ÉRIC BRION : LE PREMIER ACCUSÉ DE #BALANCETONPORC PUBLIE « BALANCE TON PÈRE »

Balance Ton Père est avant tout un livre sur la relation père/fille et parent/enfant.

RENCONTRE :

Le 13 octobre 2017 votre vie bascule. La journaliste Sandra Muller vous accuse de « harcèlement sexuel au travail » via un tweet. Amandine, journaliste à BFMTV vous propose de lui répondre. Vous refusez. Si c’était à refaire, pensez-vous que cette prise parole immédiate aurait pu changer le cours des choses ?

Il faut bien comprendre l’état de sidération qui était le mien à l’époque et le climat ambiant de chasse à l’homme. Ce n’est pas par hasard si quasiment toutes celles et tous ceux qui se retrouvent dans cette situation choisissent de garder le silence. Le tsunami m’est tombé dessus d’un seul coup. Et je ne savais plus où donner de la tête. J’ai avant tout pensé aux miens, ma famille, mes proches, auxquels il faut expliquer ce qui s’est passé, gérer leur réactions, leurs interrogations, leurs craintes. J’ai dû faire des choix rapides concernant mes filles et c’était le plus important.  Je croyais naïvement que la raison allait l’emporter. En parallèle, votre nom se retrouve à la Une des médias, les erreurs s’empilent, les menaces pleuvent, les insultes aussi. On a menacé de s’en prendre à mes enfants.

Évidemment, avec le recul, on se demande si cela n’aurait pas été mieux de se jeter dans l’arène tout de suite. Mais en fait, à chaud, c’est impossible et cela ne sert pas à grand-chose.

Mon discours aurait été inaudible, noyé et utilisé contre moi. La preuve en est que lorsque j’ai pris la parole pour donner ma version des faits, tout le monde s’est empressé de dire que j’avais avoué… Donc, cela n’aurait servi à rien et cela aurait été contre-productif. On était en plein dans les débuts de l’affaire WEINSTEIN auquel j’ai été directement et volontairement comparé directement par les tweets qui ont lancé le #balancetonporc puisque le surnom du producteur aux États Unis est « the pig ». Comme l’a expliqué Raphael ENTHOVEN, le parti unanime et ses cohortes de suiveurs sur les réseaux sociaux était en marche. Essayez une fois de vous y opposer et vous comprendrez que c’est impossible à chaud.

Certaines personnes, qui se reconnaitront dans le livre, ont essayé de prendre la parole pour expliquer, notamment, que la notion de « harcèlement sexuel à caractère professionnel » dont j’étais accusé posait problème étant donné que je ne travaillais pas avec la rédactrice des tweets. Ils ont été laminés, insultés voire menacés dans l’exercice de leur métier.

ERIC BRION – BALANCE TON PÈRE – LATTES

Les mêmes médias qui ont participé au lynchage, vous félicitaient lors de votre victoire au tribunal contre Sandra Muller. Qu’est-ce que cela vous inspire ? 

J’ai été littéralement abasourdi par la réaction des médias. Aucune vérification, aucune enquête. Tout ce que disait mon accusatrice était pris comme une vérité définitive. Il n’y avait aucune place pour la contradiction, le débat, le doute. Les médias se sont engouffrés derrière Twitter. Comme par peur d’être distancés. Dans le livre, je relate une conversation avec une amie journaliste à laquelle je pose une question simple : « pourquoi l’avez-vous crue ? ». Sa réponse résonne encore : « car c’est une femme et qu’elle est journaliste » !

