EMMANUEL MACRON OU LE CLICHÉ FATAL…

Emmanuel Macron connaît des heures sombres. Depuis la rentrée voire juillet, le tragi-comique s’installe à l’Élysée. Démissions en cascade et clichés photos malvenus pleuvent. Pauline Escande-Gauquié, sémiologue et membre du #ClubDeLaRucheMedia analyse la désormais célèbre photo. Elle revient sur les dangers des raccourcis et des cris d’orfraie.

 Par Pauline Escande-Gauquié

Gérard Collomb est le troisième ministre depuis la rentrée à jeter l’éponge, ajoutant à l’effet cataclysmique dans lequel semble être plongé le président Macron depuis quelques semaines et dont la crédibilité ne cesse de baisser dans les sondages. Si rien ne s’apparente à une « crise politique », comme s’en est défendu le premier ministre Edouard Philippe dans le journal Le Monde, tous les symptômes sont là. Il y a une perte depuis plusieurs gouvernements dans la croyance de la figure politique du président et de la fonction. On est passé du flan Hollande à l’excité Macron, mais pas seulement dans le sens « agité » comme Sarkozy. Ce qu’on reproche à Macron depuis le début de son mandat, c’est une excitation qui serait liée à une « orientation sexuelle ». Sa récente photographie avec deux jeunes habitants torses nus de l’Ile de Saint-Martin sur laquelle il était en visite samedi dernier ne cesse d’alimenter sur les réseaux sociaux les commentaires haineux, racistes et homophobes.

Si cette photo choque c’est parce qu’elle ridiculise la figure du président dont on attend une autre allure. Mais il y a autre chose de choquant, d’indignant même et dont on parle moins. Pourtant, ça devrait sauter à la figure. C’est la banalisation des discriminations raciales et sexuelles que ce genre de cliché véhicule. Déjà une photo similaire en juin avait fait polémique pendant la fête de la musique où on voyait le couple Macron entouré de danseurs de la communauté noire américaine et LGBT, stars du « voguing ».

L’histoire qu’on nous raconte à chaque fois en dit long sur les représentations anti « noir » et anti « homo » récurrentes sur l’espace social et médiatique. C’est une situation grave qu’une société se mette à développer quotidiennement des photos venant alimenter ce type de stéréotypes détachés de la réalité des évènements. Le voyage de Macron sur l’Ile de Saint-Martin pourtant emprise à des problèmes urgents (précarité, chômage, etc.) se transforme alors, sans avoir l’air, en une conquête d’un président blanc venu pour « dresser » des « sauvages » et qui échoue à cause des « instincts » sexuels. Le plus affligeant, c’est qu’on ne retiendra que cela.

Pourquoi ? Parce qu’on oppose l’image du jeune Macron avec son sourire et sa chemise blanche immaculée au monde infernal des peaux noires et nues de deux jeunes antillais qui s’exhibent avec vulgarité et des gestes déplacés. Ce que nous raconte cette image c’est que notre président, figure de l’autorité étatique, se soumet à ces « indomptés » car il a un « mauvais » penchant. Le cliché xénophobe du noir sexuellement puissant est d’autant plus efficace qu’il est mêlé à un cliché homophobe. Le cocktail est parfait pour devenir explosif et faire scandale. Le masque le plus hideux dans cette histoire n’est pas celui de Macron mais bien de la vision qu’on nous donne des habitants de l’Ile. Derrière ces images qui déclenchent le rire, il y a de quoi s’indigner.

Ayons conscience que ce qui se profile derrière ces farces bien toniques est dangereux. Ces stéréotypes à force de jaillir sur l’espace médiatique (dans les photos ou même les propos de chroniqueur) se banalisent, convainquent même. Les ethnologues Lévi-Strauss ou Mauss qui ont passé leur vie à travailler pour déconstruire ce type de poncifs doivent se retourner dans leurs tombes. Les efforts sociétaux, politiques pour démystifier « le fait négre » depuis la décolonisation, les précautions rigoureuses pour déconstruire les vieux prérequis racistes et xénophobes en faveur de la diversité sont en quelques clichés fragilisés. Il faut se méfier de ces photographies prises sur le vif qui ne font au final que renforcer les risques communautaristes et les rejets identitaires. Il ne s’agit pas de victimiser qui que ce soit mais juste de remettre les pendules à l’heure. Au lieu de systématiquement dévisager Macron cherchons plutôt à envisager ce que nous sommes entrain de faire à notre pauvre République. Le sens des images n’est jamais naïf ou anodin, surtout quand elles circulent autant. Il y a une ambiguïté et il faut la voir. C’est notre devoir de citoyen.

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