LEONIDAS KALOGEROPOULOS : « Sortir de l’entre-soi et laisser entrer le vent de l’innovation et de l’entrepreneuriat. »

Leonidas Kalogeropoulos, président directeur général de Mediation & Arguments, apporte un regard plein de force sur le monde de l’entreprise. Sa mission : lutter contre les monopoles et les positions dominantes. Revenu universel, RSI, auto-entrepreneur, chômage… Il répond avec caractère à toutes nos questions.

Rencontre avec un lobbyiste pas comme les autres :

Médiation & Arguments lutte contre les positions dominantes. Qu’est-ce que ça veut dire exactement ?

Mon cabinet est né il y a 23 ans d’une circonstance très particulière qui a été d’accompagner le chef d’entreprise Jean-Paul Baudecroux, créateur de la radio NRJ. A l’époque, tout le monde considérait que son projet radio manquait de partenaires puissants, qu’il n’était qu’un particulier et  que l’audiovisuel étant politique, forcément seul, Europe 1 ou RTL pouvaient la racheter. L’histoire était écrite et tout le monde disait à Jean-Paul Baudecroux qu’il fallait qu’il accepte de mettre à son capital un grand groupe industriel qui aurait un poids politique et que cela lui apporterait son indépendance. Et bien, celui-ci ne s’est pas laissé faire. Les seuls arbitres de sa réussite étaient ses auditeurs.

C’est une façon de revendiquer une liberté ?

Leonidas Kalogeropoulos, président directeur général de Mediation & Arguments

Oui, cette revendication a été le révélateur de ce que je voulais faire. J’ai considéré que ma mission en tant que lobbyiste était de défendre des entrepreneurs qui ont une innovation, une autre manière de voir les choses, une énergie, une invention, une volonté qu’ils voulaient incarner. Et le lobbying devait être capable d’expliquer dans l’environnement institutionnel que les innovateurs, les nouveaux entrants apportent de la richesse et que cette richesse se heurte fréquemment à l’incompréhension et à la position acquise d’un certain nombre d’acteurs qui tiennent à garder leur pré-carré.

Médiation & Arguments a été fondé autour de l’idée que tous les monopoles étaient des zones économiques où les choses dépérissaient parce qu’il n’y avait pas de nouveaux entrants. Je n’ai jamais accompagné un monopole désireux de garder sa position. Le juge de paix est le client et personne n’a vocation à dire : « Moi, j’ai été là avant, donc je garde mes privilèges ». Les politiques ne sont pas à la source de la solution malgré toute leur intelligence. C’est ma fonction sociale de montrer que des problèmes politiques peuvent avoir comme solution l’arrivée de nouveaux entrepreneurs avec des solutions innovantes.

C’est aussi une question qui passe par l’éducation et la manière de former en France ?

J’ai une formation en Droit, en communication et en sciences politiques. Ces écoles forment très bien les gens mais, en l’occurrence, elles n’ont pas été très en pointe pour expliquer l’apport du monde économique. Il y a une sorte de déconnexion avec des théories et pas de réponse à la question pratique : « Comment créé-t-on des richesses ? »

Donc nous formons des penseurs ?

Oui, des penseurs, des gens critiques, des gens qui inventent des modèles de taxation extrêmement compliqués… mais qu’est-ce que c’est que la richesse ? Ce sont des solutions à un problème. La meilleure façon de trouver une solution à un problème est de prendre un essaim d’entrepreneurs – pour reprendre l’image de Laruchemedia.com – de balancer le problème dans l’essaim. A priori, les solutions émergent. Il faut que notre société française se dise que lorsque je veux encourager une solution économique, il ne faut pas que je parle seulement avec les deux ou trois acteurs dominants habitués à dialoguer avec l’État. Il est essentiel de sortir de l’entre-soi et de laisser entrer le vent de l’innovation et de l’entrepreneuriat.

Que veut dire « L’Entreprenalisme » ?

C’est la valorisation du rôle de l’entrepreneur. Leur livrer les problèmes n’est pas synonyme de « laisser faire ». Certains pensent que le libéralisme signifie que l’État doit s’écarter de toute activité économique. Or, ce que je constate, c’est que si l’État n’était pas présent, ce serait la loi du plus fort. Un exemple : l’Europe est désarmée devant les problématiques du numérique et comme on a considéré que le problème concernait le cadre européen et non les États membres, et bien cela va faire sept ans que l’on instruit une enquête pour pratiques déloyales contre Google. Quelle est l’entreprise qui peut résister à une pratique déloyale pendant sept ans ? Là, c’est le manque d’État qui règne. Il faut pouvoir leur dire stop et les remettre à leur place pour qu’ils acceptent la concurrence. La bureaucratie et les positions dominantes sont les deux grands adversaires du rayonnement entrepreneurial.

Les français ont-ils le goût du risque où est-ce un cliché que de dire que l’esprit d’entreprendre est anglo-saxon ?

Je crois en l’esprit d’entreprise de notre pays. Emmanuel Joseph Sieyès dans Qu’est-ce que le tiers État ? affirme « Si vous voulez que les choses soient mal faites et décourager ceux qui pourraient bien les faire, mettez des monopoles ! » Avec la Révolution, on a aboli les privilèges. Et qu’est-ce qu’un privilège si ce n’est un monopole. Et par un hasard de l’Histoire que j’ai du mal à m’expliquer, notre pays n’a jamais cessé de reconstituer des privilèges, de remettre des petites baronnies et des petites castes avec une capacité à se protéger du reste de la société. Notre rôle pour notre génération est de trouver le levier qui remette en cause ces carcans. Il y a eu une tentative avec l’Éducation Nationale qui s’inscrivait dans la suite de l’Esprit des Lumières… ça ne marche pas bien. L’Esprit des Lumières a aussi reconstitué des castes parce que c’est devenu un code de reconnaissance sociale. A nous de mettre un esprit d’entreprise.  

