CHARLES AZNAVOUR, L’ETERNEL. UNE LÉGENDE DÉJÀ

« Que c’est triste Venise », « Mourir d’aimer », « Je bois », « La bohème »… Charles Aznavour nous racontait des histoires. Ses histoires. Sa force, son talent est qu’il nous donnait le sentiment de les vivre à sa place. Charles Aznavour est mort. Le dernier géant ! Un goût pour la transgression avec « Comme ils disent »- 1973 ! Un avant-gardiste et un homme libre.

 Par Yasmina Jaafar

Charles Aznavour n’était pas écrivain mais il était une plume. Un amoureux des textes. Il choisissait les mots avec une rigueur entière. Rien ne laissait place au doute. Il devait être bientôt sur scène dans les Hauts-Seine et en voyage avec Emmanuel Macron. Seuls les français Maurice Chevalier, Édith Piaf et LUI, Charles étaient connus outre-Atlantique. L’artiste international ne comptait pas se retirer, tenant ainsi sa promesse « Je ne ferai pas mes adieux« .

La scène était son endroit, il ne pouvait pas s’en passer. A 94 ans, Charles Aznavour avait un retentissement mondial sans précédent. Il voulait, rêvait même, de chanter jusqu’à ses 100 ans. Une soif de vaincre et de convaincre. Après des débuts très difficiles, il a su entrer dans les cœurs de tous les publics car il chantait l’amour, les fragments d’une vie qui parlent à tous. Enfant, il était entouré d’une famille simple et particulièrement de sa sœur et complice Aida. Ils étaient tassés dans un tout petit appartement mais l’esprit bohème avant tout, il forgera son talent dans des cabarets durant de nombreuses années.

Petit, le physique dit « ingrat », persiflé par la presse des années 60 et même Philippe Bouvard lui annonçait sans ambages que rien ne saurait le faire connaître : sa voix ne convenait pas… mais c’était sans compter sur son immense talent et sa détermination. Arnaché à son ambition et sa volonté d’être entendu et compris, le nez opéré sur les conseils de Piaf, il gravira les étages de la célébrité. Et c’est contre l’avis de tous qu’il impose le titre « Je m’voyais déjà ». Il monte sur scène, il joue, il interprète. Le geste précis, il fait vaciller la salle avec un dernier regard à la fin du morceau. Le succès naît à cet instant. Et heureusement car il promettait de se retirer si cette chanson ne convainquait pas.  1200 chansons dont 100 morceaux définitivement installés dans le patrimoine français.

Notre artisan préféré semblait ne pas comprendre tout à fait la place qu’il prenait dans le Panthéon des chanteurs fabuleux. Nous fêtons les 40 ans de la disparition de Jacques Brel… De la même envergure et plus encore, nous perdons aujourd’hui le dernier des grands interprètes compositeurs français. Johnny Hallyday a su compter sur le Grand Charles, avec « retiens la nuit« .

Ce monument national a traversé les époques sans prendre une ride. « J’ai toujours eu du mal à mémoriser les textes avant la scène mais maintenant il y a le prompteur » annonçait-il avec gourmandise chez Ruth Elkrief il y a quelques années. Une belle modernité et un rapport au public hors du commun : il proposait des chansons perdues dans son répertoire. Jamais il ne restait dans la facilité des textes connus : il surprenait. Un homme entier et vrai qui faisait l’acteur avec une réelle humilité.

J’avais 12 ans, un coup de foudre musical… Une adolescence bercée à son sens du jazz, du swing. Je l’ai rencontré quelques fois et j’ai toujours été marquée par la vérité qu’il imposait dans l’instant.

Une étoile, oui mais il était là avec vous, d’abord avec vous.

Merci Charles Aznavour pour votre rage de vivre. Il y a tant à dire…

AFP PHOTO / JOEL SAGET

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