Il ne faut pas oublier que l’affaire WEINSTEIN est née d’une enquête détaillée de 6 mois dans le New York Times. 6 mois d’enquête, c’est quand même autre chose que 2 tweets rageurs, non ? Mais en fait le résultat est quasiment le même à chaud. La machine s’est emballée. Et cela fut très manichéen : la journaliste soi disant harcelée représente le bien ; l’ex patron blanc quinquagénaire représente le mal. L’histoire était simple, facile à raconter, claire et sans équivoque, mainstream. Je reste éberlué qu’aucune enquête sérieuse de vérification n’ait été faite à l’époque. Cela aurait quand même permis de rappeler où cela s’était passé (en octobre 2012 lors du MIP et non au Festival de Cannes comme cela a été dit et répété.) Cela aurait aussi permis de rappeler qu’il s’agissait d’une courte conversation et non de sms… Cela aurait aussi permis de mettre en avant que je n’avais aucun lien hiérarchique avec cette personne… Or, cette enquête, on l’a laissé faire à mon accusatrice.  Et on l’a crue. J’ai posé la question à beaucoup de patrons de médias. Leurs réponses sur le thème du « vous comprenez » ne m’ont guère rassuré. Cela pourrait se reproduire demain matin. Et pourtant, je pensais que la presse classique pourrait jouer ce rôle, ce contre poids à la folie des réseaux sociaux. Ce fut tout le contraire. Ils se sont mutuellement nourris, d’erreurs en erreurs, se passant le relais invisible de l’infamie. C’est au final la justice qui a remis les pendules à l’heure. LA Justice, celle qui se rend dans les tribunaux, pas celle des réseaux sociaux et des médias. Et cette Justice, celle de notre pays, celle où on peut se défendre avec des avocats, où l’on peut parler et expliquer a clairement condamné mon accusatrice pour diffamation publique.

Et de la même manière, cette décision a amené les médias a critiquer l’attitude de la patronne de la Lettre de l’Audiovisuel, voire du niveau faible de la compensation financière au regard des dégâts dans ma vie personnelle et professionnelle. Mais je n’ai pas vraiment senti d’autocritique. Le meilleur exemple est le TIME qui n’a jamais fait état de la condamnation, m’a interviewé après le jugement, mais n’a jamais diffusé l’interview.

Ce qui a changé, c’est que j’ai pu m’exprimer et corriger les erreurs, les amalgames, raconter comment ma vie avait été broyée, mes proches touchés, ma réputation balayée. Alors, peut être que me donner la parole est une forme d’auto-critique. Je ne sais pas. Nous verrons lors de la prochaine affaire de ce type. Que se passera t il au desk d’une rédaction quand on verra surgir quelques tweets accusateurs ? le rédacteur en chef se rappellera t il mon histoire ? ça serait déjà ça ! Peut être aussi que les patrons de rédaction qui liront cette interview me proposeront de venir intervenir devant leurs équipes pour en débattre ? Est-ce utopique ? Je ne le crois pas, mais je suis peut etre naif, sans doute. Une experte du secteur m’a dit la chose suivante : la presse est malade ; alors il faut la contourner. J’espère que non.

Condamné par l’opinion public et le tribunal #Twitter, vous écrivez une tribune dans Le Monde pour pallier des manquements professionnels. Pensez-vous que la recherche de la vérité pose problème ?

C’est une vraie question. Et je n’ai pas la réponse. Car, évidemment, tous les médias n’ont pas réagi de la même manière. Il y a quand même eu des garde-fous au fur et à mesure dans de nombreuses rédactions. Mais d’autres cas, que je décris dans le livre me posent un vrai problème. Des médias ont pris fait et cause contre moi. Et c’est leur droit le plus évident. Chaque média peut avoir une ligne éditoriale claire sur un sujet (en l’occurrence être systématiquement au soutien des femmes). Et elle s’est résumée ainsi : en faire des tonnes sur le sujet au début en relayant allègrement des fake news sur l’histoire, m’attaquer car « j’ai osé » porter plainte et sous-entendre que je faisais tout cela pour l’argent en insistant sur le niveau de ma demande de dommages et intérêts, avant de ne pas parler de la décision de justice.

Évidemment, un magazine s’est distingué sur ce sujet, l’Obs, dont une journaliste, Marie VATON, a écrit que j’étais le patron de l’initiatrice du #Balancetonporc en 2012, idée reprise par cette personne sur Twitter, mais ne m’a jamais exprimé le moindre regret et a eu beaucoup de mal à diffuser mon correctif. Comme si au fond, seule la cause défendue était importante. Et cela a été un choc pour moi. Et tout ce qui s’en écarte n’a pas le droit de cité. Enfin, une dernière chose m’a profondément choqué : la très faible qualité de l’analyse de l’audience devant la 17ème Chambre du TGI de Paris. Pourtant, tout était là. L’histoire, les explications, les plaidoiries, nos témoignages. Aucun média n’a relaté ces 3 heures avec toutes les clés pour avoir les différents points de vue, les éléments juridiques. J’espère qu’il n’en sera pas de même lors de l’appel.

