LIVING WITH YOURSELF : POURQUOI FAUT-IL VOIR CETTE SÉRIE NETFLIX

BERTRAND NAIVIN THÉORICIEN DES MÉDIAS

LIVING WITH YOURSELF : De l’imperfection de la perfection. Actuellement, Netflix propose une nouvelle production originale à ses abonnés.

Souffrant la concurrence de collègues plus talentueux, inspirés et dynamiques que lui, mais aussi une vie de couple épuisée par un enfant qui ne vient pas, Miles est devenu l’ombre de lui-même. C’est alors qu’un collègue plein d’énergie et de ce charisme qui ne l’habite plus depuis longtemps lui révèle son secret. Un spa permettrait de devenir meilleur, une sorte de version premium de soi-même. Moyennant une somme de 50000 dollars, notre quarantenaire éteint se décide alors de tenter le tout pour le tout et de se rendre à ce mystérieux centre… avant de se réveiller enterré vivant. Car ce que le spa propose, c’est le clonage du candidat à la vie parfaite. Après avoir mis au point sa version optimisée, l’original est alors enterré, remplacé par ce super-soi. Sauf pour Miles. Pour lui, l’opération de remplacement échouera, entrainant une compétition entre ces deux versions de lui-même. 

Par le biais du clonage, cette série interroge alors deux aspects propres à notre XXIème siècle : le culte de la performance et l’avatarisation méliorative de soi. Miles incarne en effet ce qu’il ne faut plus être : un homme qui ne fait plus d’effort physique ni vestimentaire, qui ne brille plus en société, qui n’est plus « aimable ». Ou plus exactement, qui n’est plus « jaimable », pour reprendre cette culture du « j’aime » numérique qui a fait de notre intimité un espace-temps où règne désormais la compétitivité. Il se doit donc de devenir meilleur et d’offrir à sa femme la version optimisée de lui-même. Son clone aura alors pour charge de briller, là où l’original se ternissait. Il redeviendra jovial, lumineux, multipliant les anecdotes « likable » pour le plus grand plaisir de ses amis et de sa femme. Nous avons ainsi dans ces deux Miles comme une illustration de notre personnalité qui désormais se voit plus que jamais dédoublée. Comme nous rattrapons notre solitude et un quotidien sans grandeur par l’existence hyperbolique de notre avatar numérique, de l’hyperesthétisation du journalier sur Instagram à son reporting sur Facebook, Miles corrige lui aussi son excès de normalité par cette sorte de « Miles Premium » qu’incarne son clone.

Jusqu’au jour où n’en pouvant plus de jouer les doublures avec sa femme, le néo-Miles entreprendra une liaison cachée avec elle.

Mais cet adultère d’un genre nouveau aura pour conséquence de révéler ce qui est le vrai message de cette série où impressionne par la richesse de son jeu l’acteur américain Paul Rudd : une désillusion face à une « perfection » qui perd par son excès tout le charme d’une normalité qui ici est faite de douleurs et de frustrations. Mais justement, ces peines et agacements se révèlent faire partie intégrante de l’histoire qui lie Miles et sa femme.

Également signifiée par les lettres lumineuses du titre qui au générique et au fur des épisodes se mettent à dysfonctionner, cette idéalité se voit ainsi vite trahie par une artificialité qui la rend du coup inopérante et vide de vie.

C’est ainsi des blessures et des défauts qui font tout le sel de notre existence que cette nouvelle production Netflix propose de faire l’éloge. Pour ne pas oublier que le réel plaisir et la vraie joie ne peuvent naître que de leurs contraires. Et qu’à trop vouloir lisser et corriger ses imperfections, on prend le risque de perdre toute saveur.

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