COVID-19 : 11 MAI, UNE DATE RÉALISTE ? UN VACCIN POUR QUAND ? QUE SERONT « NOS JOURS D’APRÈS » ? RÉPONSES DU Dr INFECTIOLOGUE BENJAMIN DAVIDO – HÔPITAL DE GARCHES

Ce qui est quasi sûr, c’est que plus rien ne sera comme avant et qu’on aura appris à réagir en cas d’épidémie beaucoup plus rapidement et à être discipliné.

Le 11 mai vous semble-t-elle une date bien pensée ?

Le 11/05 s’inscrit dans une logique que le confinement ne peut perdurer éperdument. Il faut une date, un cap fixé et étant en plein plateau actuel grâce à un confinement efficace, nous font penser que le système de soins devrait être suffisamment soulagé à la mi-mai pour permettre un déconfinement dans les bonnes conditions.

Est-il réaliste de penser que nous aurons tous des masques le 11 mai ? Surtout pour les enfants qui sont censés retourner à l’école de façon progressive ?

EMMANUEL MACRON ALLOCUTION DU 13 AVRIL 2020 – COVID19

Il faut espérer que nous serons en capacité de pouvoir fournir à tous les gens autorisés à se déplacer au moins un masque artisanal. Pour les individus fragiles qui devront de toute façon rester confiné le port du masque n’aura pas d’intérêt. Concernant les enfants, il semble difficile de les obliger à porter un masque, qui d’ailleurs doit être adapté à leur morphologie si l’on veut qu’il soit efficace. L’enjeu du masque chez les enfants n’est pas le même car ils font partis d’une population peu à risque de forme sévère.

Vous êtes infectiologue. Le grand public ne connaissait pas forcement votre discipline avant la crise. Que pensez-vous des pétitions ou sondages où il est demandé aux novices (politiques ou citoyens) leurs avis sur la chloroquine ou autres traitements ?

Je pense que ces pétitions ne doivent s’adresser uniquement au corps médical. Les arguments pour ou contre tel ou tel médicament nécessitent des connaissances dans le domaine de l’infectiologie, mais aussi de la médecine en règle générale. Je suis assez convaincu, que l’ensemble des citoyens fait confiance au corps médical et se rangera à notre décision.

Il y a actuellement 86 essais cliniques dans le monde. La recherche dans l’histoire a-t-elle déjà été aussi vite ? Le secteur a-t-il déjà été aussi mobilisé ?

COVID19

Je suis peut-être jeune mais je n’ai jamais vu une telle énergie déployée pour trouver un traitement à une maladie et améliorer sa compréhension, avec une telle vitesse de frappe ! la plupart des essais se sont montés en moins de 15 jours ce qui est du jamais vu ! Il faudra qu’après cette crise sanitaire l’on puisse garder ces procédures accélérées qui sont un signal d’encouragement quant à la qualité de nos chercheurs, y compris en France.

Emmanuel Macron souhaite investir massivement dans la recherche. Il y a différentes formes de recherches. Celles au temps long et celles au temps court. Laquelle a le plus besoin de sous ?

C’est une question délicate, car le médecin-chercheur que je suis vous répondrait qu’il faut investir massivement dans la recherche à court terme pour aller vite, mais on voit bien que l’on a besoin également d’une base solide concernant la recherche à plus long terme si l’on veut être en mesure d’anticiper de telles catastrophes sanitaires.

La vie économique doit reprendre un jour… Devons nous passer par la stratégie du « Stop and Go » jusqu’à obtenir l’immunité collective ?

Je fais parti de ceux qui défendent cette stratégie. Si l’on poursuit le confinement indéfiniment on risque à la fois d’accentuer une seconde vague de COVID19 car la population resterait non-immunisée en l’absence de vaccin rapidement. La stratégie du « Stop and Go » à ma connaissance n’a jamais été appliquée à l’échelle d’un pays mais semble une bonne initiative si l’on veut atteindre cette immunité collective, en devenant maitre de l’épidémie et non plus uniquement en la subissant. Commencez à déconfiner les jeunes individus est probablement la bonne piste car ceux sont eux les moins vulnérables et capables d’obtenir une immunité durable dans le temps.

Comment agir si une vague caniculaire intervient dès juillet ? (Saturation hôpitaux)

Il faut à tout prix éviter ce scénario qui viendrait épuiser les équipes soignantes. A défaut d’être capable de gérer les conditions météorologiques, il faudra surveiller attentivement l’évolution de l’épidémie de COVID19 nous échappait et reconfiner au besoin avec tout ce que cela entrainerait (conditions difficiles dans les EHPAD etc.). Mon impression est que ces dernières années malgré un mois de juillet – aout qui a battu des records de température nous avons su faire face car nous étions préparés, ce qui a évité la saturation des hôpitaux comme en 2003.

Dr BENJAMIN DAVIDO, INFECTIOLOGUE HÔPITAL DE GARCHES

Il faut beaucoup de pédagogie pour faire entendre raison aux français. Comment trouvez-vous leur niveau d’acceptabilité ?

Je trouve que les français ont été remarquables à la fois tant dans leur soutien auprès des soignants (livraison de nourriture, applaudissements à 20h etc) quand dans le respect pour une grand majorité du confinement ce qui nous a permis d’absorber la première vague de COVID19. Je suis convaincu qu’ils seront aussi soudés pour la suite qui nous attend, et qui comme l’a dit le président ne pourra se faire le 11/05 que si « les règles sont respectées ».

Êtes-vous optimistes pour la suite ? Vaccin… pour quand ?

Je suis de nature optimiste (rire) et je pense qu’on ne voit aujourd’hui que le verre à moitié vide alors qu’il se passe tout à un tas de chose extraordinaire autour de ce COVID19 : les gens se sont rappropriés l’écologie par exemple, on redécouvre la notion du temps et de ce qui est nécessaire, de la famille du vivre ensemble ; et donc j’ai envie de penser que l’après COVID19 nous apportera beaucoup. Pour le vaccin, en médecine on n’est jamais à l’abris d’un succès ! et je veux croire que nous aurons plus rapidement que ce qui est prévu (18-24 mois) un vaccin efficace. L’avenir nous le dira…

CONFINEMENT

Comment imaginez-vous « le jour d’après » ?

Je pense que les gens vont tout d’abord se réapproprier l’hygiène de base (lavage des mains, corporelle) et se redécouvrir individuellement mais aussi que le bien-être des autres est important car quand un Pays va mal c’est tout le monde qui risque d’aller mal (à l’image du COVID19). Ce qui est quasi sûr, c’est que plus rien ne sera comme avant et qu’on aura appris à réagir en cas d’épidémie beaucoup plus rapidement et à être discipliné.

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