SANDRA MULLER

Vous évoquez dans « Balance ton père » le manque de nuance qui envahit de plus en plus les débats publics. Vous aviez aussi réclamé le droit à la nuance dans cette même tribune. Est-ce que la disparition de l’importante « Nuance » est une mode ou est-ce un changement de paradigme qui s’opère ?

Clairement ! La nuance n’intéresse pas ! trop fade, trop long à raconter. Pas assez vendeur. Si je l’ai évoqué, c’était aussi pour mettre en exergue le délirant écart entre ce qui s’était passé et les conséquences.

Mais je ne crois pas beaucoup au changement de paradigme inverse, surtout si on continue à laisser Twitter continuer à inonder le monde de message aussi péremptoires que ceux qui m’ont accusé et qui sont des modèles parfaits de ce qu’il faut faire, dans le ton, les mots utilisés et les accusations balancées, pour faire la peau d’une personne. Mais je crois que le vrai changement de paradigme, c’est celui de la place de la vérité à l’heure des fake news, de la recherche de la sincérité qui mobilise plus que de la véracité. J’invite tous vos abonnés à lire, sur ce sujet, le dernier et remarquable ouvrage d’Elsa GODART, Ethique de la Sincérité (Survivre à l’ère du mensonge). Une très bonne manière de décrypter l’actualité récente et mon histoire.

Votre ami Joël vous propose de laisser courir. Vous ne l’écoutez pas. Vous tentez malgré l’ambiance pro féministe de vous défendre.
Quitte à tout perdre, vous préfériez le faire selon vos dires et votre propre voix refusant ainsi l’assignation ?

Une de mes plus grandes satisfactions des derniers jours, c’est de recevoir des messages d’ami(e) s qui ont lu le livre et qui m’avaient conseillé de laisser passer l’orage. De me taire, au risque de remettre à chaque fois une pièce dans le juke box. Ils reconnaissent que j’ai bien fait de me battre, d’écrire, de ne pas me laisser broyer. Et c’est une belle leçon pour mes filles (Flora et Gabrielle dans le livre). Et pour toutes celles et tous ceux qui pourraient à leur tour être confrontés à ce qui m’est arrivé. On peut s’en sortir, même contre Twitter, les médias et la vindicte populaire. Il faut se battre pied à pied, ne rien lâcher. De toutes les manières, je n’avais pas le choix. Une anecdote illustre cela. Il y a 3 semaines, une journaliste de CNews a lu à l’antenne le dernier tweet de la créatrice du #BalancetonPorc. Dans ce tweet, elle disait : « Je n’en peux plus de la vieille Badinter… ». Et immédiatement, la chroniqueuse rappelait l’histoire et me citait comme « le porc 0 ». Car être le premier bouc émissaire de cette histoire (le Porc émissaire comme l’a écrit Eugénie Bastié), a pour conséquence que toute évocation de Balance ton Porc remet directement une pièce dans la machine.

Vous écrivez « l’erreur n’efface pas la conviction » en évoquant le roman La Tache de Philip Roth. Y a-t-il eu un transfert entre le personnage qui vit une injustice et vous ?

C’est étonnant avec le recul qu’il m’arrive une histoire proche, sur le fonds, de celle d’un de mes romans préférés qui se passe sous dans un contexte politique différent mais proche.  Alors évidemment, j’ai pu me mettre dans la peau de Coleman SILK, même si je n’ai pas fait le même choix que lui. Et encore plus car j’ai relu le roman début 2018 avant de plonger dans Le Lambeau, autre histoire de résilience.

Vous réglez vos comptes avec les #haters : « Je vous hais ». Lequel est le plus à blâmer de Twitter, (une intelligence artificielle utile mais compliquée, un outil qui participe à la libération de la parole), ou des utilisateurs ?

