SEX ADDICTS : UNE SOUFFRANCE ELEGAMMENT MONTREE PAR LA REALISATRICE FLORENCE SANDIS DEMAIN SOIR SUR FRANCE 5

Florence Sandis, co-réalise avec Alexis Marant, un documentaire sur la douleur que génère l’addiction au sexe. Un sujet tabou, un sujet délicat, un sujet qui demande une évolution des mentalités. « Sex addicts » produit par CAPA apporte une première pierre :

Rencontre :

Le regard a-t-il changé sur les personnes additives sexuellement ?

Pour l’instant ce trouble du comportement reste très méconnu en France. On associe trop souvent l’addiction sexuelle à l’hypersexualité, au libertinage. Or l’addiction sexuelle, c’est le contraire de la liberté sexuelle. C’est une prison. Tous les sex addicts que nous avons rencontrés nous l’ont confié: ce dont ils souffrent le plus, c’est de la perte de leur liberté de s’abstenir… Ils se sentent pris au piège, victimes de leurs pulsions. « C’est plus fort qu’eux » disent-ils souvent. Ce ne sont ni de dangereux pervers ni des dragueurs invétérés, ce sont juste des hommes et des femmes qui n’arrivent plus à contrôler leur sexualité. Le problème, c’est que cela peut les conduire à se mettre en danger au point d’y sacrifier tout ce qu’ils ont de plus cher : leur famille, leur travail, leur santé. C’est cette réalité que nous avons voulu montrer, avec mon coréalisateur Alexis Marant. Sans jugement, sans voyeurisme, avec humanité.

Avez-vous rencontré des difficultés à trouver des témoignages découverts ?

C’est sûr, l’addiction sexuelle est l’un des derniers tabous de notre société. Les dépendants sexuels en ont honte, se sentent incompris et n’en parlent quasiment jamais. Pour ce film, j’ai eu beaucoup de chance : Samuel, l’un de nos principaux témoins, m’a lui-même contactée à la lecture de mon livre sur le sujet (« Sex Addicts : quand le sexe devient une drogue dure », Ed. Hors Collection). Le fait de lire les témoignages d’autres sex addicts l’avait aidé à comprendre ce qui lui arrivait, à se sentir moins seul,  et il m’a proposé de lui-même de participer à un film sur le sujet. En quelque sorte, il a été le déclencheur de ce film et son témoignage est merveilleux de courage et de sincérité. Il s’est mis entièrement à nu tout en restant très digne.

Après cette enquête, selon vous, quelle place a pris le sexe dans la société ?

IMG_5949 verticale

Après avoir été brandi comme l’étendard de l’épanouissement personnel, le sexe est devenu un diktat dans notre société. Il est partout. Sur les affiches, sur la moindre publicité pour un yaourt ou un voyage exotique. Surtout, le sexe est disponible en un clic : sur votre écran d’ordinateur ou sur votre smartphone, vous pouvez avoir accès à des milliers de sites d’escortes, de rencontres et de sites pornographiques eux-mêmes construits pour devenir totalement addictifs. Certaines personnes, comme Marc dans notre film, s’y noient plusieurs heures par jour au point de trouver n’importe quel prétexte pour s’isoler devant leur écran, au détriment de leur travail et de toute vie sociale. La paradoxe de cela c’est que, dans la vie réelle, ils sont souvent incapables de draguer une femme qui leur plaît, à l’instar du héros de l’excellent film « Shame » de Steve McQueen. Ils ont déconnecté le sexe de leurs émotions. L’autre n’est plus qu’un objet, comme l’évoque notre décor peuplé de mannequins de vitrines sans visage, sans identité…

Sommes-nous tous sex addicts ?

Non et heureusement ! On peut adorer le sexe, être libertin et ne pas du tout être sex addict. C’est la même distinction qu’entre un gourmand et un boulimique. Selon les experts, l’addiction sexuelle touche environ 5 % de la population sexuellement active mais c’est déjà beaucoup ! Et il y a au moins autant de personnes dans leur entourage à en subir les conséquences.

Votre conclusion, votre avis suite à ces rencontres fortes assumées mais douloureuses ? 

sex_addicts aff

En parler, assumer justement, est la meilleure chose à faire. Pour que les sex addicts sortent de la honte, et surtout pour qu’ils puissent sortir du déni. C’est une étape incontournable pour pouvoir reprendre le contrôle de leur sexualité. Enfin, nous avons observé que beaucoup de sex addicts ont été exposés à des images pornographiques trop jeunes, avant d’être capables de les décoder, parfois même avant leur puberté. Les effets peuvent être dévastateurs. C’est le cas du témoignage poignant d’Emilie, cette jeune serveuse qui se cachait, petite, pour observer les vidéos que son grand-frère visionnait avec ses copains. Trouver un moyen pour protéger les plus jeunes de cet accès à la pornographie sera probablement l’un des grands enjeux de santé publique des années à venir.
« Sex addicts », le 15 septembre 2015 sur France 5 à 20h40 dans « Le monde en face ». Documentaire suivi d’un débat animé par Marina Carrère-d’Encausse
Yasmina Jaafar

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *