DIDIER MAISTO : « POUR RESISTER DANS LES MEDIAS, IL FAUT DIRE LES CHOSES ET ETRE RENSEIGNE »

Didier Maïsto dirige Sud Radio et publie « Hé oh, on est chez nous ! », titre énigmatique qui enferme une enquête sur les systèmes d’attribution des canaux TNT par le CSA. La suite de « TNT, un scandale d’Etat ». Est-ce l’ouvrage d’un homme vexé ?

Dessins de Lefred Thouron

Réponse :

Vous semblez avoir une passion pour les médias. Du moins leur compréhension. Comment cela a-t-il commencé ?

Oui, il faut bien commencer (rire). Donc, j’ai fait une filière littéraire hypokhâgne, une Maîtrise de lettre puis une Licence de droit, mais au-delà du parcours universitaire, j’ai toujours aimé écrire. Je m’occupais des journaux et de leur confection à l’école. Et à l’explosion des radios libres en 81, je travaillais, par le biais de mon groupe de music Albatros à Toulon, pour 89FM. Mes émissions étaient de nuit et musicales. Enfin, mes années Figaro ont débutées par un stage.

Avez-vous rencontré des difficultés ou pouvons-nous dire que c’était plus simple avant ?

Non, je me suis battu quand même. C’est vrai que le journal était doté de plusieurs suppléments et de déclinaisons. C’était donc plus ouvert mais rien n’était plus simple.

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Qu’est-ce qui amène le jeune Didier à la politique ?

Après le Figaro, j’ai voulu faire de la politique. Je suis devenu attaché parlementaire durant 4 ans. J’ai vécu la campagne de Chirac en 95. Je me sentais proche de ce Gaullisme social. Puis très honnêtement, je suis parti en courant.

Pourquoi ?

Le pouvoir est particulier et pour réellement influencer sur le quotidien des gens, il faut être à côté et non dedans. Le pouvoir politique aujourd’hui est vidé de sa substance parce qu’il n’y a plus vraiment de souveraineté du pays. La voix de la France est assez fine.

Est-ce cette connaissance du monde politique qui vous a poussé à écrire votre livre dénonçant les dessous des attributions des canaux TNT ?

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Dans toutes vies, il y a une système organisé d’une certaine manière. Sans tomber dans  la vision complotiste, loin de là, je constate qu’il existe des méthodes et c’est ce que je tente de décrire dans ce livre : il y a une communauté d’intérêts qui change au gré des intérêts. Dans les années 80, il y avait par exemple, L’Arc. Association luttant contre le cancer qu’il fallait soutenir mais quand on s’est rendu compte que le Mr possédait une belle maison à Bandol et 80 000 euro de frais de fonctionnement et qu’il restait très peu pour les malades… on a commencé à se poser des questions. Avec cette histoire de chaîne Numéro 23, je me suis rendu compte assez vite que tout était biaisé de la même manière. Je pouvais m’échiner à proposer un projet viable, les attributions étaient déjà faites.

Est-ce le livre d’un homme fâché ?

Non, absolument pas. Je suis quelqu’un de calme. J’ai un tempérament, une histoire personnelle et des parents venant d’Algérie et de Tunisie qui m’ont appris certaines valeurs. Vous savez, des compétitions… on en fait, on gagne et on en perd. J’étais quasi sûr de ne pas avoir ce canal. Seulement, je vois dans les conventions que les chaînes sont autorisées à vendre au bout de deux ans et demi et que vois-je ? Le pacte d’actionnaires qui décide justement de revendre à cet instant. Aussi, je me suis pris au jeu. Nous avions travaillé dur pour inventer un projet que beaucoup trouvaient intéressant, novateur et pérenne car adossé à un actionnaire solide. On a donc cru au potentiel de notre chaîne. Et finalement c’est un type qui a une petite boîte de 11 000 euro qui emporte le marché. Etrange ?!

Alors, en effet vous apportez quelques éléments sur certains partons de média comme Patrick Drahi duquel vous dites « Qu’il a tout compris avant tout le monde ». Est-ce une des qualités premières qu’il faut posséder dans les médias ?

Il y a deux catégories d’hommes dans ce qui nous occupe ici. Gide disait « il y a les subtils et les mollusques« . Les mollusques sont des gens qui font des coups installés dans une aventures financières avec des sous qui ne leur appartiennent pas. En effet, ils ont tout compris avant tout le monde. Puis, les subtils, qui font le choix de la rigueur de l’honnêteté.

Alors que faut-il pour résister ?

didier csa

D’abord, il y a la loi de 86 sur l’audiovisuel ! Elle dit que nous ne pouvons pas posséder plus de 20% d’un média en étant hors communauté européenne. Il suffit donc d’appliquer la loi. En démocratie, toute vérité est bonne à dire. Le CSA a quand même retiré l’autorisation d’émettre à Numéro 23. Ils l’on fait ! A chaque fois que c’est argumenté et public, on obtient gagne cause. Mais 5 jours après, le Conseil d’Etat a rétabli la chaîne dans ses droits manque de preuves… et disant qu’elle avait réinvesti. Je ne vois pas où ! Avec de surcroit aucun programme sur la diversité. J’ai pas lâché et j’ai obtenu une commission d’enquête. Donc pour résister, il faut dire les choses et être renseigné.

Comment vous est venue l’envie de concourir pour l’obtention d’un canal TNT ?

En 2011, j’ai eu un grave accident de moto. Ca change un peu la vision des choses… Et le patron de Fiducial souhaitait une chaîne de débats accès sur le documentaire. J’ai donc réuni une équipe et on a confectionné un super projet financé sur 5 ans, on passe au CSA, on est les mieux noté. Tous les engagements étaient respectés. Puis non… rien n’a abouti. Alors j’ai voulu comprendre pourquoi d’où les livres/enquêtes. Je ne suis ni extrémiste, ni homophobe, ni Français de souche, donc ceux que je pointe dans mes enquêtes me reprochent seulement de dire la vérité.

Un mot sur Sud Radio… La radio va-t-elle mieux ? 

sud radio

Ce que je voulais faire avec cette chaîne TNT, je tente désormais de le faire à Sud Radio : Info/Débats et Culture/musique le soir en ressuscitant les émissions de Foulquier. Je crois que les gens ont besoin de s’exprimer et pas seulement d’entendre ceux parlent fort. Nos débats seront là pour ça. On a repris cette radio alors qu’elle était quasi finie, on a réussi à sauver toutes les fréquences. 32 étaient attaquées. On a pris des locaux à Paris près de la Maison de la Radio et j’ai été auditionné il y a peu au CSA et c’est acté puisque nous avons entendu « Bienvenue à la 5ème radio généraliste et nationale« . Maintenant, il va falloir investir et la remettre à l’équilibre. C’est un projet à 5 ans. L’idée c’est de se recentrer à Paris et d’ouvrir des bureaux régionaux.

Yasmina Jaafar

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