SARAH GUREVICK ET NICOLAS ZAPPI : LES SCENARISTES EN BONNES MAINS !

Sarah Gurévick et Nicolas Zappi sont à la tête de La Maison des Scénaristes. Parce que les auteurs ont besoin d’être mis en avant, parce que le cinéma traite parfois mal ses enfants, le couple n’a pas hésité à entrer dans l’arène. Après 4 ans de création, cela en valait-il la peine ?

ITW SELFIE :

Entretien :

Qu’est-ce que la Maison des Scénaristes (MdS)?

La MdS est une association à but non lucratif fondée novembre 2011 par deux auteurs-réalisateurs un peu « perchés »: Sarah Gurevick et Nicolas Zappi. L’objectif est de replacer le scénario au coeur du processus de création et de production de tous les films. En clair: redonner au scénario et au scénariste la place qu’il mérite. C’est à dire celle qui fait rêver les réalisateurs et les producteurs…

Pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette aventure ?

On en avait assez d’entendre « En France, il n’y a pas d’auteurs… » Nous allions au festival de Cannes tous les ans et nous rencontrions des dizaines d’auteurs comme nous avec des scénarios formidables sans aucun espace ni cadre pour les présenter à des producteurs et à des réalisateurs en recherche de projets. L’UGS  (L’ancienne Guilde des Scénaristes) avait fait une tentative pendant deux ans mais réservée aux membres du syndicat et sans réelle sélection. Les producteurs à Cannes ont des emplois du temps « de ministre ». Il faut leur mâcher le travail et leur proposer des histoires originales, étonnantes et en même temps des projets qui tiennent la route. C’est ce que nous proposons depuis 4 ans maintenant avec une sélection de projets venus de tous horizons. Nous laissons la chance à toutes sortes de projets sans aucune « censure » : nous avions sélectionné par exemple cette année 2 projets de science-fiction et l’année dernière une comédie musicale.

Le scénario c’est un marché avec des magnifiques histoires, des attentes insoupçonnées du public et des opportunités à saisir pour les producteurs. Tout le monde doit s’y retrouver.

Pouvez-vous décrire votre méthode de fonctionnement ?

la Maison des scénaristes

Nous sommes sur les deux plus gros festival de cinéma du Monde: Cannes pour le long métrage et Clermont-Ferrand pour le court métrage. Nous avons un appel à projets pour ces 2 festivals. Nous recevons en moyenne 200 projets pour chaque appel. Un peu plus tous les ans. Nous sélectionnons une vingtaine de projets en français et en anglais (environ 10%) et nous organisons des rencontres auteurs-producteurs sur place pendant les festivals. Les producteurs du monde entier sont sur place. Ils sont disponibles pour rencontrer et écouter les auteurs, ce qu’ils n’ont pas le temps de faire durant l’année.

La sélection se fait sur le texte mais nous demandons aussi à l’auteur un vidéopitch de quelques minutes du projet que nous envoyons aux producteurs que nous invitons aux rencontres. Ce vidéopitch permet à l’auteur de s’entrainer au pitch en se filmant et de synthétiser l’essentiel de son projet. Il permet aussi aux producteurs de s’imprégner des projets avant même de rencontrer les auteurs et de commencer à sélectionner ceux qui sont susceptibles de les intéresser.

Nous travaillons pour les auteurs mais aussi pour les producteurs !

nicolas zappi maison des scénaristes

Et tout ça bénévolement ! Nous sommes aidés par la SACD pour le festival de Cannes, mais nous devons louer un pavillon au marché du film et une villa pour loger les scénaristes sélectionnés à un prix raisonnable. Tout cela est fort cher. Nous sommes obligés de faire appel à des partenaires privés très difficiles à impliquer sur un marché du film réservé aux professionnels.

À Cannes nous sommes une équipe de 10 auteurs bénévoles pour gérer le pavillon. Comme nous sommes auteurs nous aussi, nous avons à travailler sur nos propres projets (que nous nous interdisons de mettre en avant avec la MdS). Ça nous laisse peu d’heures de sommeil !

Quel bilan faites-vous de la 4 ème édition qui se déroulait à Cannes à l’occasion du Festival ? 

Tous les ans le bilan dépasse celui des années précédentes. Nous recevons de plus en plus de projets et la qualité augmente d’années en années. À ce jour 41 projets français mais aussi étrangers ont trouvé un producteur grâce aux rencontres que nous organisons, ce qui représente un tiers des projets que nous avons sélectionnés. Plus de 15 courts métrages ont été tournés ou sont en post-production. Un long métrage sélectionné en 2013 chez nous a même été sélectionné en 2014 en compétition parallèle au festival de Cannes (ACID). C’est extrêmement positif. Les auteurs nous connaissent et nous font confiance. Les producteurs, réticents au départ, viennent de plus en plus nombreux rencontrer et écouter les auteurs en « live ». Ce qu’ils ne faisaient pas auparavant. On a créé un besoin grâce à une forte demande des auteurs et des producteurs.