Je pense qu’il y a plusieurs types de haters, mais je ne prétends pas être un spécialiste du sujet. Il y a ceux qui se sentent investis d’une mission et peuvent parfois toucher un sujet important. Mais pour la plupart, ce sont des suiveurs qui se déplacent en meute, sans idée et restent planqués derrière des pseudos et des avatars. Au fond, Twitter est devenu le bras armé de leurs frustrations.
De l’autre côté, Twitter vit grâce à ces fidèles soldats de la démolition en ligne, ceux qui retweetent, commentent, like, font grossir les phénomènes, attirent l’attention et au final les revenus de la plateforme. D’ailleurs, on a commencé à voir Twitter se bouger un peu quand les annonceurs ont menacé d’arrêter d’investir. Dans mon histoire, la problématique est un peu plus complexe car Twitter s’est engagé directement dans mon affaire. Son DG France, Damien Viel, a apporté son soutien direct à mon accusatrice la veille de l’audience. Comme une forme de remerciement pour tout le buzz créé, le volume de messages (900 000…) et les débats autour, légitimant le rôle de la plateforme. En faisant cela, il a passé une ligne jaune importante pour moi : celle de la neutralité de la plate forme. Car si cela ne choquerait personne que le patron d’un média donne son avis sur un sujet, je pensais naivement que Twitter était une IA neutre, sans avis sur le fond des sujets à l’époque (on était loin des interventions actuelles dans la campagne électorale aux USA). Or, on peut demander un droit de réponse à un média, mais pas à Twitter. Et cela devrait amener les pouvoir publics à réfléchir au statut de ce réseau social.

Le réseau est selon vos écrits un « sac à vomi ». La loi Avia s’est vue retoquée par le Conseil Constitutionnel. Plaidez-vous pour une évolution de la constitution au regard de l’affaire Samuel Paty ?

Nous sommes tous conscients du rôle joué par Twitter dans plusieurs affaires plus ou moins récentes. Et j’ai été absolument choqué quand un de mes beaux fils m’a montré la photo de la tête de Samuel Paty que le terroriste avait postée et qui avait évidemment été vue et récupérée par des milliers de personnes. Mais comment est-ce possible ? Comment peut on laisser passer ça ? Comment peut-on aussi continuer à laisser des gens dire des horreurs planqués derrière des pseudos ? Sans que la justice puisse obliger Twitter a révéler leur identité. Là encore une anecdote : un anonyme, planqué derrière le compte Twitter Livesport a écrit que j’avais été viré de France Télévisions pour harcèlement sexuel. Et cela a été repris allègrement par tous mes «amis » haters… c’est évidemment faux puisque c’est mon recrutement par EQUIDIA qui a motivé mon départ du Groupe Public. Et cette accusation délirante a été démentie par l’ancien Directeur Général de France Télévisions sans aucune ambiguïté.

J’ai engagé une procédure pour savoir qui se cachait derrière ce compte. Twitter a refusé de révéler son identité et l’affaire a été classée par la justice. C’est édifiant, non ? Alors oui, je suis favorable à ce qu’on poursuive le travail parlementaire autour de ce sujet. On ne devrait pas pouvoir ouvrir un compte sur Twitter sans donner des coordonnées qui permettraient à la justice de mettre immédiatement la main sur ceux qui possèdent ces comptes. Et je suis aussi pour une responsabilisation de Twitter. Le réseau doit pouvoir répondre devant la justice de certains messages qu’il diffuse. L’impunité doit s’arrêter. C’est trop facile de se planquer derrière son petit doigt et de dire « ce n’est pas moi, je n’y suis pour rien ». Le législateur doit dire STOP !

Il existe des désaccords entre les féministes âgées de 25 ans et les plus anciennes. Comment ce conflit de génération vous a-t-il permis de communiquer avec vos filles ?

J’explique dans le livre à quel point la vision est différente entre les femmes de ma génération et leurs filles ou leurs petites filles. C’est un débat qui existe entre ma mère et ma fille, car elle considère qu’elle grandit dans un monde tellement plus favorable que celui qu’elle a connu dans les années 60. Et c’est un débat que j’ai aussi avec Gabrielle (son prénom d’emprunt dans Balance ton Père) depuis le début de cette histoire. Je considérais qu’elle allait grandir dans un univers plus facile que celui de sa mère ou de ses grands-mères. Et c’est une évidence sur plein de sujets. Mais, au fond, pour sa génération et particulièrement au Québec où elle étudie, ces acquis issus des combats féministes sont derrière elle. C’est un peu comme si elle et ses amies partaient de 0 et se battaient contre des centaines d’années d’oppression. Donc le débat continue et je lui demande de rester vigilante car tous les acquis peuvent aussi être remis en cause. On le voit par exemple en Pologne sur la question de l’avortement. Et nous n’avons pas fini de discuter, de nous engueuler, de nous réconcilier… Pour la cadette, qui n’a que 15 ans, c’est encore un peu tôt mais elle va grandir et je me prépare à des discussions à trois qui risquent d’être assez rock and roll.

