
Omar Elhachimi excelle dans le rôle que lui a offert Mouad Habrani. "MA'MA", c'est l'histoire d'un jeune homme qui n'a jamais connu sa mère. Elle est là, sur le bas de la porte. Comment accueillir celle que l'on a attendu toute sa vie ? Avec patience, colère, joie, amour ? Le court métrage très bien pensé de Habrani a reçu le Grand Prix-Talents en Court, lors de la dernière édition du Festival Cinébanlieue 2025 (jury présidé par Abd Al Malik.). Il bénéficiera d’un achat et d’une diffusion sur France 2 dans Histoires courtes. Aurélie Cardin sait y faire. La spécialiste du cinéma repère des talents depuis 20 ans. Cette fois encore, l’historienne ne s'est pas trompée.
Rencontre avec Omar Elhachimi et le réalisateur Mouad Habrani :
ENTRETIEN AVEC MOUAD HABRANI, LE RÉALISATEUR DE MA'MA
Comment vous est venu le pitch de votre court métrage MA'MA ?
Le pitch de MA’MA est né en deuxième année à la CinéFabrique, où nous devions écrire un court métrage à présenter devant un jury. Très vite, j’ai eu envie de raconter une relation mère–fils, et de montrer comment la distance peut fissurer une famille.
Qu'avez-vous mis de vous dans le court métrage ?
Dans le film, Omar vit pour la première fois sous le même toit que sa mère. Cette situation vient d’un moment personnel : lorsque ma mère a pu enfin venir en France grâce au regroupement familial, j’ai ressenti une forme d’étrangeté. Malgré notre lien, nous n’avions presque jamais vécu ensemble, et j’ai eu l’impression de découvrir une inconnue.
MA’MA, c’est donc l’histoire de ce trouble-là, mais aussi d’un amour qui se construit, un amour maladroit, fragile, parfois hésitant, mais bien réel. Le film parle de la manière dont deux êtres liés par le sang apprennent, presque pour la première fois, à s’aimer dans le quotidien.
Comment s'est passée la sélection et l'aventure auprès de Aurélie Cardin, fondatrice du Festival Cinébanlieue ?
Je ne connaissais pas le Festival Cinébanlieue au départ. C’est mon comédien, Omar, qui m’en a parlé et qui m’a encouragé à envoyer le film. À vrai dire, MA’MA n’avait pas été pensé pour faire des festivals. Mais j’ai suivi son conseil, je l’ai soumis… et j’ai été vraiment surpris d’être sélectionné. C’était même le seul festival auquel j’avais envoyé le film.
La suite a été une très belle aventure. Le film a été très bien accueilli par le public, et recevoir le Grand Prix a changé beaucoup de choses : cela m’a donné la responsabilité et l’envie de l’envoyer à d’autres festivals. C’est ce que j’ai fait, et maintenant j’attends les réponses en espérant que l’accueil sera tout aussi positif.
Être accompagné par Aurélie Cardin et l’équipe du festival a été une chance : ils défendent un cinéma sincère, et je me suis senti à ma place.
Le cinéma est-il un outil politique ?
Pour moi, le cinéma est d’abord un art profondément humain. Et parce qu’il est humain, il devient forcément politique à certains endroits. Quand je raconte des histoires personnelles, comme dans MA’MA, je parle aussi de réalités plus larges : par exemple, la distance vécue par une famille marocaine séparée par l’immigration, le père parti en France et la mère qui ne peut rejoindre le pays qu’après des années. Ces situations portent en elles une dimension politique, même si ce n’est pas mon point de départ.
Quelle est votre définition du mot "Politique" qui peut parfois sembler galvaudé ?
Le mot « politique » est vaste, mais pour moi, il réside surtout dans le regard. Mon cinéma se construit dans des lieux et auprès de personnes qu’on voit rarement à l’écran. Le simple fait de filmer ces espaces, ces corps, ces histoires, sans jugement et avec un regard juste, c’est déjà un geste politique. Ce que je défends, c’est une manière d’être au monde et de regarder les autres et ça, oui, c’est politique.
ENTRETIEN AVEC OMAR ELHACHIMI, ACTEUR PRINCIPAL DE MA'MA
Comment avez-vous investi le rôle ?
Avant cette expérience, je n’avais jamais eu de premier rôle à tenir donc j’avais une petite pression positive au début, qui je pense m’a permis de donner une belle interprétation et je me suis totalement imprégné du rôle. C’est-à-dire que je suis devenu celui qui allait vraiment rencontrer sa mère pour la première fois. J’ai vraiment aimé jouer ce genre d’émotions telles que la tristesse et la mélancolie. Tout simplement parce que je suis habité par elles. C'est naturel à 100% !
Qu'est-ce que signifie le grand prix Cinebanlieue pour vous ?
Cinebanlieue a vraiment été un immense moment de joie et de satisfaction ! C’était la première fois pour nous nous étions sélectionnés en festival avec ce film. J'ajoute que recevoir des éloges et des félicitations de la part de personnes tels qu’Hassan Guerrar, Maïmouna Doucouré , Abd al Malik ou encore Aurelie Cardin est une formidable source de motivation. C’est d'une importance capitale pour nous qui débutons ! Ce soutien et la possibilité d’être félicités grâce à ce genre d’événement me laisse sans voix. Merci à eux et au plaisir de travailler avec eux pour longtemps.
De quoi rêvez-vous désormais ?
Mon rêve n’a pas changé depuis que je suis petit. C'est le même grand rêve de cinéma ! Je souhaite tourner le plus possible. Devenir acteur à temps complet est mon ambition et ma passion. Il faut de la patience et surtout beaucoup de travail, j'en suis conscient et je travaille beaucoup. Je pense que ces caractéristiques de volonté, d’abnégation et de désir font partis de moi donc on verra ce que la suite me réserve (rires). Mais en tout cas, je lâche pas et je lâcherais pas parce que ce que j’aime le plus dans ma vie, c'est de me donner les moyens pour réussir.

"Ma'Ma" est le premier long métrage réalisé par l'acteur Mouad Habrani © La Cinéfabrique
avec Omar Elhachimi, Fatiha Moanna, Ben Zahouane El Mustapha
Résumé : Omar n’a jamais vécu avec sa mère, restée au Maroc à cause de problèmes administratifs. Lorsqu’elle réapparaît soudainement dans sa vie en France, tout bascule. Pour lui, cette femme est une étrangère. Élevé par son père seul, il se retrouve confronté à une présence maternelle qu’il ne comprend pas, à la fois troublante et dérangeante. Entre eux, il y a la distance du temps, du silence, et d’un amour qu’il faut réapprendre.
Le palmarès 2025 :
Le jury de 20ème édition, présidé par Abd Al Malik, le réalisateur du très bon film Furcy, né libre, a plébiscité :
Le Prix spécial France Télévisions a été attribué au court métrage Patience (Sabali) de Valentin Guiod. Une visibilité chaîne aura également lieu.
Les prix d’interprétation : Malou Khebizi reçoit le Prix Darling Légitimus pour son rôle dans Diego de Melissa Silveira. Luca Ruiz Miceli reçoit le Prix Djemel Barek pour Zampano de Teilo Quillard Eliot. Film qui remporte aussi le Prix Vidéo de Poche.
Enfin, la SACD félicite Melissa Silveira et son film Diego pour son écriture. Quant au jury étudiant de l’Université Sorbonne Paris Nord, il sacre Comment savoir de Joachim Larrieu et le Prix UGC est attribué à Cachez cette barbe ! de Sophie Louÿs.
Rendez-vous l'année prochaine pour la 21eme édition.
