DIVERSITÉ : LE BAROMÈTRE DU CSA ENFIN DÉVOILÉ MAIS « UN PEU DÉCEVANT ».

Il faut du temps pour changer les mentalités, pour que les hommes laissent la place et pour que les femmes osent la prendre.

Le 11 mars 2008 est créé l’Observatoire de la diversité. Son objectif : suivre les actions mises en œuvre par les chaînes de télévision en faveur de la diversité au sens large (origine, catégorie socio-professionnelle, sexe, handicap, etc.). Hier, mardi 29 septembre 2020, le CSA a présenté son baromètre annuel.

Le hic…

Nous sommes en 2020 et les chiffres ne sont pas bons. Ils ne reflètent toujours pas notre réalité. La société française peine à être montrée dans sa diversité. Roch-Olivier Maistre est pourtant engagé pour que les choses évoluent. Dans une récente ITW accordée au JDD, le patron du CSA confirme que tout sera mis en œuvre pour que les chiffres parlent réellement de nous, citoyens français.

25% seulement de la population ont confiance en la télévision dans sa capacité informatrice. C’est peu. Et ce constat est pire chaque année. La défiance vis-à-vis des médias dans leur ensemble (radio/presse écrite/TV) est forte mais si l’on ajoute à cela le fait que leur télévision ne leur ressemble en aucun cas, le fossé se creuse.

Selon le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel différents types de sanctions peuvent être infligés, en fonction de la gravité des manquements commis :

  • la suspension de l’édition, de la diffusion, de la distribution du ou des services d’une catégorie de programme, d’une partie du programme ou d’une ou plusieurs séquences publicitaires pour un mois ou plus 
  • la réduction de la durée de l’autorisation ou de la convention dans la limite d’une année 
  • une sanction pécuniaire assortie éventuellement d’une suspension de l’édition ou de la distribution du ou des services ou d’une partie du programme 
  • le retrait de l’autorisation ou la résiliation unilatérale de la convention.

Mais dans ce domaine important lié à la représentativité, le CSA à un rôle incitateur. Les diffuseurs et créateurs de fictions doivent selon leur bon vouloir faire preuve de plus de vigilance mais il n’y a aucune sanction.

Les choses risquent de changer au regard des derniers chiffres « un peu décevants » comme l’a indiqué Carole Bienaimé Besse, membre du CSA à Delphine Ernotte Présidente de France Télévisions. Puis elle ajoute : « Le pacte de visibilité est un engagement important. Il doit permettre de combler le manque créé par la disparition de France Ô et permettre également que les Outres-mers soient présentes sur toutes les antennes du service public. »

En effet, ce pacte de visibilité est une promesse engagée le 11 mars dernier pour une plus grande visibilité des Outres-Mers.

Les CSP+ surreprésentés

Cette partie de la population est représentée à hauteur de 73% alors qu’elle ne forme en réalité que 28%. Les inactifs (enfants, retraités, personnes au foyer), eux, forment 45% et ne sont visibles qu’à hauteur de 15%. Quant aux personnes de plus de 60 ans, elles, ne sont représentées qu’à 6% alors qu’elles sont 21% en France. Les jeunes de la même manière ne se voient pas montrés au réel puisqu’ils sont 24%. Ils sont ne représentés qu’à 11%. Paradoxe, erreur ou volonté de montrer la France toute autre pour rassurer, pour convaincre, pour vendre, pour faire rêver ? Qui le sait ? Ce qui est certain c’est que notre reflet n’est pas réel.

Les Femmes et les personnes perçues « comme non blanches »

Les femmes se battent depuis longtemps pour faire entendre leur partition. Leurs voix, au travers d’actions concrètes via associations ou clubs, commencent à porter. Elles sont représentées à hauteur de 41% contre 59% pour les hommes. De ce coté, les chiffres augmentent (même si c’est peu) de 2 points par rapport à 2018.

Une conscientisation s’installe doucement dans les esprits. Il faut du temps pour changer les mentalités, pour que les hommes laissent la place et pour que les femmes osent la prendre. C’est une éducation entière qu’il faut revoir. Et cela commence dans les petites classes. L’école et la représentation faite des femmes dans les manuels scolaires (par exemple) ont leur part de responsabilités. La télévision quant à elle, doit comprendre que plus tôt elle change les modèles proposés dans ses fictions, sur les plateaux de flux avec un nombre de femmes expertes égal à ceux des hommes experts – car sur ce point nous en sommes encore très loin – et plus tôt ce travail de conscientisation se fera.

Petite info : durant la crise sanitaire les hommes experts ont été présents à 86% ! Les crises doivent nous permettre d’avancer et non de reculer. Une remise en question tant de la part de TF1 que d’autres diffuseurs a commencé. Delphine Ernotte tient à mettre en place des quotas de réalisatrices dès 2020 sur les chaînes publiques.

La table ronde Mixiteenscène, « Représentation des femmes dans les médias pendant la crise sanitaire » qui s’est déroulée hier chez TF1 avec Christelle Chiroux (TF1-Expertes à la Une), Léonor Grandsire (Vice-présidente PFDM), Thierry Jadot et Natacha Quester-Séméon (#jamaissanselles) proposaient des solutions pour que la prochaine crise ne connnaisse pas les mêmes erreurs.

Le pire constat concerne « les personnes perçues comme non blanches« . Un recul s’est opéré ! La part de la population a reculé à 15 % en 2019, contre 17 % en 2018 et 16 % en 2016 ! Le comble puisque cette conversation sur la diversité manquante a lieu partout et de plus en plus. « Certains résultats sont décevants, tout simplement inacceptables en 2020. Pour ne prendre qu’un seul exemple, on ne peut pas se satisfaire que les personnes en situation de handicap représentent seulement 0,7 % des intervenants à l’antenne », a déploré le président du CSA Roch-Olivier Maistre lors d’une présentation du baromètre, appelant les chaînes à une « remobilisation collective ».

La sonnette d’alarme est tirée. La bonne volonté semble laisser place à la volonté effective. Il le faut puisque les ruraux sont aussi sous représentés, ainsi que les handicapés (0,7%)… mais nous pouvons pousser un cri de soulagement puisque les habitants de banlieue sont toujours aussi peu représentés à l’antenne (7 % pour 27 % de la population), mais leur représentation « est moins stéréotypée et plus diverse » qu’en 2018, annonce le baromètre… Les images stigmatisantes ont fait un grand mal à ces habitants durant de longues années. L’identification est fondamentale.

Il y a ici un progrès. Mais mieux vaut ne pas se contenter de si peu… Le chemin est encore long pour qu’une juste représentation de notre pays soit visible sur nos écrans mais la marche est en route. RDV pour le prochain baromètre CSA…

*Le baromètre du CSA a été réalisé après le visionnage de 2 400 programmes de fiction, de documentaire, de divertissement, d’information et de sport sur 18 chaînes (TF1, France 2, France 3, France 4, France 5, France Ô, M6, W9, BFMTV, C8, CStar, Gulli, CNews, NRJ 12, TMC, TFX, RMC Story, Canal+), à la mi-journée et entre 17 heures et 23 heures, pendant une semaine en mars 2019 et une autre en septembre 2019. Au total, plus de 37 800 personnes ont été catégorisées.
 

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