MARIE-ANNE BERNARD : L’ENTRETIEN. FRANCE TELEVISIONS ET LA DIVERSITE…

23 Avr 2015
MARIE-ANNE BERNARD : L'ENTRETIEN. FRANCE TELEVISIONS ET LA DIVERSITE...

Marie-Anne Bernard est déléguée générale de la Fondation d’entreprise France Télévisions mais aussi  Directrice en charge de la responsabilité sociétale et environnementale (RSE). Au terme du mandat du Président de France Télévisions, Rémy Pflimlin, nous avons voulu rencontrer cette femme de convictions et agrégée de philosophie pour en savoir plus sur son action autour de la diversité.

Rencontre/bilan :

Qu’est-ce qui se cache derrière le terme RSE (Responsabilité sociétale en entreprise) ? Vous semblez y mettre quelque chose de plus personnel ?

En 2011, Rémy Pflimlin propose de créer cette section RSE. La première chose que j’ai faite est surtout de réfléchir sur la question de « responsabilité ». C’est à dire : qu’est-ce que veut dire ce mot ? Ainsi, vous vous rendez compte très vite que vous avez une double responsabilité du service public. On a bien entendu une responsabilité d’entreprise puisque l’on est un collectif de 10 000 personnes, et il faut que l’on s’interroge en terme d’ouverture, d’environnement, du respect des autres et de diversité.  Puis sur les sujets sociétaux, on veut savoir où on en est sur les questions de la représentation de cette diversité par exemple. Ce qui nous différencie de toutes les autres entreprises -désormais obligées de se soumettre aux mêmes règles sous peine d’amendes-, c’est que nous sommes un  énorme média. Nous devons penser à ce que nous donnons à voir et ce que nous construisons. Ainsi,  les mêmes questions s’imposent : quelles sont les représentations de la société ? Comment aborde-t-on la présentation de ces changements ?

Cette réflexion vaut pour tous les genres de programmes : fictions, documentaires, flux, info ou jeunesses… France Télévisons est de loin le premier diffuseur et le premier co-producteur. Il faut donc travailler avec les producteurs et leur syndicat. J’ai tenté de structurer ce pôle et de proposer une politique globale. Une politique qui marche sur ses deux pieds. Si nous prenons l’exemple des femmes, il faut qu’il y ait une cohérence entre ce qu’on a à faire en interne et visible sur nos antennes. Développer la place des femmes, faire en sorte qu’elles aient une juste représentation de ce qu’elles sont, est un moteur pour faire bouger l’interne car inversement si ça bouge en interne à FTV, ça influe sur l’externe.

Les producteurs voient-ils la nécessité d’évoluer ?

L’idée est de créer des espaces pour tous. Et oui, il y a un mieux. Les femmes sont des réalisatrices, des comédiennes mais aussi des expertes. Les plateaux voient un certain nombre d’experts et les femmes en font parties désormais. Leur absence posait un vrai problème car un expert est celui qui représente le savoir et la transmission. Et l’extraordinaire majorité masculine dans cet espace, de manière absolument inconsciente, continue à véhiculer l’idée que ceux qui nous délivrent ce message ce sont des hommes. « C’est dans l’air » est un exemple édifiant. Depuis les débuts, je pose mes vues au producteur Jérôme Bellay. C’est l’émission de l’expertise par excellence. Il fallait donc imposer un objectif chiffré et l’inscrire dans le contrat d’objectifs et de moyens.

TANIA DE MONTAIGNE : « Nous sommes noyés sous des discours communautaristes et racistes qui ne cessent de réduire les uns et les autres »

14 Avr 2015
TANIA DE MONTAIGNE : "Nous sommes noyés sous des discours communautaristes et racistes qui ne cessent de réduire les uns et les autres"

Tania De Montaigne publie  « NOIRE » (Grasset). L’auteure nous raconte  l’histoire de la très jeune noire Claudette Colvin qui n’a pas cédé sa place dans le bus le 2 mars 1955.  

Rencontre :

Votre livre « Noire » est-il un travail de réhabilitation ​quant à la mémoire de Claudette Colvin ? Une volonté de la poser définitivement sur la photo du 5 décembre 55 aux côté de Martin Luther King ?

