BAC CORONAVIRAL : JEAN-MICHEL BLANQUER DOIT ADAPTER LE BAC 2020 MAIS COMMENT ? PAR BERTRAND NAIVIN

Cette crise inédite a bien révélé la nécessité d'une politique scolaire qui sache s'adapter à un réel.

Cette année, l’épreuve traditionnelle de fin du cycle terminal du baccalauréat n’aura pas lieu et sera remplacée par celles Communes de Contrôle Continu (E3C) qui faisaient partie de la réforme de cet examen voulue par le ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse Jean Michel Blanquer. Une décision qui vient clore une année scolaire pour le moins éprouvante pour beaucoup d’élèves qui durent s’approprier une nouvelle organisation disciplinaire sur fond de frondes et de critiques de la part d’enseignants refusant la réforme et furent également confrontés à cette crise sanitaire inédite qui les confina chez eux, compliquant pour certains le suivi des cours en raison de problèmes d’équipement informatique ou de connexion. Une décision prise donc pour respecter les recommandations sanitaires alors que le nombre de patients en réanimation continue de décroître mais que la possibilité d’une seconde vague pandémique reste présente. Par l’annonce faite en période de confinement de ces nouvelles modalités d’obtention du bac, le ministre a ainsi voulu permettre aux lycéens de continuer à se mobiliser dans leur travail fait à la maison, l’obtention du diplôme étant conditionnée à leur assiduité tout au long de l’année.

Si la reprise des cours fut un temps espérée, celle-ci devant alors s’étendre jusqu’au 4 juillet, les lycées resteront donc fermés jusqu’en septembre prochain.

Seront donc prises en compte les moyennes des premier et deuxième trimestre qui seront arrondies au point supérieur.

Les E3C qu’inaugurèrent les élèves de première le 20 janvier de cette année (Épreuves Communes de Contrôle Continu) seront quant à eux amputées de leur seconde session, celle-ci étant remplacée par la moyenne des épreuves passées en début de première et celle qui sera passée l’an prochain en terminale, et dans le cas des spécialités non suivies en terminale, par la moyenne des notes obtenues au cours de l’année de première.

Le caractère exceptionnel de la crise sanitaire que traverse actuellement la France a ainsi pour effet de rendre exclusif un contrôle continu des compétences et des savoirs dans l’examen du baccalauréat dont l’introduction ne fut pas sans susciter débats et appréhensions. Comptant à l’origine pour 40% de la note finale dans les filières générales et technologiques, dont 30% correspondront aux résultats obtenus lors des E3C et 10% aux notes figurant sur le bulletin de note, cette nouvelle forme d’évaluation a très vite été en effet critiquée pour être considérée comme productrice d’inégalités, critiques exacerbées par de nombreux dysfonctionnements lors de l’organisation cette année des premières épreuves et la communication de sujets dont certains ne correspondirent pas à ce qu’avaient étudié les lycéens.

Une note de l’Inspection générale remise au Comité de suivi de la réforme du lycée a ainsi dénoncé « des élèves constamment sous la pression de l’évaluation »[1] lorsque des enseignants nombreux craignirent de voir la fin de son caractère national. En effet, l’ensemble des syndicats et de nombreux enseignants redoutent que les différences de réputation qui existent déjà entre les établissements en raison de leurs situation géographiques et sociales ne s’accentuent encore[2] lorsque d’autres craignent de voir le bac devenir un examen à la carte où les enseignants, qui choisissent eux-mêmes en concertation avec leurs collègues de leur discipline les sujets de ces épreuves pourraient orienter leurs élèves vers les points particuliers à réviser.

JEAN-MICHEL BLANQUER, MINISTRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE

À ces craintes et attaques, Jean-Michel Blanquer répond par son désir affirmé d’en finir avec le bachotage qui voulait traditionnellement que les lycéens se trouvent face à une trop grosse masse de révisions en fin d’années et veut privilégier l’assiduité et la responsabilisation du lycéen qui est appelé à travailler tout au long des deux années précédant le baccalauréat qui comportera également un Grand Oral. Une continuité dans le travail que l’impossibilité exceptionnelle d’organiser une épreuve en présentiel en ces temps coronaviraux pourrait bien faire valoir et peut-être réhabiliter.

Mais au final, cette crise inédite a bien révélé la nécessité d’une politique scolaire qui sache s’adapter à un réel qui ne cesse de démontrer son imprévisibilité, tout en garantissant aux élèves un degré d’excellence et d’exigence qui ne doit rien céder à une culture presque centenaire du loisir et de l’horizontalité. Cet étirement sur deux années de l’épreuve du baccalauréat semble en ce sens révéler sa pertinence, à condition de garantir aux E3C leur cérémonialité. Car si nous avons besoin de seuils à franchir pour nous construire et prendre conscience de l’élaboration de notre individualité, le bac en constitue un qui doit regagner un prestige perdu. Espérons que la réforme ira dans ce sens.

Bertrand Naivin, théoricien des médias


[1]   https://www.franceinter.fr/societe/la-reforme-du-bac-epinglee-par-l-inspection-generale-de-l-education-nationale

[2]   https://www.francetvinfo.fr/societe/education/reforme-du-bac/organisation-baclee-inegalites-entre-les-lycees-fuites-de-sujets-des-enseignants-etrillent-le-nouveau-baccalaureat_3794285.html

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