GILLES-WILLIAM GOLDNADEL OU LA NÉVROSE MÉDIATIQUE DÉCORTIQUÉE

PAR YASMINA JAAFAR

Gilles-William Goldnadel est avocat mais pas seulement. Il est aussi l’un des mercenaire des « Terriens du dimanche » sur C8 animé par Thierry Ardisson et Produit par Stéphane Simon. L’essai « Névroses médiatiques, le monde est devenu une foule déchaînée » est déjà dans le top 15 des ventes sur Amazone. L’homme de droit a tenu à décrypter notre rapport à l’information mais pose aussi la question de la fonction du journaliste.

Vous choisissez un terme psychanalytique pour votre titre : « Névroses médiatiques ». Pourquoi ?

GWG : Parce que je crois à l’inconscient collectif et que tous les ouvrages politiques que j’ai écrit jusqu’à présent s’inscrivaient sans forcément le dire, dans la recherche du sens caché d’événements politiques ou sociétaux à travers les mots et les attitudes.

Les analystes ont coutume de dire que nous ne guérissons jamais d’une névrose mais que nous devons apprendre à vivre avec. Qu’en pensez-vous ?

GWG : Je partage cette analyse réaliste, raison pourquoi, dans ma conclusion, je n’espère pas que l’on guérisse vraiment de nos névroses médiatiques en raison du contexte technique, mais que l’idéologie névrotique qui alimente depuis 50 ans les médias disparaisse définitivement.

Notre sens critique est-il mis à mal par la frénésie médiatique ?

GWG : Évidemment. Puisque je décris des individus isolés mais interconnectés médiatiquement, électroniquement en permanence comme une foule médiatique dénuée de tout sens critique.

Quelle différence faites-vous entre le mot « peuple » et le mot « foule » ? 

GWG : Le peuple représente une communauté d’individus qui vivent ensemble et qui partagent une langue et une culture, alors qu’une foule est un agrégat ponctuel d’individus venus partager collectivement un sentiment d’amour ou de haine, à l’exclusion de tout raisonnement.

Le mouvement des #GiletsJaunes montre-il « l’individu en colère » ? 

GWG : Non, il est né médiatiquement à l’initiative de quelques individus isolés qui ont ensuite partagé électroniquement leur colère avec des centaines de milliers d’autres. Il ne s’agit donc plus d’un individu isolé, mais de plusieurs réunis collectivement autour de cette colère et faisant foule.

Qu’est-ce qu’une « violence légale » ? 

GWG : L’utilisation étatique de la force tirant sa légitimité de la loi, selon la célèbre définition de Max Weber.

« L’opinion publique est versatile » dites-vous. Avec plus que 48 à 54% des français qui soutiennent les revendications des gilets jaunes, pensez-vous que le fameux discours de E. Macron ait calmé le jeu ?

GWG : Il aurait pu le faire s’il n’avait pas trahi immédiatement sa promesse en ce qui concerne la question de l’immigration. J’en doute profondément car la colère des gilets jaunes s’appuyait non seulement sur l’insécurité économique mais encore sur l’insécurité culturelle.

Peut-on gouverner à l’ère des réseaux sociaux ?

GWG : Votre question est pertinente et légitime et ma réponse sera incertaine. Déjà du temps de Le Bon et de Freud le négativisme médiatique et la perte de prestige des meneurs rendait l’exercice du pouvoir aléatoire, à l’ère électronique, il est peut-être devenu impossible.

Sommes-nous en train de vivre une crise des élites ou une crise de la représentativité démocratique ? 

GWG : Les deux à la fois. C’est précisément en raison de l’insupportable baisse du niveau intellectuel et moral des élites qui correspond en même temps à une élévation du niveau culturel général de la population qu’est née cette crise de la représentativité.

Le Bon accordait de l’importance aux mots. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui s’immisce dans notre imagination pour développer des sentiments comme la compassion ou la colère ? 

GWG : Le Bon expliquait que les mots devaient être imagés pour, précisément, parler à l’imagination. Les mots imagés dérivent de notre éducation politique, ou plutôt du dressage idéologique qui l’alimente. Aujourd’hui les mots : racisme, exploitation, corruption, sont encore les meilleurs stimuli.

Dans le chapitre « De l’intérêt du matraquage permanent » vous évoquez la place de la communication. Les journalistes communiquent-ils ou informent-ils ?

GWG : La perte de prestige spectaculaire des journalistes provient précisément de ce qu’ils ont renoncé à informer pour communiquer leurs sentiments idéologisés. Dans mon livre, j’appelle l’église cathodique, la communauté médiatique des petits clercs et des grands prêtres qui véhiculent leur catéchisme idéologique à travers un discours qui prétend informer, mais qui, dans la réalité, est enrobé d’un prêchi-prêcha de plus en plus insupportable. Dans ce cadre assez propagandiste, cette église a une tendance lourde de privilégier telle information qui lui plait tout en occultant ou, en toute hypothèse, en minimisant une autre qui lui déplait.

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