DALS : IL Y AURA UNE 9EME SAISON MAIS POURQUOI LA MAGIE NE PREND PLUS ?

« Danse avec les stars » est confirmé pour une 9ème saison malgré la chute d’audience. Pauline Escande-Gauquié, membre du #ClubDeLaRucheMedia et Sémiologue nous explique pourquoi l’émission phare de TF1 ne fonctionne plus. Un regard d’expert qui scrute le corps, la production et les effets.

Par Pauline Escande-Gauquié

Mercredi 13 décembre 2017, c’était le grand jour. Et j’y étais, en backstage, au cœur de la grande farandole technico-médiatique, au cœur de la grande messe de la finale de Danse avec les Stars 8, émission phare de TF1. Malgré tous les efforts de la chaîne pour renouveler la formule, l’émission a du mal à se maintenir depuis deux saisons. Ce soir-là, Sandrine Quétier animait avec Christophe Beaugrand. Car TF1 a eu l’idée saugrenue d’obliger l’animatrice à faire le show en duo, chaque semaine, avec un animateur « maison » différent (Nikos Aliagas, Christophe Dechavanne, Arthur, Karine Ferri, etc.). Formule qui a davantage déstabilisée le public qu’elle ne l’a conquit. Au centre de toute cette agitation, j’ai pu néanmoins observé un spectacle médiatique bien ficelé, une équipe très professionnelle qui doit assurer le direct pour créer cette liturgie vertigineuse des corps dansants.

La profusion

« Profusion » est le trait descriptif le plus frappant de cette expérience : profusion de paillettes et de strass, profusion de luxuriance et de make-up, profusion de lumières et d’artifices de décors (comme cette rame de feu), profusion de cris et d’extases du public, profusion d’envolées lyriques des jurys, profusion de techniques chorégraphiques et de dépassement de soi. L’évidence du toujours plus, surtout pour le grand soir, pour le bouquet final. Tous les signes du grand spectacle sont là, mais le rêve opère moins car la marque Danse avec les stars est un peu vieillissante. Huit saisons, les gens se lassent… Cette gigantesque production d’artefacts, cet immense processus de médiatisation met pourtant en scène le plus fascinant objet de consommation, le corps.

Le corps, objet de salut

Voici donc la finalité : stimuler par le show l’obsession actuelle du corps qui est devenu l’objet de salut de notre société de consommation dans beaucoup d’émissions de télé crochets (The Voice, La nouvelle star, etc.) ou de téléréalités (Kho Lanta, la villa des cœurs brisés, etc.). Danse avec les stars, ce sont ces corps fétichisés et investis d’une performance gracieuse : celle de la danse qui le libère, l’émancipe. L’érotisme fait spectacle. Lors de la finale, la compétition est olympique entre les couples de danseurs. Qui va décrocher la médaille d’or ? L’amateur(ice) star est placé(e) dans une action physique avec un(e) professionnel(le) de la danse (« coach ») qui l’amène à se dépasser, à faire sauter ses résistances. Quel tournis, quel tournoi. En coulisse les jeunes danseurs et danseuses s’échauffent, juste avant de s’élancer sur la scène face au jury, pour voler sur un nuage. J’ai trouvé ce que ce que instinctivement chacun regarde dans ce spectacle : l’éprouve. Avec Danse avec les stars, on veut s’éprouver, être dans la tension avec les danseurs. Avant chaque nouvelle danse de couple, on retient son souffle, une nouvelle scène va se jouer entre un coach et sa star, on doit rester attentif. Tout ce spectacle à quelque chose d’irréel. Une courte attente et puis c’est parti. Je regarde à l’abri des regards, un homme et une femme qui se rejoignent au milieu de la scène, peu importe si c’est Tatiana Silva et Christophe Licata, Agustin Galiana et Candice Pascal, ou Lenni-Kim et Marie Denigot. Ce qui est donné à voir à chaque fois, c’est un homme qui avance vers une femme, qui la saisit par les hanches et la tourne vers lui pour la faire voltiger.

 

Le public décroche derrière son petit écran

Si, en coulisse, l’émotion du direct fonctionne encore sur le public en salle, il semble que le spectateur derrière son petit écran décroche… A y regarder de plus près, ce sont surtout les premières saisons qui ont surprises en obtenant des scores inattendus. Une des manières d’expliquer cet insuccès est que l’émission a donné l’impression, lors de ces derniers prime time, de ne pas renouveler la magie, déjà trop installée. La concurrence acharnée des émissions de télé crochets et de téléréalités fait que la logique de captation s’épuise de plus en plus vite, malgré des individus mis en performance pour créer l’adrénaline, le suspense, le spectacle excessif (sur la chorégraphie, sur la séduction, sur la résistance, etc.), trop excessif peut-être pour pour ce que ça paraisse encore « vrai » et authentique.