C’était la volonté de faire partager ma découverte de cette jeune fille, sa place dans les évènements, et le rôle des femmes dans ce mouvement des droits civiques.

Vous reprenez la phrase de MLK « Vous n’êtes pas une couleur, vous êtes l’Amérique ! » Seriez-vous d’accord pour employer à nouveaux ces mots pour les noirs ​US face aux forces de polices américaines en 2015 ?

Ce qui intéressant c’est que cette histoire est très récente, 60 ans et que le fait d’avoir élu un président noir n’efface pas le terreau sur lequel s’est construit l’accès à la citoyenneté américaine des noirs. Le passage du statut d’esclave à celui de concitoyen est un saut dans la relation entre blancs et noirs qui continue à faire écran à la façon dont les noirs et les blancs s’envisagent. Lorsque Martin Luther King place le geste de Rosa Parks comme la revendication d’une citoyenne américaine plutôt que celle d’une noire, il oblige les américains blancs à se mettre à la place d’une femme, pas d’une noire, il les force à la regarder comme si elle était eux. Ça m’a semblé être le postulat qui devait guider l’écriture de ce livre parce que nous sommes noyés sous des discours communautaristes et racistes qui ne cessent de réduire les uns et les autres à des particularismes si restreints qu’ils nous font perdre de vue nos nombreux dénominateurs communs. Or, si nous ne nous reconnaissons plus dans l’autre, si la compassion n’existe plus, c’est notre qualité intrinsèque d’être humain qui disparait et nous devenons alors ce que le racisme veut faire de nous, LE noir, LE juif, LE musulman…

YASSINE BELATTAR, UN HUMORISTE HORS DU COMMUN : « Des arabes et des noirs qui font de la télé, il y en a plein ! Des arabes et des noirs qui décident la télé, il y en a moins ! »

09 Avr 2015
YASSINE BELATTAR, UN HUMORISTE HORS DU COMMUN : "Des arabes et des noirs qui font de la télé, il y en a plein ! Des arabes et des noirs qui décident la télé, il y en a moins !"

Yassine Belattar est sur scène jusqu’au 27 juin au théâtre de Dix Heures. Cet humoriste est différent : une langue acérée et une véritable volonté de mettre en conscience ce qui le heurte dans la société française. Parti à la rencontre des électeurs du FN, nous l’avons rencontré pour une interview coup de poing :

En 2012, avec « République tout terrain » vous avez tenté de pousser les jeunes à voter. Que prévoyez-vous pour 2017 ?

Cette initiative avait commencé en 2006 et s’est poursuivie en 2012. Pour 2017, je ne sais même pas si il y aura des élections en 2017 vu l’état de la France. Je pense que l’abstention en soit est une forme de vote. Avec plus de 50% d’abstentionnistes, il faudrait réviser le système. Ca sert à rien d’appeler aux votes si c’est pour si peu d’engagement. Puis, le FN représente plus de 30% de l’électorat français et ils n’ont aucune représentation. Il s’agit de deux partis majoritaires qui se partagent le gâteau et des arbitrages qui n’engagent qu’eux donc il faut réformer l’ensemble. C’est un constat !

Dans votre spectacle « Ingérable ! », réglez-vous vos comptes avec le monde de l’humour ou la télévision ?

Je ne règle pas de comptes. Je ne nomme personne en fait. Me faire virer fait partie de mon parcours. Ensuite, on ne fait pas ce métier pour être des fonctionnaires. Je préfère savoir ce qu’une voix comme la mienne  peut apporter dans cet univers des médias.

LE VOILE ET LE COMBAT DES FEMMES DE RIYAD VUS PAR CLARENCE RODRIGUEZ

06 Avr 2015
LE VOILE ET LE COMBAT DES FEMMES DE RIYAD VUS PAR CLARENCE RODRIGUEZ

Clarence Rodriguez est journaliste et correspondante à Riyad. Elle a rencontré ces femmes voilées qui  ne s’avouent pas vaincues. Des témoignages poignants pour une liberté espérée.

Rencontre :

Depuis combien de temps êtes-vous installée à Riyad ?

