JEAN MASSIET, FONDATEUR DE LA CHAINE ACCROPOLIS : CHOISIT LA PÉDAGOGIE POLITIQUE

PAR YASMINA JAAFAR

Jean Massiet est engagé. Il invente le média Accropolis et cherche à ce que la pédagogie soit au centre de tous ses travaux. Laruchemedia.com vous propose d’en savoir plus :

Qu’est-ce que Accropolis ? 


Accropolis c’est une chaîne de vidéos en direct qui propose des commentaires de l’actualité politique pour aider les citoyens à se forger une opinion. Nous diffusions 6 émissions par semaine auprès d’un public de moins de 35 ans. Par exemple, nous commentons en direct les séances de l’assemblée nationale pour présenter les députés qui s’y expriment, leurs opinions, les points forts de leurs argumentaires, etc. Cet exercice de commentaire permet aux internautes de mieux appréhender les débats et d’y participer. Regarder l’assemblée nationale devient beaucoup plus sympa et accessible. En plus, les émissions d’Accropolis sont interactives : les internautes participent à la discussion via un Chat en direct. ils peuvent donc poser des questions ou donner leur avis. 


Qu’est-ce qui a motivé sa création ? 


J’ai fondé Accropolis en 2015 après les attentats de janvier. Je voulais permettre aux jeunes de mieux comprendre la politique pour pouvoir y participer plus facilement. L’enjeu démocratique est énorme et nous le voyons bien aujourd’hui avec la crise des gilets jaunes : les citoyens veulent participer au débat démocratique. Ils veulent en comprendre les acteurs, les institutions, les codes, les usages et les pratiques. C’est à ça que sert Accropolis. Nous jouons le rôle de passeurs entre des citoyens qui veulent comprendre la politique et des politiques qui veulent se faire comprendre des citoyens. 


Que fait l’association démocratie ouverte ? 


Démocratie ouverte est un grand collectif d' »innovateurs démocratiques ». C’est un ensemble de projets, d’associations, d’entreprises, de chercheurs et d’institutions qui ont à cœur d’améliorer la démocratie par plus de participation citoyenne, de transparence et d’inclusion. Concrètement, le collectif joue un rôle de carrefour entre toutes ces initiatives qui foisonnent  et ont besoin de se coordonner. Nous avons également un rôle de plaidoyer auprès des pouvoirs publics dans toutes les questions qui touchent à la démocratie (nous avons beaucoup de travail en ce moment). Démocratie ouverte accompagne aussi l’émergence de nouveaux projets avec son incubateur « Système D ». Enfin, nous avons un laboratoire qui expérimente de nouvelles méthodes d’implication et de débat citoyens dans les territoires. 


Quel est votre regard sur le grand débat ? 


Le Grand Débat est une initiative enthousiasmante sur le principe, mais limitée dans son exercice.
Donner la parole à tous les citoyens sur des enjeux majeurs en alliant le numérique et les réunions physiques, ça devrait exister en permanence ! C’est donc déjà en soi une bonne chose. Mais trop de précipitation, d’improvisation et de flou nuisent à la crédibilité du processus et risque d’effrayer les citoyens. Pire encore, l’absence d’engagement politique clair sur ce qui en sortira laisse germer l’idée que « tout ça ne servira à rien ». Mais il n’est pas trop tard ! Le collectif Démocratie Ouverte réunit toute l’expertise et la « boite à outil » nécessaire pour faire du Grand Débat une réussite. Si on s’en donne vraiment les moyens et l’ambition, alors on peut y arriver. Nos méthode, nos outils et notre expérience pourraient servir justement à garantir les conditions de la confiance et de l’efficacité d’un tel processus. C’est entre les mains de l’exécutif, à lui d’en décider. 


Nous avons coutume de dire que les Français sont politisés mais une étude récente indique que nous sommes le 27e peuple concerné par la vie politique. Est-il l’occasion d’apporter une culture politique au français ? 


La politique ne se résume pas aux partis politiques et aux rendez-vous électoraux. C’est bien plus vaste : de la consommation responsable à la participation citoyenne en passant par l’engagement associatif et les médias. La démocratie est une culture avant d’être une méthode. Les Gilets Jaunes l’ont bien compris et n’ont pas hésité à inventer un mode d’engagement à leur image. L’envie de démocratie n’a jamais été aussi forte parmi les citoyens, à tel point que notre système représentatif, longtemps fer de lance de la démocratie, passe pour ringard et rétrograde aujourd’hui. Nous voilà dans ce paradoxe : l’exigence démocratique est si forte que nos institutions nous paraissent non démocratiques. Elles doivent évoluer pour prendre en compte les citoyens. 


Pensez-vous que les oppositions politiques soient à la hauteur de la situation ? 


Les oppositions parlementaires et partisanes s’inscrivent dans le jeu traditionnel du débat démocratique : le parlement, le débat d’idées et les élections. Or c’est l’ensemble de ce système, avec ses rituels, ses codes et ses méthodes qui est aujourd’hui dépassé. Les oppositions n’échappent pas à la règle et paraissent elles aussi disqualifiées. Les citoyens ne demandent pas que leurs colères soient « relayées » dans les espaces politiques. Ils demandent que ces espaces politiques changent, redescendent au plus près des citoyens et des territoires. Et dans cette mutation du modèle démocratique, il faudra également inventer de nouvelles formes d’opposition politique. Là encore, ce sont les citoyens qui se montrent les plus innovants et inventifs : gilets jaunes, pétitions en ligne, mobilisations locales, etc. 

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