ANNE ETCHEGOYEN ET ITZIAR ITUNO (LA CASA DE PAPEL) CHANTENT ET S’ENGAGENT POUR LES FEMMES DU PAYS-BASQUE. RENCONTRE AVEC ANNE ETCHEGOYEN

YASMINA JAAFAR
LA RUCHE MEDIA

Vous êtes originaire du Pays Basque. La situation des femmes est difficile dans cette région. Les violences faites aux femmes y sont-elles plus denses qu’ailleurs en France ? 

La mobilisation contre les violences sexuelles et sexistes faites aux femmes est importante en Pays Basque à cause de cas comme celui de la manada (la meute) qui s’est déroulé en 2016 aux fêtes de Pampelune, où une jeune fille a été victime d’un viol collectif qualifié en 1ère instance d’abus sexuel sous prétexte qu’il n’y avait pas eu expression du non consentement, puis de viol en appel, et également le cas de Nagore Laffage, qui a été victime d’un viol, s’est défendue et a été assassinée par son bourreau. La polémique est née de ce constat : si la victime se défend, elle meurt. Si elle n’exprime pas le non consentement, le viol n’est pas avéré.

En Pays Basque nord et sud (côté français et espagnol), les fêtes sont importantes et nombreuses, aussi les fêtes sont un terrain plus propice aux cas de violences sexuelles. Mais ce terrain a permis aussi une plus grande visibilité de la sensibilisation à ce problème. Côté Espagnol, la société est plus sensibilisée aux problèmes de violences sexuelles, sexistes et conjugales. Il existe des tribunaux spécialisés, la police peut maintenir une plainte même si la victime la retire, plus d’immédiateté sur les mesures d’éloignements des bourreaux, etc… La société basque est une société matriarcale mais d’un point de vue culturel, sportif et politique, la représentativité féminine est très en dessous de la représentativité masculine.

Quel regard portez-vous sur la notion de consentement ?

Non c’est non. Oui c’est oui. Il y a peu d’autres alternatives. Je parle en tant qu’adulte. Mais pour le reste, je pense que définir une majorité sexuelle est essentiel. Trop de femmes voient leur vie gâchée par un viol pendant leur adolescence. Avoir une majorité sexuelle rendrait plus aisées les condamnations des violeurs.

On ne doit plus fermer les yeux sur une société qui a banalisé des gestes tels que celui d’un chanteur de variété connu qui se présente nu devant plusieurs masseuses… Encore moins celui d’un homme de cinéma reconnu qui est condamné pour viol dans un autre pays que la France. Les bourreaux ne sont pas seuls responsables. La société, la loi… nous qui n’agissons pas assez, le sommes aussi.

Que gardez-vous comme expérience de votre duo pour le titre « No es no » avec Itziar Ituño l’héroïne de la série à succès espagnole « La Casa de Papel » ? 

Un très bon souvenir car j’ai eu la chance de rencontrer une très belle personne, très humaine et très sensible. Elle est impliquée dans la cause féminine. Elle est extrêmement naturelle et loin des déviances que peut parfois engendrer le « star system».

Ce nouvel opus est-il à ce point différent de vos autres albums. Ici et hier, vous restez une artiste engagée n’est-ce pas ? 

J’essaie chaque fois de produire un album qui soit le reflet de ma réalité du moment. Là, il y avait la maternité et les violences sexuelles et sexistes. Pour mon album précédent, je racontais en musique mon pèlerinage jusqu’à St-Jacques de Compostelle. Je pense essentiel pour être vraie dans mon travail, de mettre en musique mon chemin de vie.

Les voix des chœurs sont masculines. Avez-vous souhaité passer un message d’inclusion ? Se battre oui, mais avec les hommes ? 

C’est juste que je suis pour la parité, l’égalité entre hommes et femmes. Je suis pour le partage et dans la musique plus que jamais. Le chant basque est majoritairement masculin, mais ça ne veut pas dire que je n’aime pas le chant d’hommes. Bien au contraire, les chœurs d’hommes, c’est culturel en terres basques et le but est d’arriver à ce que plus de femmes chantent. Mais pour cela inutile de diminuer la place des d’hommes ! (rire)

Un mot sur vos autres projets… ? 

La tournée et les concerts de présentation de l’album : le 25 février à L’Européen, le 5 mars à Pau, le 8 mars à Biarritz en présence d’Itziar pour interpréter le duo.

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