Le 12 août 2015, cela fera 10 ans ! Je suis arrivée 10 jours après la montée du Roi Abdallah sur le trône. Pour plaisanter je dis que je suis arrivée en même temps que lui. Nous sommes surtout arrivés juste après les vagues d’attentats qui avaient ensanglantées le Royaume, entre 2003 et 2006. Une ambiance délétère. C’est pour des raisons sécuritaires que nous avons vécu dans un « Compound », une résidence « dorée » pour expat’ de toutes nationalités. Mes enfants étaient très jeunes 4 ans et demi et 2 ans. Après 6 ans de vie en promiscuité, nous avons opté pour un semblant de « liberté » dans une maison située dans le centre-ville, tout près du Palais du Roi Abdallah. Tout près du Ministère de la Garde Nationale.

De France, on a l’impression que rien ne bouge. Sentez-vous malgré tout une évolution des mentalités ?

Vu de France ou d’ailleurs, on a en effet l’impression que rien ne bouge. Parce qu’à chaque fois que l’on évoque l’Arabie Saoudite, on traite une facette de ce pays conservateur sous l’angle faits divers négatif. Oui, c’est vrai, les exécutions sont en hausse, c’est vrai aussi que les droits de l’Homme (hommes/femmes) sont bafoués… Mais je constate qu’en dix ans, des choses ont évolué. Je pense à toutes ces femmes qui peuvent désormais travailler comme caissières, vendeuses, femmes d’affaires, ingénieures, directrices de marketing, chef de chantier, chercheuses… Il y a encore quatre ans, on les retrouvait dans l’enseignement ou le médical. C’est grâce à feu Roi Abdallah qui a toujours voulu intégrer les femmes dans la vie active. C’est important de travailler pour ces femmes. Cela leur permet de sortir de chez elles et d’avoir une petite vie sociale même si elles doivent obtenir l’autorisation de leur tuteur (père, mari, fils pour les veuves, ou autres membres masculins de la famille). Et même si elles ne conduisent toujours pas pour se rendre sur le lieu de leur travail… les mentalités évoluent à « pas comptés ». Un rythme qui n’a évidemment rien à voir avec celui des occidentaux. La majorité des saoudiens est conservatrice, engluée dans les traditions et la culture. Ce sont ces principes ancestraux qui empêchent la frange des « progressistes » d’évoluer à la vitesse du 21è siècle. Si l’Arabie Saoudite est le seul pays au monde où la conduite des femmes est interdite, c’est en partie à cause de ces mêmes conservateurs. Mais ils seront obligés d’accepter. Pour le travail des femmes ce fut la même cinglante opposition. Pendant très longtemps elles n’avaient pas le droit de travailler (ou rares étaient celles qui tentaient l’aventure dans le médical ou l’enseignement) et en 3/4 ans, on le voit très bien : elles s’imposent discrètement, en silence dans tous les secteurs. Une réalité !

LAURA TROMPETTE OU LE « DESIR SANS ETIQUETTE »

01 Avr 2015
LAURA TROMPETTE OU LE "DESIR SANS ETIQUETTE"

Laura Trompette publie demain 2 avril « Ladies’ Taste ». La première partie d’une trilogie qui aborde avec inventivité le sexe, l’érotisme et l’amour sans conformité. Au nom de la liberté d’aimer, l’auteure -aussi responsable du marketing digital pour une société de conseil- nous propose un roman décapant et d’actualité.

Rencontre :

Ladies’ Taste est votre premier roman et le début d’une trilogie. Un véritable défi pour une première parution ?

C’est vrai, cela peut sembler un peu ambitieux… Mais je n’étais pas prête à quitter mes héroïnes après les 350 premières pages de  Ladies’ Taste ! Crystal et Eléonore font partie de mon quotidien depuis un moment maintenant et le jour où je mettrai un point final à leurs histoires sera nécessairement un peu douloureux.

La littérature érotique est souvent plate. Quelles ont été vos inspirations et astuces pour justement ne pas tomber dans le cliché qui entoure le genre ?

J’ai toujours aimé aborder le thème de la sexualité, sous toutes ses déclinaisons. J’ai lu des livres terriblement excitants bien avant l’avènement de la new romance, du youngadult et du mommyporn. J’avais personnellement envie de faire parler deux femmes, différentes et complémentaires, et de fouiller leurs désirs, leur psychologie et leur quotidien.