Nous nous targuons d’être le 1er pays Auto-entrepreneur. Mais n’est pas dû au chômage croissant ? Sommes nous tous voués à devenir patron faute d’emploi ?

Leonidas Kalogeropoulos, président directeur général de Mediation & Arguments

Si tous les gens qui ont une capacité d’entreprendre entreprennent on aura résorbé le chômage. Je ne veux pas dire par là que les gens qui sont au chômage, ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes s’ils n’ont pas été entreprenants, non ! Ce que je veux dire, c’est que si on lève les entraves pour permettre à ceux qui ont cette capacité d’entreprendre, ils créeront de l’emploi, de la richesse et on atteindra le plein emploi.

Que pensez-vous du Revenu Universel, proposition de Benoît Hamon ?

Je me battrais avec force contre cette nouvelle idée d’un revenu universel sans condition ! C’est épouvantable, la richesse nécessaire pour le faire est fondé sur le travail et on dirait aux gens qu’ils n’ont pas besoin de travailler ? Il n’y a plus d’équilibre ! Et puis pourquoi renoncer à ce que tout le monde ait un emploi ?

L’idée est de faire de tout le monde des consommateurs et cet esprit de renoncement sont terrifiants. La citoyenneté, ce n’est pas seulement mettre un bulletin dans une urne. Ce qui est magique dans la période que l’on connait depuis cinq à huit ans, c’est le boom de l’entrepreneuriat qui est unique en Europe. Alors, oui, vous avez raison, peut-être qu’il est dû au chômage mais après tout on s’en fiche, la crise sert à ça. Si la nouvelle forme de citoyenneté est d’aller au bout de ses rêves, tant mieux. 50% des jeunes veulent devenir entrepreneur pour être utile à leur pays. Nous avons tous les moyens nécessaires pour redevenir la locomotive économique de l’Europe dans les cinq années qui viennent.

Que pensez-vous de ce statut AE initié par Nicolas Sarkozy ?

Les artisans se demandent pourquoi ils ne sont pas soumis à des contraintes fortes alors que les auto-entrepreneurs (AE) peuvent arriver sur le marché en ayant beaucoup moins de contraintes. Ils ont raison : il faut aligner sur le mieux-disant qui sont effectivement les AE. Il y a la question des seuils et il faut, c’est vrai, les relever parce que c’est absurde de noyer les gens sous des contraintes sous prétexte que du jour au lendemain, il y aurait un euro de plus de chiffre d’affaires. On finit par dissuader les gens de se développer alors que la simplicité doit être la référence.

Et votre avis sur le RSI qui semble former un consensus de tous les partis pour 2017 ?

C’est un système qui est à la fois totalement en dysfonctionnement mais qui néanmoins répond à un besoin. Cela fait partie de notre consensus national de pouvoir face aux accidents de la vie grâce à un filet de protection. Le RSI est imparfait, incomplet et pris en main par une administration publique débordée. On travaille à des solutions opérationnelles avant même la fin du mois de janvier.

Quels sont les caractéristiques d’un entrepreneur ?

  1.  Il faut se sentir concerné par les problèmes que l’on a autour de soi.
  2.  Il faut avoir un amour du concret. Si Nuit Debout avait été un hackathon d’entrepreneurs, il en serait sorti des solutions. Mais comme Nuit Debout n’a été qu’un hackathon de rêveurs, il en est sorti… rien !
  3. Il faut accepter d’avoir des responsabilités et des obligations.
  4. Il faut avoir la foi dans le travail. C’est très important l’opiniâtreté. Il ne faut pas se dire que cela va être facile. Mais le travail arrive à bout d’un nombre important de difficultés.
  5. La confrontation au réel ! Le réel ne lâche jamais, il n’y a aucun répit.
  6. Il faut avoir le goût du risque.

Si vous avez tout ça, vous êtes entrepreneur. Mais il y a aussi les entreprenants. La richesse c’est toujours l’énergie entreprenante des gens. Ce sont ceux qui vous entourent et qui ne lâchent jamais un dossier. L’implication et la volonté sont obligatoires, sans ça, cela ne marchera pas. C’est aussi un message d’espoir. La richesse des Nations, c’est l’implication des citoyens et on peut, à bon escient, remettre cette notion dans notre société.

Vous êtes optimiste pour 2017 ?

Oui, très ! Je pense que notre pays attend comme si on était dans des starting blocks. Il y a des forces dans le pays qui ne vont pas attendre les élections.

De notre fait et avec le sentiment que les forces politiques ne représentent pas cette énergie…

Oui mais je crois que ceux qui sont porteurs de vieilles recettes sont petit à petit mis à l’écart des scrutins. Traditionnellement, la gauche représente les salariés et la droite l’économie, mais aujourd’hui, ce qui brise cette vison binaire ce sont justement les salariés qui souhaitent devenir entrepreneurs. Il y a donc une troisième voie qui séduit autant les gens de gauche que de droite. Il y a de quoi faire un consensus qui nous permettra de reconstruire totalement notre pays.

Yasmina Jaafar

Leonidas Kalogeropoulos, président directeur général de Mediation & Arguments
Manifeste et chantiers de l’entreprenalisme : Tous entreprenants !

 

 

 


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