SALON DU LIVRE 2018 : L’ANNÉE DE TOUTES LES POLÉMIQUES…

Le salon du livre vient de fermer ses portes. Coincé cette année entre les heurts diplomatiques France-Russie. Dounia Tengour chercheuse à la Sorbonne-Nouvelle et membre du #ClubDeLaRucheMedia s’y est rendue pour Laruchemedia.com. Avis de notre envoyée spéciale :

Dounia Tengour

Quelques semaines avant l’inauguration du Salon du Livre de Paris 2018, une polémique autour de l’absence de rémunération des auteurs invités avait fait naître des pluies de hashtag #PayeTonAuteur sur les réseaux sociaux. Les auteurs avaient fini par obtenir gain de cause. Mais les couacs de cette édition ne s’arrêtent pas là. Une toute autre polémique, loin du monde littéraire, s’est invitée au programme.

Inaugurée jeudi dernier par le président Emmanuel Macron, la dernière édition du Salon du Livre aura été marquée par le boycott du Pavillon Russe, pays invité d’honneur.

Du 16 au 19 Mars 2018 a eu lieu la 38ème édition du Livre Paris à la Porte de Versailles. Le salon Livre Paris est le rendez-vous incontournable pour les passionnés de littérature et des mots et les professionnels de l’édition. Ce sont quatre jours riches en événements, en ateliers de rencontres et de débats et en espaces thématiques. De nombreux exposants sont venus des quatre coins du globe, Et plus de 3000 auteurs se sont déplacés pour l’occasion parmi lesquels beaucoup de stars de la littérature. Citons par exemple, Douglas Kennedy, Delphine de Vigan, Philippe Delerm, Amélie Nothomb ou encore  Philippe Djian.

Toujours soucieux du renouvellement, le Salon a dévoilé pour la première fois l’apparition d’une scène « Young Adult » et d’une scène dédiée au polar « loin de l’image poussiéreuse du détective.» Compte tenu l’importance des stands et de l’affluence des visiteurs, il est parfois difficile de se repérer dans l’immense hall du salon. La programmation s’articule autour d’un fil rouge. Le thème, c’est « les écrivains face au monde ». De nombreux visiteurs se sont arrêtés au stand Actes Sud, où deux personnalités très fortes, des auteurs engagés ont fait entendre leurs voix sur les problématiques qui agitent nos sociétés et la question de l’engagement. Il s’agit de la romancière turque Asli Erdogan et du journaliste et écrivain, Kamel Daoud, né en Algérie.

Cette année, le salon avait mis à l’honneur la littérature russe qui aurait dû être à la fête. D’ailleurs, pour nous remercier, les Russes avaient apporté dans leur bagage un joli cadeau qu’ils voulaient nous offrir : un hiver sibérien bien de chez eux !

À notre avis, pour réchauffer les relations tendues entre la France et la Russie, ils auraient mieux fait d’apporter de la Vodka. Plus sérieusement, comme l’a souligné Vincent Montagne, P-DG de La Martinière, « L’édition 2018 du Salon Livre Paris célébrera le dialogue intense entre les lettres de nos deux pays En effet, cette édition était une bonne occasion pour certains, ils ne sont pas très nombreux, de découvrir ou de redécouvrir la grande richesse littéraire de ce grand pays. Tolstoï, Dostoïevski, Tourguéniev, dont on fête cette année le bicentenaire de sa naissance, sont certes des écrivains russes. Mais ils appartiennent à l’humanité. La culture ne connaît pas de frontière.

Lors de la soirée d’inauguration jeudi, le président français Emmanuel Macron a volontairement décidé de boycotter la pavillon officiel russe. Pour expliquer sa décision, le chef de l’État a déclaré : « J’ai décidé, compte tenu du contexte international, de ne pas me rendre sur le stand de la Russie en solidarité avec nos amis britanniques», faisant référence à l’affaire de l’empoisonnement de l’ex-espion russe, Sergueï Skripal. Comme l’a si fort bien dit le directeur adjoint de Marianne, Jack Dion, : « Nos amis écrivains russes apprécieront le message ».

Ils ont effectivement apprécié le message. Zakhar Prilepine, l’une des figures phares de la nouvelle génération russe, choisi d’ironiser: « Je n’ai même pas remarqué que Macron n’était pas là. Je m’en fiche […]J’écris des livres russes et les livres ont une vie plus longue que celle des présidents. »

En tout cas, le public français, lui, n’a pas boudé le stand russe, bien au contraire. Il s’est réjoui de cette présence et il lui a fait un succès bien mérité. Une foule nombreuse est venue se presser autour des stands pour découvrir la riche littérature contemporaine moins connue que les grandes œuvres classiques. Notons au passage qu’à défaut du président Macron, le pavillon russe a eu le plaisir et le privilège de recevoir la visite de l’actrice Fanny Ardant. Les vrais connaisseurs, les happy few,  apprécieront…

Pour la petite histoire, signalons la présence d’un alien, pour ne pas dire un intrus, qui a grand renfort d’argent a installé au cœur du Salon sa grande tente aux couleurs chamarrées et qui reçoit les honneurs de la République. Ils n’ont pas beaucoup de livres à proposer, mais ceux qui aiment les pâtisseries orientales peuvent toujours faire un tour.

L’argent peut faire beaucoup de choses mais il ne rend pas intelligent.

Dounia Tengour

 

 

 

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