NOOR SADAR PDG DE LOVEMYTV : « IL EST TEMPS DE PRODUIRE DE LA FICTION FRANCAISE AUTREMENT ! »

Noor Sadar est un jeune producteur doté un franc parlé et d’une expérience déjà bien assise. Fondateur de LOVEMYTV, l’entrepreneur n’hésite pas bousculer les codes pour le bien de la télévision qui parfois aurait des envies d’endormissement. Un entretien La Ruche Média « boost » qui ravive les ambitions :

Pouvez-vous nous parler de LOVEMYTV et de son organisation ?

J’ai fondé LOVEMYTV en 2011. C’est une petite structure avec moi et mon assistant Antoine Viargues… en face d’une grosse concurrence. J’ai eu l’ambition de cette société parce que durant mes 15 années en tant qu’intermittent dans la fiction, je n’ai pas vu le métier bouger alors que tous les outils à notre disposition le permettaient. J’ai donc voulu montrer qu’on pouvait faire de la qualité en réduisant les coûts. Et surtout produire différemment.

Vous avez tout de suite voulu vous associer ?

Etre producteur indépendant, aujourd’hui, ça n’était pas possible. Le marché est trop instable pour pouvoir tenir longtempps. Je voyais même des sociétés installées qui avaient des difficultés donc la solution était de se regrouper. J’ai rencontré beaucoup de producteurs pour finalement m’associer avec Matthieu Viala et Stéphane Drouet de Makingprod.

Le choix de ces deux producteurs est inhérent à vos  ADN compatibles ?

Je ne veux pas faire de jeunisme mais ils sont de la même génération que moi et ont la même vision que moi. Nous parlons un langage similaire quand il s’agit de trouver des nouveaux outils pour produire autrement.

Quel est votre avis sur la TNT ? Un laboratoire qui ne marche pas ou un essor qui a tué les chaînes hertziennes ?

Pour moi, la TNT n’a pas tué les grandes chaînes parce que le gros du financement de la fiction est encore largement assuré par elles. Il y a, en effet, des chaînes qui arrivent comme OCS qui ne faisaient rien il y a encore quelques années et qui co-produisent vraiment aujourd’hui en nous laissant une totale liberté. Mais les chaînes de la TNT n’ont pas rempli leur mission. Elles ont été inventées il y a 10 ans justement pour créer une impulsion, faire du contenu, lancer des talents… et finalement, ils ne remplissent pas du tout leurs obligations dans la fiction francise en tout cas… Ils font du doc, de la tv réalité et de la rediffusion de fond de catalogue en se cachant derrière l’idée qu’ils n’ont pas beaucoup d’argent. Mais, je ne suis pas d’accord. OCS met sur une saison 1, 2500 euros la minutes d’apport chaîne pour faire de la création. On peut faire de la fiction à coûts raisonnées. J’aimerais que le ministère de la culture et le CSA  se penchent sur le sujet et imposent à ces chaînes de faire ce pour quoi elles ont été existent.

Produire pour OCS ne vous empêche pas de développer pour TF1 ou le groupe public. Ressentez-vous une différence des mentalités ?

noor sandar

Oui ! en effet. C’est pas du tout la même méthode de travail. OCS nous laisse faire. On est libre de proposer et de créer sans contrainte. C’est évidemment pas les mêmes budgets mais on a le choix du casting, du réalisateur et de la narration. Alors qu’avec toutes les autres chaînes, on écrit et développe épisode par épisode et nous continuons que si la chaîne est ravie. Ils sont présents à toutes les étapes de la préparation au montage.

Le public est averti aujourd’hui. Il reconnait la qualité. Que signifie produire autrement ?

