
L’indépendance du Cap Vert a 50 ans ! C'est le moment qu'a choisi la chanteuse Mariana Ramos pour présenter son nouvel album symphonique "SINFONICO" (sortie le 14 novembre) avec la collaboration de l’Orchestre Nationale des Pays de Loire et sous la direction de Marc-Olivier Dupin.
Vous chantez aussi en français. Par ce nouvel opus SINFONICO, vous souhaitez rendre hommage à la lusophonie. Quelle est la place de la langue portugaise dans votre identité ?
En effet dans ce nouvel opus, différent des autres albums, je suis accompagnée de musiciens classiques à travers l’orchestre nationale des Pays de Loire et quelques compagnons de routes. J’ai sélectionné mes titres préférés et je ne chante qu’en créole portugais. Plus jeune quand je chantais dans différentes formations; variété, jazz, rock, en français et en anglais, je me suis trouvée face à la diaspora capverdienne et nous échangions en portugais. J’ai compris l’importance de m'exprimer et de chanter dans ma langue maternelle le créole portugais ainsi qu’en français, les deux font partie de mon identité.
2025 est l'année des 50 ans de l'indépendance du Cap Vert. Que retenez-vous de cette période de libération ?
Je suis née le 5 juillet, date de l’indépendance, c’est un signe. Amilcar Cabral, fondateur du Parti africain PAIGC pour l'indépendance de la Guinée Bissau et du Cap- Vert, demanda à Djunga de Biluca mon oncle, fondateur d’un des premiers labels africains, de développer la composante musicale, comme arme de résistance au régime colonial portugais de l’époque. Mon Oncle João Silva de son nom de baptême, installé à Rotterdam, a produit plusieurs artistes comme BANA, BONGA, le groupe VOZ DE CABO VERDE. Fervent partisan, il faisait le lien entre l’Europe et l’Afrique.
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Est-ce votre premier album accompagné d'un orchestre symphonique ? Comment a démarré cette aventure et comment avez-vous travaillé ensemble ?
Oui, c’est mon premier album symphonique qui plus est enregistré en live, lors d’une représentation à la cité de Nantes avec l’ONPL (orchestre symphonique des pays de Loire). Il y a quelques années, j’ai rencontré les deux protagonistes de ce projet symphonique. Philippe Grison à l’époque directeur de l’orchestre National Avignon-Provence et Marc-Olivier Dupin célèbre compositeur et arrangeur de musique symphonique.
Ensemble nous avons élaboré ce « Voyage symphonique au Cap Vert ». J’ai sélectionné mes titres préférés et Marc-Olivier Dupin a fait les arrangements. Malgré la rigueur du monde classique, J’ai été admirative par sa créativité, et son souci constant au service de l’âme de chaque morceau.
Vos parents, tous deux artistes, ont su vous influencer. Quelles sont vos autres influences ?
La passion de la danse transmise par maman et la musique par mon père, Toy de Bibia, guitariste de talent et membre du mythique groupe Voz de Cabo Verde, était aussi un pionnier. Né au Sénégal, il fut l’un des premiers artistes à intégrer le label Morabeza Records, et qui allait marquer l’histoire de la musique capverdienne. J’ai hérité d’une riche culture musicale africaine, européenne, la variété anglophone et francophone.
Depuis «Bibia», album sorti en 2004, quel est votre sentiment sur l'évolution de la musique capverdienne ? Césaria Evora n'est plus la seule ambassadrice ?
Même si la musique capverdienne a été rendue célèbre par Césaria Evora, et que la Morna est à l’UNESCO, la jeunesse africaine, et pas que, se tourne vers une musique plus électronique avec les mêmes thèmes, arrangements et rythmes. Peut-être avons nous fait le tour de la musique traditionnelle ? Au risque de perdre notre identité musicale, je n’en suis pas convaincue. J’espère que d’autres artistes sauront faire perdurer les musiques du Cap Vert.
