CANICULE : L’ÉTAT ET LES MÉDIAS EN FONT-ILS TROP ?

YASMINA JAAFAR
FONDATRICE LARUCHEMEDIA.COM

Le ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer reporte au 2 et 3 juillet les épreuves du Brevet des Collèges (inédit), la ville d’Avignon est touchée par un peu plus de 38 degrés, Agnès Buzyn, ministre de la Santé est sur le pont, Emmanuel Macron et le gouvernement se mobilisent avec force. Mais d’autres élus s’emparent d’une communication semblable et arpentent le terrain comme Anne Hidalgo qui s’est rendue ce matin dans une école et Gérard Collomb dans une crèche lyonnaise …

En somme, 2003 et les manquements de Mr Mattei, ancien ministre de la Santé ont su marquer tous les esprits et surtout ceux du personnel politique. Impossible de rester les bras croisés face à ces piques de chaleur.

Le plus dur est à venir dès demain. Cet épisode caniculaire ira au moins jusqu’à dimanche. A 6h ce matin, Nice souffrait de 25,2°, record battu depuis l’été 2017. Chaque année est plus chaude que la précédente. Jean Jouzel, climatologue, indiquait sur France Info le 21 juin que d’ici 2050, nous connaitrions une canicule de ce type tous les 4 ans. « Ces périodes caniculaires sont vraiment liées au réchauffement climatique. Ces vagues de chaleur et ces étés chauds, mais aussi les périodes de sécheresse, il va falloir nous y préparer. »

LES PERSONNES VULNÉRABLES

Alors, non, le gouvernement n’en fait pas trop. Certes, cette séquence exceptionnelle permet à l’exécutif de remonter dans les sondages (+3 points avec 35% d’opinions favorables pour E. Macron. 40% Pour E.Philippe, + 4 points)… Des chiffres équivalents à août dernier… malgré la période GJ…

Le Président, c’est acquis désormais, sait utiliser ces moments de tension pour mettre en avant son volontarisme. Il s’agit là d’une situation délicate et une communication bien huilée ne peut avoir que des retombées bénéfiques. La santé publique est en question, la réactivité de l’État semble à la hauteur des événements. Bien évidemment, le jeu ne serait ni complet ni logique si Christian Jacob le président du groupe LR à l’Assemblée nationale et consorts ne s’opposaient pas indiquant que les membres du gouvernement en font trop, qu’ils cèdent à la panique, que le « zèle » est bel et bien présent. Jusqu’à entendre le Rassemblement National préciser que « la chaleur est normale en été » faisant ainsi fie de tous les avis scientifiques qui répètent à longueur de journée que rien n’est « normal » dans cette chaleur précoce. Minimiser pour opposer est réducteur.

LES BONS GESTES

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LES BONS GESTES

Boire beaucoup d’eau. Manger en quantité suffisante. Se mouiller le corps plusieurs fois dans la journée. Éviter l’exercice physique aux heures à risque. Mettre des vêtements foncés. Se protéger quelques heures par jours dans un endroit frais. Avec 65 départements en alerte canicule, il est toujours utile de répéter à l’agonie les bons gestes à connaitre.

Le thermomètre ne va pas descendre la nuit. Jeudi nous atteindrons les 42 degrés dans le Rhône Alpes par exemple. Jean-François Mattei disait au 20h en août 2003 affublé d’un polo manches courtes : « Je ne pense pas du tout qu’il y ait eu une sous estimation« … 15 000 décès plus tard, les réponses apportées en 2019 sont d’une toute autre envergure.

Des cellules de vigilance et centres d’appel sont mises en place. Le plan canicule qui contient 4 niveaux (Veille saisonnière, avertissement chaleur, alerte canicule et mobilisation maximale) est enclenché. Nous sommes au niveau 3 – avec 13 parcs ouverts la nuit, les piscines ouvertes jusqu’à 22h30 et des kits canicules dans les crèches et les écoles – . Preuve que des leçons ont été tirées des erreurs d’autrefois. Par ailleurs, la population est bien mieux renseignées, une solidarité s’exerce. A force de matraquage et de prévention, les habitudes changent et les mentalités évoluent. Nous ne saurons qu’à la fin de cette semaine si toutes ces manœuvres ont porté leurs fruits. « J’aimerais éviter des morts inutiles » déclare Agnès Buzyn. Cette chaleur est meurtrière mais tout doit être mis en œuvre pour qu’il y ait le moins de décès possible.

Des messages de prévention sont diffusés largement sur les chaînes de télévision. Les médias et l’info en continue sont aussi accusés d’en faire trop. Si l’on compare avec la couverture médiatique des « Gilets jaunes », force est de constater que les médias informent bien plus qu’ils ne dramatisent. Rappelons nous des vaccins chers à Madame Bachelot… la panique était telle que tout discernement semblait avoir disparu.

Ici, c’est différent. Les pouvoirs publics doivent protéger les concitoyens face aux défis climatiques. Les médias permettent de prendre conscience de cette évolution négative liée au réchauffement. Cela dit, il ne suffit pas de répéter même si l’apprentissage passe par la répétition… il s’agit maintenant d’adapter notre urbanisme, concevoir des villes et des villages alertes et dotés de lieux pensées efficacement pour lutter contre ces bouleversements de taille… etc…

EMMANUEL MACRON LORS DE SA CONFÉRENCE DE PRESSE – AVRIL 2019

Une politique générale devrait être mise en place car en ce sens notre État apparait dépassé. Delphine Batho le rappelait ce mardi, nous ne sommes pas selon l’ancienne ministre de l’écologie à la hauteur des enjeux : « Il faut s’attaquer aux causes mais aussi aux effets« … La revanche des écologistes sonne…

Un premier pas communicationnel est fait, mais est-ce suffisant ?

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