Ce que je propose c’est de tenter d’amener ce que l’on a fait sur OCS en prime time, c’est à dire d’utiliser nos outils de façon la plus efficace possible. Les technologies se renouvellent en permanence et les techniciens aiment les dernières nouveautés mais on peut faire aussi bien avec la caméra quasi nouvelle, facile d’utilisation et rapide. On ne diffuse qu’en full HD aujourd’hui et pas encore en 4K. Ça dépend des projets mais je tente de réduire les équipes puisque les matériels nécessitent moins de monde. Je souhaite une fiction plus mobile, on travaille de plus en plus à l’épaule avec des outils comme le « movi » et un système d’éclairage avec des petites sources comme des leds par exemple. La machinerie est de plus en plus légère et tout cela dans l’idée d’augmenter le minutage journalier : 5 minutes 30 ou 6 minutes en prime time. Evidement, il y a des coûts incompressibles comme les salaires.

Votre objectif étant d’amortir la dépense et de se confronter aux enjeux publicitaires des chaînes ?

logo love my tvIl y a une dispersion des audiences avec la multiplicités des chaînes. Il y a aussi des opérateurs OTT (over the top) et ça n’est pas terminé. Les spectateurs regardent par ailleurs beaucoup de contenu digital. La jeune audience ne regarde plus vraiment la télé en linéaire mais consomme du replay. Comme tout va plus vite, leur audience est plus distraite, ils aiment les programmes plus courts. Donc de ce fait, les recettes publicitaires se déplacent. Le marché de 3 milliards d’euros est réparti sur différents support et chaînes. Par exemple au USA, depuis 5 ans, il y a plus de recettes publicitaires sur le digital qu’en télé et ici, nous allons vivre le même chamboulement en 2016. Les chaînes ne peuvent plus amortir leur fiction de la même manière puisque les rediffusions ne marchent plus vu l’énormité de la nouvelle offre de série. Pourquoi regarder 100 fois le même épisode des Experts alors qu’on nous propose 10 offres inédites ? Il faut donc baisser les apports de coûts de grille. Toutes les chaînes y travaillent. Je vois au quotidien dans mes échanges avec elles que les apports vont baisser de 20 à 30 % dans le prochaines années. C’est pour cela que pour moi, une des cléfs est d’augmenter le minutage journalier.

Vous êtes les premiers à avoir fait appel à un financement participatif pour la série « FranceKbek ». Votre bilan ?

france kbek aff

Cette méthode sur « France Kbek » a surtout été utile pour créer une communauté. Ça n’était pas tant pour avoir de l’argent. La demande était tellement minime, ça ne représente même pas 0,5% du budget. C’était pour que les gens en parle parce qu’ils se sentent investis. Si c’était à refaire, je vous avoue que je le ferai autrement : il faut absolument se munir d’un community manager qui s’occuperait de relayer l’info et la création. On savait que OCS a 2,5 millions d’abonnés, c’est donc plus réduit. Il fallait trouver le moyen d’en parler sur les réseaux sociaux. En matière de série, c’est plus difficile de redistribuer les recettes pour exporter et générer des recettes en distribution, donc ça prend beaucoup de temps. Il faut un grand volume d’épisode ! Mais ça été une très bonne expérience et je suis content de l’avoir fait.

Les showrunner ne sont pas courants en France. Est-ce un handicape pour écrire avec audace ?

Il faut savoir que le showrunner n’est pas que auteur. C’est une idée reçue. Il s’occupe d’un grand nombre d’auteurs et suit la direction artistique. Il a un certain pouvoir. Il suit  la préparation, l’écriture, le décor, le casting, le montage,… Il est sollicité en permanence. C’est une grosse charge de travail et un énorme investissement, 24h/24, 7 jours/7 durant 1 an et demi. Les enjeux financiers sont tels sur une série US vouée à l’exportation que les moyens sont aux rendez-vous. En France, on commence à le faire en associant des DA aux créateurs.

Quels sont vos projets pour la saison 2015 ?

Nous préparons pas mal de choses que vous verrez sur vos écrans en 2016 et 2017…

Yasmina Jaafar

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