VALLS, MACRON… QUAND L’ECONOMISTE JEAN-MARC DANIEL NOUS RAPPELLE LA GENESE DE LA GAUCHE ET STOPPER LE DOUBLE DISCOURS !

Manuel Valls, Emmanuel Macron… sont interpellés par Jean-Marc Daniel : « Il faut faire la distinction entre la conquête du pouvoir et l’exercice du pouvoir » annonce l’économiste. Il vient de publier « Valls, Macron… : le socialisme de l’excellence à la française » (F.Bourin).

Rencontre avec un spécialiste de la vie de la cité qui rappelle aux ministres régaliens les origines de la gauche.

 

Dans votre livre, vous opposez les « girondins/brissotins » aux « montagnards ». La solution semble être entre les mains des « feuillants ». Qui sont les « feuillants » ?

Historiquement, ce sont les révolutionnaires modérés des débuts de la Révolution. Ils proposent des réformes qui accroissent et préservent les libertés, politiques et économiques, et sont favorables à l’égalité des chances plus qu’à l’égalité des places. Je me réfère à eux notamment parce qu’ils ont voté le décret Le Chapelier qui instaure la concurrence générale dans l’économie française. Aujourd’hui, ce sont les tenants à gauche d’une ligne fondée sur ces mêmes principes de liberté économique et d’égalité des chances.

Pouvez-vous nous donner un exemple de personnes appartenant à chacune des catégories ?

Les montagnards sont les héritiers de Robespierre et des communistes des années 50. Aujourd’hui, ce sont les responsables des partis d’extrême gauche et du Front de gauche. Ils sont en perte de vitesse car ils sont de moins en moins capables de formuler un programme. Ils se réfugient beaucoup dans l’indignation. Les girondins/brissotins sont les héritiers des députés de la Gironde de 1792, mais aussi de Blum et Mitterrand. Ils parlent de rupture, de changement, de vie nouvelle mais dès qu’ils sont au pouvoir, ils passent leur temps à justifier leur reniement. C’est la position de Hollande, surtout au début du quinquennat.

Les Feuillants sont les héritiers de Le Chapelier, mais aussi de Gambetta et de Mendès France. Pour moi, ce sont Manuel Valls et Emmanuel Macron, du moins dans leurs discours. Ce que j’attends d’eux, c’est un passage à l’acte plus affirmé.

JM daniel

Est-ce « girondins/brissotins » que de dire « Mon ennemi, c’est la finance » ? 

Typiquement. D’abord parce que les banques et les assurances qui sont concrètement la finance sont indispensables à une économie moderne. Ensuite, parce qu’en attribuant à « la finance » des intentions et un pouvoir qu’elle n’a pas, cela permet de détourner l’attention des vrais problèmes. Déjà, sous le Cartel des gauches en 1924, Herriot parlait de « mur d’argent » et sous le Front populaire Auriol clamait « la bourse je la ferme, les boursiers, je les enferme ». Moyennant quoi, ils n’ont pas fait grand-chose et ce qu’ils ont fait leur a été arraché par la rue.

Avec ces terminologies, tentez-vous de « redonner du sens » au mot Droite et Gauche ?

JM DANIEL2

Oui car les mots se sont vidés peu à peu de leur sens. En particulier avec l’échec des gauches étatistes : le communisme a été un échec sanglant et dramatique et continue à l’être même sous un forme abâtardie comme au Vénézuela ; le travaillisme dirigiste des années 50 a sombré dans l’inflation et la faillite publique.

Or cela ne signifie pas que la gauche doit disparaître. Cela signifie que pour atteindre ses objectifs de justice sociale et de liberté individuelle, elle doit changer d’outils et compter moins sur le dirigisme étatiste et la punition fiscale, et plus sur des actions réellement favorables aux plus défavorisés.

Vous écrivez que « l’absence de programme combinée à la vacuité d’action » empêche la Gauche. Pouvez-vous développer ?

Ce qui déconsidère la gauche non réformée est que son programme est fait de formules lyriques ( « le changement c’est maintenant »…) qui ne permettent pas de bâtir un programme applicable. Si bien que quand elle arrive au pouvoir, elle improvise et finit par ne rien faire, si ce n’est assez souvent démolir ce qui existe sans vraiment construire : regardez Hollande. Il a détruit la politique familiale, l’excellence scolaire, abaisser la dynamique entrepreneuriale et il n’a comme résultat que chômage et pauvreté, avec une France qui prend du retard par rapport à ses partenaires européens.

Emmanuel Macron et Manuel Valls sont plébiscités par les militants de Gauche. Comment expliquez-vous qu’une partie des Français rejettent la politique de François Hollande jugée trop libérale et aiment deux figures du gouvernement nettement décomplexées quant aux questions économiques ?

Les Français rejettent la politique de Hollande non pas parce qu’elle est trop libérale mais parce qu’elle s’est traduite par une hausse violente des impôts et parce que le chômage ne recule pas. En outre, on leur présente la situation comme étant les conséquences du « néo-libéralisme ». Il y a en fait un décalage entre le discours médiatique dominant et la perception qu’ont les gens de la réalité. Ce qui fait le succès de Valls et Macron est qu’ils ne tiennent pas ce discours dominant d’une part et qu’ils font des propositions et non pas des imprécations. Leur problème est de rendre ces propositions réelles.

Page 25, vous évoquez nos grands intellectuels d’hier comme Marx ou Rousseau. Quel est votre regard sur ce débat autour de ceux d’aujourd’hui qui se « droitiseraient » ?

JM daniel livre

Ce que je constate, c’est qu’aujourd’hui, en France personne n’a la dimension intellectuelle et le prestige de Marx et surtout de Rousseau. Cela tient entre autres au fait que beaucoup qui se clament intellectuels sont loin d’avoir les talents de Rousseau. Le monde universitaire, très nombreux, produit une pensée marquée par la surabondance, c’est-à-dire le conformisme et la médiocrité. Quant à savoir si les intellectuels se droitisent, disons qu’une pensée de droite qui n’avait aucun droit de cité depuis la fin de la Deuxième guerre s’exprime de nouveau. Ce qui me paraît plus significatif est le fait que la pensée dominante reste gauchiste/germanopratine et qu’elle ne rencontre que peu d’échos dans la population. Les enseignants en sciences sociales sont « Front de gauche » et la population ne vote pas « Front de gauche »

Quel est l’Héritage de François Mitterrand ?

Mitterrand est pour moi le dernier grand président que nous ayons eu. Pourquoi ? Parce qu’après avoir constaté l’échec de la relance travailliste/keynésienne de 1981, il a rompu avec le discours que portent encore les girondins/brissotins sur le socialisme pour s’investir dans la construction européenne. En tant que socialiste, il a été girondin/brissotin et a connu le résultat pathétique que donne ce positionnement. En tant qu’homme d’Etat, il a affirmé « la France est notre patrie, l’Europe est notre avenir » et il a construit à partir de 1983 sa politique selon cette maxime

Le PS doit-il changer de nom ?

Je pense que cela n’a pas d’importance. Néanmoins, Mitterrand s’était opposé à Rocard qui voulait déjà changer de nom en disant que si le parti abandonnait son nom, d’autres s’en saisiraient avec comme conséquence une plus grande confusion. Je pense qu’il avait raison.

Yasmina Jaafar

 

 

 

 


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