LAURENCE BACHMAN ET PFDM S’ENGAGENT POUR QUE LES FEMMES SOIENT AUX POSTES À RESPONSABILITÉS. LA LUTTE CONTRE LE SEXISME DANS LES MÉDIAS SE POURSUIT

YASMINA JAAFAR
LA RUCHE MEDIA

Laurence Bachman est productrice. La Directrice générale de Telfrance et co-présidente de l’association PFDM (Pour les femmes dans les médias) revient sur la deuxième édition de la signature de la charte PFDM. Elle a eu lieu le 21 janvier dernier dans les salons du Ministère de la Culture en présence du Ministre Franck Riester.

Quel est votre sentiment suite à cette 2ème édition qui semble être un beau succès ?

LAURENCE BACHMAN, CO-PRÉSIDENTE DE PFDM

Mon sentiment intérieur est incroyable ! Les 60 signataires figuraient dans un coin du salon et nous nous sommes rendus compte qu’il n’y avait que des hommes !! Nous sommes passés de 18 à 59 signataires en un an ! Il y avait beaucoup de monde. Tout le secteur des médias était représenté. C’est un succès en effet.

C’est la preuve que la charte PFDM qui lutte contre le sexisme et le harcèlement arrive au bon moment ?

Oui ! On me dit souvent qu’il y a des femmes à responsabilités dans les médias comme Laurence Bloch ou Delphine Ernotte mais elles ne sont que 5. C’est loin d’être suffisant. Aujourd’hui, je suis heureuse car nous sommes de plus en plus nombreux à penser que c’est insuffisant.

Pensez-vous qu’il y ait un avant et un après Adèle Haenel ?

En 2019, il n’y avait pas encore eu l’affaire Adèle Haenel ou le livre Le Consentement de Vanessa Springora. En 2020, on se rend compte de l’ampleur du sujet. Il touche toute la société civile. Françoise Laborde (Présidente d’honneur de PFDM – NDLR) l’a rappelé dans son discours le 21 janvier. Nous étions seules pendant 7 ans à parler de cette forte problématique. PFDM existe depuis 7 ans.  Entre temps, il y a eu #metoo mais nous étions déjà là à dire et à dénoncer.

C’est très intéressant et primordiale d’entendre Delphine Ernotte (France télévision), Gilles Pélisson (TF1), Maxime Saada (C+) ou Thomas Valentin (M6) dire que « si PFDM n’avait pas agi, nous n’aurions pas pris conscience des faits« . Je vous avoue que même moi qui suis productrice, je n’y pensais pas tous les jours. Je savais qu’un problème de taille existait mais l’action collective et concrète pousse à plus de vigilance car c’est un véritable fléau qui touche tous les milieux sociaux et tous les secteurs de l’audiovisuel.

Y aura-t-il une 3ème édition ? Et PFDM agit également pour que les femmes prennent conscience de leurs désirs professionnels…

LE 21 JANVIER 2020 DANS LES SALONS DU MINISTÈRE DE LA CULTURE

Je ne sais pas s’il y aura une troisième édition. Mais le ministre de la culture Franck Riester est ravi de cette deuxième salve de signataires. Il nous demande d’enrichir la charte et il parle de l’année prochaine… ET OUI, notre sujet est de travailler encore davantage sur l’obtention des postes à responsabilités pour les femmes. Nous voulons les aider à se sentir légitimes, à ne plus être timides et nous mettons en place cette saison un système de mentoring pour justement qu’elles y parviennent.

À La Rochelle, par exemple, depuis 2 ans je monte des tables rondes avec des comédiennes, des réalisatrices… toutes les femmes du secteur… et nous sommes maintenant certaines que le quota est important. Sans quota nous n’y arriverons pas. En France le mot « quota » est un gros mot. En Suède et en Australie, non ! Ce système a fait ses preuves. Cela donne une impulsion qui crée une demande. Delphine Ernotte, présidente de France télévisions, a annoncé qu’elle souhaitait installer un système de quotas pour les réalisatrices. J’en suis ravie. Quand on pense qu’il n’y a que 14 % de femmes réalisatrices, 1% de femmes ingénieurs du son et 2 femmes compositrices seulement… c’est insupportable.

Agissez-vous au sein de PFDM pour plus de prévention dans les écoles de journalisme ?

L’éducation est importante. C’est juste. Elle a été évoquée avec le Ministère. La prévention est faite par lui d’ailleurs. Beaucoup de choses sont mises en place mais nous restons concentrées sur les femmes et les médias.

Êtes-vous optimiste ?

Aujourd’hui plus personne ne peut passer à côté de ce sujet de société. Noémie Kocher, comédienne, avait déjà prévenu quant à l’attitude du réalisateur Jean-Claude Brisseau mais elle n’avait pas été entendue. Adèle Haenel, elle, a été entendue parce que la société est mûre mais aussi parce qu’elle a plus de pouvoir.

Je suis optimiste même s’il nous reste beaucoup à faire encore. Je tiens, moi, à parler de séduction. La séduction doit perdurer. Elle est importante dans les relations homme-femme mais le harcèlement, le sexisme et l’injustice doivent disparaître.

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