La star en performance sur son corps, un simulacre trop visible ?

L’engagement corporel de la star dans l’émission Danse avec les stars doit être total pour que le show fonctionne. Le show nécessite d’atteindre un niveau inattendu pour que l’extraordinaire surgisse et donc la fascination. Durant toute la finale, les membres du jury poussent à la performance. Chris Marques parle « d’une progression splendide mais il aimerait qu’elle lâche les chevaux » en parlant de Tatiana. « On ne blague pas en finale », ajoute-t-il sous les huées du public. L’atteinte d’un niveau hors norme dans la prestation dansée doit être au rendez-vous.

Et elle l’est : « Tu es venue en Miss météo, tu repars en danseuse de haut niveau », lâche Jean-Marc Généreux en larmes. Chris Marques estime que c’était « spectaculaire ». Le mot est lâché. Tout pour le spectacle. Le haut niveau attendu pose ainsi la question de « l’amateur en performance » qui doit se plier à un calendrier, à des règles strictes afin de rendre la discipline de son corps et de ses progrès « spectaculaires ». Il faut atteindre une forme extrême de la compétition car il s’agit de montrer l’exploit, le temps de l’émission, afin de créer des héros. Les gens adorent les héros. C’est la pause pour les danseurs. On y est, voilà donc la fabrique des héros dans toute sa splendeur. En coulisse la voix off qui anime l’émission fait la rétrospective de Tatiana depuis ses débuts avec Danse avec les stars. Sa « success story » est mise en rétrospective sur les écrans le temps de préparer le décor de la prochaine danse. Mais avec certains héros, la magie n’opère plus…

C’est le corps du danseur qui est la première clef du spectacle. Car ce qu’attendent les spectateurs, c’est une forme de vérité dans le direct, que les dés ne soient pas pipés. Or, cette année là, le cas Elodie Gossuin a fait tiquer. Lors de ses performances tièdes, son corps ne donnait pas les signes du combat, du divertissement merveilleux attendu par le public.  Malgré les critiques sur les réseaux sociaux, l’ex miss France a été maintenue. Ça faisait alors trop simulacre, trop « déjà décidé par avance ». Les gens n’aiment pas. L’audience tombe.  Pour que ça fonctionne, il faut que le moment de danse soit comme une révélation entrain de se faire, que la fin ne puisse pas se deviner, que le suspense s’impose dans une lecture immédiate, non préparée. La forme la plus magique du spectacle c’est de faire oublier justement que cela en ait un.

Du popu à la pop culture

Un couple de danseurs entre sur le parquet. Agustin Galiana fait son retour avec Candice, sur un paso doble. Une rame de feu s’allume. C’est parti. Que d’explosivité dans l’interprétation. Les gens hurlent de plaisir dans le public. Le chauffeur de salle n’a rien besoin de faire. C’est presque délirant. A la fin de la prestation, Chris Marques lâche : « Tout ce qui représente l’Espagne était là ce soir ». La montée émotionnelle est à son apogée. Et puis, c’est la pause publicité avant le dernier duel du freestyle. Danse avec les stars, c’est la redécouverte d’un patrimoine populaire, de danses parfois clichées du bal du dimanche. Faire du pop avec du popu par la magie du show. Réinventer, rendre magique ce qui était désuet. La voix annonce que la coupure publicitaire est finie, que tout le monde doit se remettre en place. La musique reprend. C’est le moment du freestyle tant attendu. Le deuxième passage des danseurs – invités alors à danser sur une chorégraphie qu’ils avaient déjà effectuée au cours de la saison – est déterminant. A l’issue des prestations, les finalistes Agustin Galiana et Lenni-Kim sont désignés. Tatiana Silva est éliminée aux portes de la victoire. Le vote du public a tranché : c’est Agustin Galiana et Candice Pascal qui remportent la compétition avec 50,33% des votes. La finale a rassemblé 4 092 000 téléspectateurs, soit 18,8% de part de marché, mais ce n’est pas suffisant.

La recherche de « l’inédit » qui caractérise le monde de la télévision fait que à la saison 8 de  Danse avec les stars s’assèche (comme la saison 7 de The voice). La baisse d’audience du programme est liée à un problème : les efforts visibles deviennent trop vues et revues. Ce média de flux sait que son salut d’audience passe par des émissions de gros divertissements en direct, qui surprennent, seule façon de recréer du rendez-vous au petit écran. Or, le problème est de réussir à proposer du talk show qui se renouvelle, comme vierge de l’histoire des programmes de ce type, afin que l’expérience spectateur derrière son petit écran soit suffisamment forte pour qu’il reste.

 

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