EVA BESTER REND SES LETTRES DE NOBLESSE A LA MELANCOLIE SUR FRANCE INTER!

Eva Bester anime « Remède à la mélancolie » sur France Inter le dimanche à 10h.  Elle nous livre ses secrets pour fuir la mélancolie et avec 1 700 millions auditeurs, le programme radiophonique nous rappelle que la culture et la pensée ont une place de choix dans le cœur des Français.

Attention talent ! Rencontre avec Eva Bester :

Y a-t-il un seule définition de la mélancolie ? Quelle est la vôtre ?

Ce qui est intéressant avec la mélancolie, c’est qu’il n’y a pas de définition. Plus je me penche sur le sujet et plus je me rends compte que la définition a changé tout au long de l’Histoire : dans l’antiquité, elle était considérée comme la marque du génie ; chez les romantiques, elle a été vue comme une source d’inspiration ; puis elle a aussi été perçue comme une maladie et une folie, bien plus tard… donc chacun a sa propre définition.

Et que recouvre-t-elle en 2016 ?

La mélancolie est synonyme de dépression nerveuse. Elle a un connotation négative mais il y a aussi une mélancolie douce quand on parle par exemple de la « saudade », cette notion dans la culture brésilienne ou portugaise… Même aujourd’hui, il y a autant de mélancolie que de personnes

Eva-Bester

et elle permet même de le définir. C’est très riche, le spectre des mélancolies est infini. Certains de mes invités vont être portés par elle, d’autres vont être terrifiés et paralysés et certains la provoquent ou se complaisent dedans.

Faites-vous une différence entre la mélancolie et le désespoir.

Je pense que certaines mélancolies peuvent se rapprocher du désespoir. Mais il y a peut-être une différence : le désespoir impose une non lutte, on peut baisser les bras et glisser doucement vers l’indicible. Et en même temps, il y a quelque chose de magnifique dans le désespoir : tout changement radical dans une vie ne peut s’opérer qu’une fois qu’on a touché le fond. Mais parfois j’aimerais bien marchander avec le sort et lui dire « s’il te plait, donne moi la leçon directement sans me laisser toucher les abîmes« . Mais ça ne marche pas parce qu’il faut d’abord être complètement désespéré pour ensuite rebondir.

Pourquoi ce thème vous intéresse autant ?

Je suis un tempérament mélancolique et j’aurais aisément préférer choisir de ne pas l’être. Ensuite, ça me constitue : je suis mélancolique depuis ma naissance. J’ai différents états : parfois ça m’accable, à d’autres instants, c’est un moteur avec un sentiment d’urgence de sortir de cet état. D’où l’idée de l’émission « Remède à la mélancolie« .

Notre époque nous oblige à être heureux. Les Journées du câlin, de la gentillesse ou encore du compliments sont des injonctions au bonheur. Quel est votre avis ?

L’injonction au bonheur est une blague, une farce ! Je défie quiconque de venir me dire que sa vie est un perpétuel « bonheur ». Que celui qui l’a rencontré me donne le contact. Plus sérieusement, je crois que dans notre société occidentale, nous avons terriblement peur de tout ce qui est négatif : la mort, la maladie, la souffrance. Je le comprends mais nous ne pouvons pas y échapper. A force de vouloir l’éloigner, on a une sorte d’hygiénisme moral et psychologique. Même les relations amoureuses en sont affectées. Dès que quelque chose ne va pas, on arrête ou on fuit ou on jette. Nous n’arrivons plus à transcender le problème parce que c’est terrible et ça demande des efforts. C’est antinomique avec une société du zapping où tout va vite, trop vite. D’autant que ce n’est pas à la mode d’être sensible.

Se révèle-t-on plus par la joie ou par la mélancolie ?

france inter

Les deux, la joie et la mélancolie ! Si quelque chose nous fait réagir, quelle soit positive ou négative, c’est que ces sentiments résonnent en nous. Et par ces biais, nous en apprenons sur nous-même.

« Remède à la mélancolie » cartonne. Et pourtant le mot culture dans les médias et à la télévision est encore tabou. Presque un gros mot. Comment expliquez-vous cette crainte et votre succès ?

Les auditeurs me disent que quels que soient mes sujets, qu’ils soient populaires ou pointus, je fais mon maximum pour les rendre accessibles. Ils semblent ravis de ne pas être pris pour des cons. Pour moi, c’est le plus beau des compliments parce que je suis une vraie autodidacte et le nombre de fois où je me suis retrouvée devant des gens snobs et incompréhensibles est hallucinant. J’ai appris à dire « Stop ! Je ne comprends pas ce que vous dites » sans aucun complexe. Ensuite, en ce qui concerne la télévision, j’avoue que je suis une adepte des archives de l’INA sur internet. On peut tout y retrouver, les émissions de Pierre Dumayet ou encore les avis de l’amoureux des livres Henri Guillemin… C’est un régal qui me rappelle que la télévision ne propose plus du tout ces objets-là aujourd’hui.

Que pensez-vous de l’école et de l’accès aux savoirs pour les enfants ?

Enfant, mes parents m’ont poussé à lire, c’est vrai. Mais je me suis mise sérieusement aux livres seule et ça me donnait du plaisir. J’ai aussi eu des profs assez décourageants et quand on sait que la donne change dès que l’on est regardé correctement par un enseignant passionnant… J’ai aussi découvert les bibliothèques avec l’école et je suis tombée en amour pour les livres et la littérature.

Justement, en parlant de l’amour des livres. Que dire aux enfants pour qu’ils s’attachent aux livres ?

Il faut lire dès son plus jeune âge ! J’ai passé ma vie dans les bibliothèques municipales. Je milite pour que cela soit entendu : c’est gratuit, libre service ! L’amour des livres ça se nourrit. La vie est lourde et pesante et on peut trouver une part de joie et de beauté dans les livres. C’est accessible à tous quel que soit le niveau social !

Le prochain invité de « Remède à la mélancolie est » …?

L’écrivain Philippe Djian.

Quels sont vos critères de sélection ?

J’aime les invités qui aiment transmettre, donner et partager. Je souhaite des personnes avec une belle âme et un univers. La générosité doit être présente pour transmettre des choses aux auditeurs.

« Remède à la mélancolie » tous les dimanches à 10h sur France Inter

Yasmina Jaafar

 

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