre deux envies : la première est de profiter de la formidable liberté que permet le progrès technique. D’un simple clic, écouter un morceau sur Deezer ou visionner un clip sur youtube est, du point de vue de l’utilisateur, un outil formidable. La seconde est de se raccrocher à une écoute plus attentive, je dirais même plus charnelle, celle via l’objet vinyle, sorte de madeleine de proust que l’on peut tenir entre nos mains, tel une belle photo souvenir du passé. Le support CD est coincé entre les deux, sans atout charme ni véritable avantage technique pour l’utilisateur. Son avenir est donc plus qu’incertain. Mais ne l’enterrons pas tout de suite. Souvenez-vous qu’il y a quinze ans, tout le monde pensait que le vinyle était définitivement mort. L’histoire nous a prouvé le contraire.

Vous évoquez les nouvelles habitudes de consommation de la jeune génération. Ces transformations sont-elles une suite logique ou le signe d’un désastre ?

Elles ne sont que les conséquences d’un phénomène mondial de piratage, délibérément entretenu par nos politiques qui, par lâcheté et par intérêt partisan, ont tardé à légiférer. Il existe aujourd’hui une génération née avec le piratage et la gratuité. Pour elle, la musique n’a pas de valeur marchande et payer pour écouter un morceau est inenvisageable. Faire comprendre à cette génération que la musique a un prix, tel est l’un des enjeux majeurs de demain.

Pouvez-vous nous expliquer la différence entre « streamer » et « télécharger » ? Ainsi que les enjeux.

Le modèle du téléchargement incarné principalement par iTunes est sur sa fin, alors qu’il n’a que dix ans d’âge. Voyez comme l’histoire s’accélère. Aujourd’hui, nous pouvons écouter de la musique depuis notre ordinateur ou notre smartphone sans avoir à stocker le morceau sur notre disque dur. C’est cela, le streaming. On clique et on écoute instantanément. Il n’est plus question d’acheter un morceau à l’unité. On paye un droit d’accès illimitée à une bibliothèque géante pour une certaine durée. Mais lorsque l’abonnement s’achève, toutes les chansons disparaissent. C’est une révolution philosophique dans notre rapport avec la musique. On a accès à tout, mais on ne possède plus rien.

Achetez-vous toujours des CD ?

aff ils ont tué mon disque

Cela m’arrive encore, lorsque je souhaite posséder un livret complet ou que le CD n’est présent sur aucune plateforme de streaming. Mais je suis un utilisateur des années 2015, je navigue selon mes besoins d’un support à un autre : j’ai un abonnement Deezer, je regarde des clips sur Youtube et j’ai acheté en vinyle la réédition du mythique album du « Velvet Underground ». Toutes ces offres complémentaires sont autant d’invitations à un beau voyage musical.

Votre playlist actuelle ?

Elle est très variée : on y trouve les morceaux du dernier album de Brigitte « A bouche que veux tu », une vraie pépite aux parfums de disco. Dans la nouvelle génération, Vianney et Louane sont indéniablement de jeunes talents à suivre. Ma première écoute de « Pas là » a été une véritable gifle. Les derniers ajouts à ma playlist Deezer : The Avener, Charles Pasi ainsi que Paradis – pas Vanessa, mais un groupe formidable dont les sonorités rappellent l’univers d’Etienne Daho.

Quel est votre avis sur le livre numérique. … l’Autre objet culturel menacé ?

C’est la suite logique de cette grande révolution de la dématérialisation que nous vivons depuis quinze ans et qui touche l’ensemble des industries culturelles. Mais il y a une différence de taille. Notre lien avec le CD n’existe que depuis trente ans et abandonner cet objet n’a, au fond, rien de très symbolique. Notre histoire d’amour avec le livre est bien plus ancienne, elle remonte à Gutenberg. Elle a donc six siècles d’ancienneté. On n’y met pas fin aussi vite et je pense que la bascule vers les liseuses se fera sans tuer complètement le marché du livre physique. Mais le mouvement est déjà en marche. J’observe que certains éditeurs ou auteurs refusent d’y mettre leurs oeuvres, c’est aller à contre-sens de l’Histoire.
Yasmina Jaafar

 

Benjamin Petrover, « Ils ont tué mon disque », Ed. First
En dédicace librairie Lamartine, le 2 juin à 19h30 – 118, rue de la Pompe, 75116 Paris
En dédicace à la Fnac d’Evry le 4 juin à 18h
en dédicace du 5 au 8 juin au Festival du livre de Nice
en dédicace à l’occasion de la fête de la musique le 21 juin à 14h au carreau du temple à Paris

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