COVID-19 : LES ÉTATS-UNIS, L’IMMUNITÉ DE TROUPEAU, LISTES DE LEÇONS À TIRER, CONFINEMENT… LES RÉPONSES DU DOCTEUR ERIC REVUE, MÉDECIN URGENTISTE À L’HÔPITAL LARIBOISIÈRE

Nous devons apprendre à être disciplinés et marteler que les effets de confinement se font sentir.

La demande de respect du confinement est-elle un trop grand effort pour les français ?

Oui c est un effort difficile. Le durée du confinement est longue et personne n’y est habitué. Le sentiment de ne pas être concerné ou que les messages ont été trop flous et pas assez clairs.

Est-ce la preuve d’une grande inégalité ? Comment convaincre ?

Nous devons apprendre à être disciplinés et marteler que les effets de confinement se font sentir. Nous sommes dans un marathon et il faut tenir jusque au dernier km. Il y en a qui courent pour le plaisir, d’autres pour gagner et certains renoncent…

Est-ce que dans ce cas précis de pandémie, l’État et les personnels soignants doivent passer par la répétition des consignes pour une meilleure prise de conscience ou d’emblée tabler sur la peur ? Image de personnes en réanimation, témoignage…

Oui notre rôle et celui des médias est celui de répéter que des patients meurent chaque jour dans les hôpitaux du Covid. C’est la réalité ! Les messages de prévention routière pour limiter les accidents de voiture sont différents d’un pays à l autre. Pédagogie et civisme. On a l’impression que seule la sanction et les radars font réagir les français qui vont se plaindre par la suite. Ce sentiment d’impunité est le même dans les stages de récupération de points – majorité d’hommes qui indiquent – : « ce n est jamais de ma faute, c est parce qu’il y a des radars et des flics que j ai perdu mes points !” 

Qu’est-ce que l’ « Immunité de troupeau » ?

C est une stratégie développée par les anglais et le Pays-Bas . Elle se base sur une hypothèse de pouvoir bloquer la propagation du Covid-19 dès lors que la majorité de la population est immunisée. On laisserait circuler le Covid-19 afin que la population s’immunise. Pour expliquer autrement : des populations amazoniennes reculées et totalement isolées sont fragilisées par une rencontre avec des visiteurs. Un peuple totalement isolé vivant en autarcie n’a plus les protections immunitaires contre un nouveau virus tandis qu’un individu lambda est déjà immunisé . L’indigène amazonien serait hautement exposé et risque de mourir de ce simple virus.

Combien de vague fait-il pour y parvenir ?

Si on suit le principe les experts il faudrait que près de 80% de la population soit immunisée. Les experts sont assez critiques. À priori une seule vague serait suffisante…

En 2011, des économies ont été faites quant à la fabrication de masques. Quelles leçons pouvons-nous tirer de cet épisode ? 

DOCTEUR ERIC REVUE, MÉDECIN URGENTISTE À L’HÔPITAL LARIBOISIÈRE

Il est toujours facile de juger après coup. Personne n’avait imaginé une catastrophe sanitaire mondiale d’une telle ampleur. Une gestion des stocks tient habituellement compte des 5 dernières années. On peut supposer qu’on va sur-réagir l’année prochaine et augmenter les demandes de stocks pour une prochaine épidémie. Il y a plusieurs leçons à tirer de cette situation (qui n est pas terminée) :

  1. Notre système de santé a été très réactif et très rapide dans les décisions grâce aux plans pré-établis.
  2. L’ensemble du système de santé a permis de faire collaborer ensemble à l’échelon national les établissements publics et privés. Ce fut une première (les US ne savent pas et ne peuvent pas le faire)
  3. Les personnels soignants ont été remarquables de dévouement et de collaboration ou l’ensemble des spécialités ont parfaitement joué le jeu de manière cordonnée.
  4. Les SAMU SMUR SAU ont montré leur savoir faire dans les transports inter région par  TGV (une première aussi)
  5. Nos hôpitaux ne peuvent gérer seuls une crise sanitaire. Une coordination entre tous les acteurs de santé est indispensable dans une crise sanitaire sur une catastrophe virale.
  6. Le système D Français a été souvent moqué et décrié comme l instrument de désespoir et de donner un sentiment d amateurisme. Il a fait ses preuves à de nombreuses situations de catastrophe car c’est une situation de « guerre » et donc une « médecine de guerre ». 
    Les points fragiles à retenir et à corriger.
  7. Les ressources humaines et matérielles de l’hôpital ont montré leur limites et notre système de santé a été mis à mal. Il faut qu’on tire les enseignements de cette expérience et réalisions une refonte du système hospitalier mis à mal depuis 20 ans. La santé n’a pas de prix on ne peut plus parler en permanence d économies.
  8. Les protections des soignants oubliés (médecins traitants Ide libérales) et les patients âgés et EPHAD.
  9. Les urgences seront toujours présentes mais le cœur du fonctionnement dépend de l’aval des urgences et donc une gestion coordonnée des lits. L hôpital a démontré durant la crise qu’on trouvait des solutions sur des situations soit disant « Insolubles » ! Rien n’est impossible…
  10. Il doit y avoir un APRÈS COVID-19 et la refonte de l’hôpital et de notre système de santé est un vrai défi. 

Êtes-vous pour un tribunal sanitaire international comme le préconise le Professeur Sicard ? 

Non.

Les État-Unis sont massivement impactés. Leur système de santé peut-il tenir ?

Le système de Santé américain est solide mais favorise clairement les hôpitaux bien équipés et avec un budget conséquent. L’accès aux soins est inégal aux US. 40 millions sans assurance : comment vont-ils faire ? Ils sauront faire face à la crise mais au prix de plusieurs dizaines de milliers de morts.

Les pays du sud sauront-ils faire face ? Comment la communauté internationale peut aider ?

Les pays du sud feront face mais n’ont pas les mêmes ressources / manque de moyens financier, manque de ressources, manque de lits de réanimation (ou de lits). Ils feront avec leurs moyens. Pour le soutien de la communauté il y a surtout la nécessité de contrôler l’extension de l’épidémie sur les gestes barrières. Nous avons eu l’aide de l’Allemagne, de la Suisse et de la Belgique. L’Italie a bénéficié de l’aide de collègues Chinois. Une task force d’aide existe déjà (EPRUS par exemple) ou d’autres associations humanitaires (CRI, MDM, MAF…) mais elles sont toujours limitées par l ampleur des moyens.

Des cardiologues du NCH samedi 3 avril pour échanger sur les mesures prises pour contrôler la crise en Ile de France
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