Cette année à Cannes plus de 60 producteurs sont venus à nos rencontres auteurs-producteurs. Ils venaient de France, de Belgique, du Québec, des USA, de Serbie, d’Iran, de Géorgie, d’Italie, d’Allemagne…. Beaucoup reviennent d’années en année car il savent qu’ils vont trouver des projets de qualité.

Les scénaristes et auteurs sont-ils prêts à totalement adhérer à votre engagement ? A se montrer plus stratèges.

sarah gurevick camera

Certains oui. D’autres moins. On essaie de leur expliquer qu’il ne suffit pas d’écrire la plus belle histoire du monde. Il faut aussi savoir la raconter et en parler de façon synthétique. Il faut donner envie au producteur qu’on a en face de soi de produire le film et d’en financer le développement. Savoir aussi s’adapter à un marché en mutation permanente au gré des envies du public et des financements que peuvent trouver les producteurs. C’est aussi à l’auteur de saisir une opportunité que lui propose un producteur !

Comment est perçue votre initiative dans le secteur du 7ème Art ? Productions et syndicats…

La SACD nous a soutenu dès le début et ne nous a jamais « lâché ». Nous sommes en contact étroit avec le CNC et la PROCIREP qui devrait aussi nous aider dans nos prochaines actions.

Les syndicats de producteurs adhèrent complètement à notre démarche. Le SPI et l’AFPF sont d’ailleurs déjà nos partenaires.

Étrangement les syndicats d’auteurs ont été jusque là réticents à nous suivre. Comme souvent en France, nous avons souffert d’un certain corporatisme… Heureusement, c’est en train de changer. Nous souhaitons fédérer et surtout pas diviser. L’enjeu pour toute la profession est trop important.

Les pays anglo-saxons respectent-ils différemment leurs artistes/créateurs ?

Chez eux les auteurs sont les rois. Ça ne veut pas dire que ce sont les mieux payés et les mieux considérés, mais dans leur for intérieur, les anglos-saxons savent parfaitement que sans auteurs, il n’y a pas de salut. En France, on est obligé de le rabâcher régulièrement car tout le monde a tendance à l’oublier rapidement.

Ken loach par exemple refuse que sur les affiches de ses films figure : « un film DE Ken Loach ». Il exige contractuellement que soit mentionné : « un film écrit par … (souvent c’est Paul Laverty) et réalisé par Ken Loach » avec des caractères de même taille pour les deux collaborateurs. Multi primé, palme d’or à Cannes et pourtant respectueux de son auteur. C’est assez significatif. Chez les anglosaxons, le syndrome « Nouvelle Vague » de l’auteur-réalisateur inséparable n’existe pas. Ecrire et réaliser sont deux métiers et deux talents différents. Quelques auteurs sont capable de faire les deux, mais pas tous.

En France, un réalisateur qui ne sait pas écrire un scénario en fait un complexe. Les anglo-saxons ont font une force.

Faut-il encore éduquer et sensibiliser les diffuseurs audiovisuels de l’importance des scénaristes dans le processus de création ?

Quand nous avons fondé la MdS, la réalisatrice Emilie Deleuze nous a écrit un mot de soutien : « Plus on s’occupe des auteurs, plus on a de chance d’avoir de bons films. » C’est simple et pourtant tout est dit. Même si la situation s’améliore et que les jeunes producteurs sont plus conscients de l’importance des auteurs dans le processus de création, certaines mentalités sont bien ancrées et on peut très vite se laisser aller à l’oublier. Bizarrement la télévision semble en avance sur le cinéma du point de vue de la perception de l’importance de l’auteur. Aux USA, Les vraies stars de la création d’une série sont à juste titre les auteurs : Nick Pizzolato pour True Detective, Vince Gilligan pour Breaking Bad… En France, ça commence à rentrer un peu dans les mœurs, même si certains journalistes continuent à interviewer et à ne parler que des réalisateurs ou des comédiens lorsqu’ils font la promo d’une série !

Disons qu’il y a un double discours étrange : les producteurs recherchent les créateurs de séries qui ont fait un succès, mais en même temps vont faire la promo de la série sur un réalisateur parce qu’il vient du long-métrage par exemple ou sur un comédien qui a eu un succès sur grand écran…

Donc continuons à chasser le naturel mais évitons aussi qu’il revienne au galop ! Et répétons inlassablement les mots d’Émilie Deleuze : « Plus on s’occupe des auteurs, plus on a de chance d’avoir de bons films. » !

Yasmina Jaafar

 


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