MAGYD CHERFI : SA PART DE GAULOIS ET SON REGARD SUR LA POLITIQUE FRANCAISE

Magyd Cherfi publie « Ma part de gaulois » (Actes Sud). L’artiste raconte son histoire au travers de son amour pour la langue française mais il nous donne aussi son avis sur ce qu’est la France aujourd’hui et sur sa vie politique.

Rencontre avec un poète optimiste :

Quelle serait votre définition de la France ?

C’est un vœu pieux généreux sincère mais qui a peur d’être à la hauteur de son exigence.

« Ma part de gaulois » est une carte postale d’une France 70/80. Auriez-vous aimé être un enfant né en 2010 ?

Non, je ne regrette pas l’époque dans laquelle j’ai vécu… Elle était pleine du rêve d’un monde plus ouvert, multiculturel et cosmopolite. Nous attendions l’arrivée de la gauche et sa promesse de fraternité, de solidarité. Nous avons pensé une république à venir cosmopolite et bienveillante, bon, ce ne fut pas le cas. Pas autant que nous l’aurions espéré.

A qui s’adresse votre livre ?

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Mon livre n’a pas d’adresse particulière mais j’aurai aimé qu’il soit lu par la jeunesse issue des quartiers pour lui dire qu’elle ne doit pas douter de sa francité et que c’est dans le regard de l’autre uniquement qu’elle existe pas.

Vous racontez : « En écrivant, on sublime cet effroi qu’est le réel ». Les mots sont-ils un moyen de fuite ?

Oui, les mots sont aussi une fuite car il est bon d’avoir des véhicules d’évasion qu’ils soient matériels ou imaginaires, nous avons besoin de croire en un monde de solidarité et de le rêver car celle ci n’est aussi présente qu’on le voudrait au quotidien. Mais écrire est aussi un moment de courage pour celui qui veut affronter les discriminations qui jonchent la vie des plus fragiles.

Les mots ont donc une importance pour vous. Pensez-vous que Nicolas Sarkozy ait imposé une terminologie qui pousse à la séparation des êtres durant son quinquennat ?

Non, je crains  qu’il use d’une stratégie séparatiste sans le vouloir vraiment, il est juste poussé par l’obsession de vaincre et vaincre trop vite c’est aussi se renier, nier la complexité des choses et des êtres.

« Je suis cool mais arabe ». A-t-il été  difficile d’assumer votre arabité tout en aimant les poètes français ?

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Ce n’est au fond pas tant l’arabité qu’on n’assume pas mais la pauvreté. En étant immigré et pauvre on est juste victime d’une double peine. On peut donc être arabe et pauvre et sublimer la lettre quand elle nous éclaire ou nous grandit.

Au lendemain des primaires, on semble se diriger vers une France conservatrice. Que vous inspire la victoire de François Fillon ?

La victoire de François Fillon illustre la peur grandissante chez beaucoup de français de voir le monde se chamarrer. La peur du mélange des êtres provoque un rabougrissement de l’âme alors qu’il n’est que la promesse de la modernité. Le monde de demain sera multiple et chaque être se définira par mille origines. N’est-ce pas là un espoir de paix. Les politiques n’expliquent pas assez l’avantage de nous envisager un jour sans races, sans couleur et sans unique origine. D’être de partout induira une tolérance sans nulle autre pareille .

Yasmina Jaafar

 


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