COVID-19 : OÙ SONT LES MALADES NON COVID ? LES MÉDECINS DE VILLE CONNAISSENT UNE BAISSE D’ACTIVITÉ. POURQUOI ? LE Dr HERVÉ BOISSIN RÉPOND :

L’État a prouvé sa défiance vis à vis de la médecine de ville, d’ailleurs il parle de la revalorisation de l’hôpital ce qui est juste mais oubli la médecine de ville

Le confinement apporte-il un bénéfice, même si l’on sait que nous sommes inégaux face à cette période ?

Bien sur il est efficace tant que l’on pas les moyens : masques, dépistage PCR, test sérologiques, prise de conscience des mesures barrières.

Notre concentration est-elle différente ? Lire, écrire… est-ce vraiment possible ?

La concentration est effectivement perturbée :

  • Changement des habitudes de vie
  • Angoisse
  • Période d’inactivité prolongée

Une hygiène de vie est indispensable avec ses rituels.

Vous êtes médecin généraliste de ville. Que vivent les médecins libéraux financièrement quant à leur patientèle ? Votre activité est-elle est danger ?

Spécialistes ou généralistes libéraux, la situation est identique. Perte de 90% de l’activité, donc des revenus. Nous avons charges fixes importantes : cotisations, loyers, assurances, salaires des secrétaires, leasings matériels… Beaucoup vont se trouver en cessation de paiement. Ils craignent un redressement judiciaire qui interdit l’exercice libéral pendant au moins 1 an. Les banquiers ne répondent pas forcément présents. L’angoisse est certaine et importante. Surtout il n’a aucune raison d’avoir peur de son médecin.

L’État a prouvé sa défiance vis à vis de la médecine de ville, d’ailleurs il parle de la revalorisation de l’hôpital ce qui est juste mais oubli la médecine de ville qui a toujours été le pilier de la qualité de Médecine française. Les cabinets libéraux se trouvent en grande difficulté avec risques de se trouver en cessation de paiement entrainant la fermeture des cabinets, ce sont des entreprises : personnel, matériels, charges… Une procédure de redressement peut entrainer l’interdiction d’exercice.

En effet, les hôpitaux sont mis en avant par le discours de l’État dans cette crise, oubliant les cabinets de ville. Pourquoi ? 

Plusieurs raisons :

  • Les conseillers sont des Hospitalo-universitaires…
  • L’État a fait une erreur depuis le début de la crise en obligeant les patients à consulter à l’Hôpital entrainant une contamination plus importante et une saturation des urgences.

La politique de santé voulant limiter les dépenses libérales ce qui est plus facile à faire que pour l’hôpital en oubliant les réévaluations financières de la médecine libérale. Les politiques commencent à se rendre à l’évidence, mais le message initial perçu perdure chez les patients. L’état a oublié les malades chroniques… On aurait dû être en première ligne de défense avec les moyens nécessaires.

Les cabinets médicaux en ville sont vides. Où sont passés les malades non covid ? 

Effectivement les cabinets des médecins généralistes et spécialistes sont déserts depuis le début de la crise. Le message du gouvernement a été : « contacté le 15 ! N’allez pas chez votre médecin ! Seul l’hôpital est votre recours… Votre ordonnance sera renouvelée par le pharmacien » Enfin aujourd’hui, le conseil scientifique reconnaît son erreur. Cette erreur a eu des conséquences dommageables qui vont perdurer. La médecine libérable avec des moyens adaptés de protection aurait très efficace en première ligne et évitée la saturation des urgences.

Quel danger courent-ils ? 

Le plus grave est effectivement pour nos patients. Toute l’année nos cabinets sont saturées pour traiter les maladies chroniques et aiguës et surtout pour le dépistage de pathologies graves : cancer, hypertension, diabète…. Le terme de désert médical par manque de médecins libéraux reconnu par les pouvoirs publics pour la prise en charge des français, était un enjeu de santé public avec menace obligation de s’installer dans certaines zones du territoire. En quelques minutes par sa communication, il a vidé les cabinets entrainant un véritable désert de soins.

L’appel au 15 doit être appelé pour les urgences vitales, les troubles ventilatoires ou en l’absence de son médecin.

Que pensez-vous de la communication gouvernementale concernant les masques et leur port bientôt obligatoire pour tous ? 

Le manque de franchise du début de la crise a été dramatique pour obtenir la confiance des soignants.

En avons-nous les moyens ?

EMMANUEL MACRON À PANTIN (SEINE SAINT DENIS) LE 7 AVRIL 2020

Il faudra les obtenir si on veut sortir du confinement en confiance.

Que vous inspire la gestion des Ehpad ?

Il y a eu un manque d’anticipation. L’alerte a été tardive et brutale pour les résidents et les familles. C’était prévisible du fait de la carence en personnel depuis longtemps.

L’humain semble parfois réfractaire aux consignes mais il fait aussi attention aux autres. Comment traduisez-vous cette empathie ?

De la part de l’État et de nos responsables politiques, ce n’est pas de l’empathie. Ils ont maltraité depuis de nombreuses années les soignants libéraux ou hospitaliers. La « calino-thérapie hypocrite » n’a aucune portée sur nous. Ils sont, toute fois, étonnés de notre attitude, car nous avons répondu à la situation avec dignité, efficacité au péril de nos vies en respectant notre « Serment » : NOUS pas EUX.

Quant à la population qui applaudi tous les soirs et qui ne respecte pas les consignes… Y a-t-il une empathie de circonstance ?…

 

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