Que leur devez-vous ?

Tellement ! Dans les moments les pires, je me suis accroché à leur image. Je ne vis pas avec elles au quotidien, comme c’est le cas pour beaucoup de parents qui ont des enfants étudiants et éloignés ou qui connaissent les « joies » de la garde alternée. J’ai simulé que tout allait bien et quand elles n’étaient pas là, je fixais leur image, à travers des photos. Sans le savoir, je m’étais créé mon support de résilience. Quand le moral chutait, je pensais à elles. Balance Ton Père est avant tout un livre sur la relation père/fille et parent/enfant. Je leur dois aussi les moments les plus beaux, ceux où je me suis échappé avec elles pour des week-ends ou des vacances, ceux de la victoire en justice.

La voix des hommes fut absente durant la période #metoo. N’est-ce pas délicat de vous retrouver à la fois « Accusé » et « militant » ? Est-ce étrange ou logique ?

J’ai été étonné de l’absence quasi-totale des hommes dans ce débat. Dans la première année, 90% des articles sur #MeToo ont été écrits par des femmes. Et les hommes n’ont pas participé à ce débat fondamental. Comme si on pouvait instauré un débat de société avec uniquement la moitié de celle-ci. Quand j’ai fait remarqué à un patron de quotidien que les 8 papiers écrits sur ce sujet l’avait été par des journalistes femmes, il ne m’a pas cru, avant de l’admettre… Comme s’il y avait eu une auto-censure ou une confiscation du débat que je ne trouve pas saine. Rares sont ceux qui ont osé s’immiscer dans ce débat, et notamment Raphaël Enthoven, avec une pensée qui a toujours évolué et sans a priori.

Du coup, je me suis retrouvé à devoir donner mon point de vue sur mon histoire. Mais toujours en m’appuyant sur des faits et en lisant et écoutant les autres. Le livre raconte ce parcours singulier car j’ai essayé aussi de me mettre à distance de mon histoire pour débattre. Je sais que ce n’est pas simple mais il y a un sujet qui me préoccupe et pour lequel je souhaiterais m’engager : c’est l’absence de lieux de dialogue entre les hommes et les femmes. Je lis beaucoup de discours d’affrontement et l’utilisation de termes guerriers. L’utilisation du terme « dommage collatéral » pour me qualifier était déjà un indicateur ce fossé. Et un pas a été franchi dans certains discours ultra féministes récents. Tout cela est connu. Mais ce que je raconte dans Balance Ton Père, c’est aussi l’invisible, le discours violent d’hommes qui ne supportent plus les attaques et souhaitent se rassembler pour lutter. Des mouvements existent en ce sens aux États-Unis. Je n’ai pas donné suite à de nombreuses demandes pour incarner un tel mouvement, mais il serait peut être intéressant que les pouvoirs publics imaginent des lieux de dialogue et de concorde avant qu’un nouveau séparatisme n’émerge.


La roue tourne et Nathalie entre dans votre vie un an après avoir tout perdu. Cette rencontre vous apprend-elle à « Être » ou à « Vivre » ?

J’ai combien de temps pour répondre à cette question… ? J’ai continué à « vivre » au cours des premiers mois mais sans doute pas à « être ». J’ai joué un rôle pour mes filles, celui du père qui va bien pour les protéger. C’était déjà une façon d’être quand même, mais par moments. Mais le reste était en sommeil. Il y a une expression pour résumer tout cela : la mort sociale. Or, tomber amoureux bouleverse tout. En résumé, je pourrais presque dire : « J’aime donc je suis ! ». Il faut quand même un sacré culot pour décider de partager sa vie avec un homme roulé dans la boue, non ? Ce fut un moment clé, comme la décision de justice et la révélation de l’histoire à ma fille cadette. Mais bon, je crois que c’est mieux expliqué dans le livre…

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