L’IDENTITE EN QUESTION : LE REALISATEUR ET PRODUCTEUR ELIE SEONNET TENTE UNE REPONSE « La France se regarde dans le miroir et doit s’habituer à son nouveau visage ! »

Elie Séonnet et Floryd Mbakata, de l’association REAGIR, ont posé leur caméra au Canada. Ils ont eu l’idée d’embarquer plusieurs jeunes français à la rencontre de la jeunesse de Montréal. Une confrontation inédite et riche à suivre au travers d’un documentaire utile. « En quête d’identité(s) » sera diffusé sur Public Sénat le 19 septembre à 22h.

Rencontre avec Elie Séonnet :

Comment vous est venue l’idée du documentaire « En quête d’identité(s) »?

C’est un projet qui est né au sein du Lycée professionnel Charles Baudelaire à Evry. Floryd Mbakata, de l’association REAGIR, est un spécialiste des questions de discrimination et intervenait auprès d’une classe de seconde. Il a fait le constat que les jeunes qu’il rencontrait avaient un rapport très ambigu à leur identité et à leurs différentes appartenances. Il a eu l’idée d’emmener la classe à Montréal, une ville qu »il connait très bien, afin que les élèves découvrent un autre modèle de société pluri-culturelle. Il est donc venu me voir parce qu’il avait entendu parler de mon travail de réalisateur, et de la société BKE dont je suis co-gérant. Ensemble, nous avons décidé de faire un film qui permettrait à ces jeunes adultes de s’interroger sur leur propre identité, en allant à la découverte de ce qu’on appelle à Montréal « l’interculturalisme ».

Les voix off sont assurées par les jeunes particpipants. Est-ce une volonté éditoriale pour mieux mettre en avant les regards de chacun ?

Quand on parle de sujets tels que l’identité, les discriminations, etc… on donne rarement la parole aux jeunes. Alors que ces garçons et ces filles qui ont environ 18 ans sont les meilleurs connaisseurs de ces réalités. Ils ont grandi dans un mélange de culture qu’aucune autre génération avant eux a connu en France ! Donc oui, leur donner la parole c’était leur permettre de donner leur sentiment, avec leurs mots, et de favoriser une plus grande proximité avec les spectateurs.

 

Cette oeuvre peut-elle être le début d’une série où ces jeunes iraient dans toutes les grandes mégalopoles ?

C’est une réaction que beaucoup de personnes ont en voyant le film ! Quelle est la prochaine destination ? Effectivement, il serait intéressant de les confronter à d’autres modèles de sociétés, cela serait très riche ! Il faudrait juste qu’une chaîne accepte de financer une telle série !!

Avez-vous du convaincre Public Sénat ou évidence ?

Je dois dire que Hélène Risser et Elise Aicardi de Public Sénat ont été immédiatement réceptives quand je leur ai présenté le projet. C’est une chaîne qui est très importante pour le documentaire aujourd’hui, car on peut y faire ce genre de films. Il faut aussi remercier Christophe Assezat de TV5 Monde, qui a été tout aussi enthousiaste, et grâce à qui le film sera vu dans le monde entier !

Votre avis sur la situation des immigrés en France ?

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La question ne concerne pas les immigrés, mais les « minorités visibles » comme on dit. Nous vivons une période charnière où toute une partie de la France métisse devient visible, et réclame reconnaissance. Cela demande un très important travail intellectuel, une vraie révolution des esprits, pour chaque citoyen, mais surtout je crois pour les élites, qui évoluent souvent, contrairement au jeunes du film, dans des milieux homogènes, où la diversité est quasi-absente. Nous vivons une « crise », dans le bon sens du terme, une crise de croissance. La France se regarde dans le miroir et doit s’habituer à son nouveau visage !

Quel est votre parcours de producteur/réalisateur ?

J’ai fait mes débuts professionnels au sein d’une télévision locale qui s’appelait VOI Sénart, dans le 77. Quand la chaîne a fermé en 2006, nous avons créé une association avec deux collègues, dans l’idée de produire nos propres réalisations. L’association est devenue une société coopérative, le Collectif BKE, et c’est comme ça que je suis devenu producteur. J’ai appris sur le tas, et j’ai donc aujourd’hui deux casquettes. BKE a produit une quinzaine de docus et j’en ai réalisé ou co-réalisé 5.

Parlez nous de l’organisation et l’ADN de votre société de production ? Que signifie coopérative ?

collectif bke elie seonnet

Cela signifie que la société est un outil à disposition de ceux qui le souhaitent. Nous sommes aujourd’hui 10 associés, avec des spécialisations différentes (réa, prod, montage,..) et nous produisons des docus, des court-métrages, et aussi pas mal de films de danse. Notre ADN est aussi défini par le fait que nous sommes installés à Evry, en Essonne, au coeur d’une cité HLM, le Parc aux Lièvres. Nous sommes un peu des militants ! On essaie de montrer que des projets de qualité peuvent émerger de banlieue, et de grande couronne en plus ! On travaille avec des partenaires, institutionnels ou associatifs, pour stimuler le réseau audiovisuel local.

Vous devez donc avoir de nombreux projets… ?

J’ai beaucoup beaucoup d’idées en tête, c’est toujours comme ça quand on finit un film ! Je compte continuer à travailler sur l’identité, notamment à travers la question du métissage. J’aimerais aussi parler du quinquennat de François Hollande et de l’état de la Gauche en France. Nous avons aussi plusieurs projets en cours à BKE, nous essayons de nous diversifier, en nous tournant vers des films historiques, ou des séries de découverte. Tout cela est à suivre sur notre site www.collectifbke.com, sur notre Facebook et sur twitter !
avant-première le 14/09 aux Ateliers Varan à 20h. Inscription sur contact@collectifbke.com
« En quête d’identité(s) » diffusion le samedi 19/09 à 22h et le dimanche 20/09 à 18h sur Public Sénat.
photo : Hugues Anhes
Yasmina Jaafar

 

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