CONFINEMENT : TOUTES LES RÉPONSES DE LA PSYCHOLOGUE CLINICIENNE MARIE DE HENNEZEL SUR SES EFFETS

Ne pas pouvoir se dire adieu est un des facteurs de deuil difficile. C’est douloureux pour le mourant, douloureux pour les familles

Marie de Hennezel, auteure et psychologue thérapeute, nous donne quelques clés pour mieux vivre cette période inédite liée au Covid19. Que dire aux enfants ? La situation dans les Ehpad ? Comment organiser ses journées ?…

Que pensez-vous de la situation dans les Ehpad ? 

Elle est préoccupante. La vague de décès n’est pas encore arrivée mais les Ehpad s’y préparent, à tous les niveaux.

Les personnes âgées peuvent-elles mourir de solitude et d’isolement ? 

Le goût de vivre des personnes âgées tient souvent à un fil, celui de l’attachement aux proches. L’interdiction des visites des familles est pour beaucoup très douloureuse. Et puis les âgés ont besoin d’un rythme de vie, de contact avec les autres. L’impossibilité d’aller dans les espaces communs est pour certains – les plus valides – une véritable épreuve. Pas sûr qu’ils arrivent à la surmonter. Même si les animatrices font ce qu’elles peuvent pour animer la vie de ces âgés reclus.

Comment venir en aide psychologiquement aux personnes âgées obligées d’être en rupture avec leur famille ? 

Dans beaucoup d’Ehpad le personnel soignant s’ingénie à trouver des moyens de préserver le lien, via internet, l’envoi de photos, en leur expliquant la situation. Mais beaucoup des âgés ayant des troubles cognitifs oublient vite les raisons du confinement. Les retours que j’ai eu des Ehpad montrent que les personnes désorientées souffrent moins du confinement que les autres qui avaient des habitudes relationnelles importantes entre elles et avec leur famille.

Comment faire son deuil quand on n’a pas pu dire adieu ? 

Ne pas pouvoir se dire adieu est un des facteurs de deuil difficile. C’est douloureux pour le mourant, douloureux pour les familles qui, de plus, vont vivre longtemps avec le poids de cette culpabilité, et sans doute aussi le poids de la colère contre ceux qui les auront empêchés de venir dire adieu.

C’est pourquoi l’autorisation récente de permettre à une ou deux personnes de venir accompagner leur aîné mourant est une mesure très importante.

Je préconise que ce membre de la famille qui sera volontaire pour accompagner son parent âgé enregistre auprès de tous ceux qui ne pourront venir des petits messages d’adieu et d’amour qui seront diffusé dans les derniers instants de la vie. On ne mesure pas l’importance de la voix, qui est une présence, une voix qui touche. Cette mesure est essentielle pour que chacun ait le sentiment d’avoir fait ce qu’il a pu.

Sommes-nous tous égaux devant la privation de liberté ? 

Certainement pas. Le besoin de contact, le besoin de nature est vital pour certains, moins pour d’autres. Tout le monde n’a pas la capacité de faire face à la solitude, et à la mise à l’arrêt à laquelle nous sommes contraints. De trouver son équilibre dans l’écoute de la musique et la lecture de livres. L’équilibre des gens est parfois seulement maintenu par les réunions entre copains, les discussions sur les trottoirs, les fêtes. Tout cela est impossible, même si les apéro-zoom se multiplient !

Un couple avec des enfants turbulents confiné dans un petit appartement sans balcon ni jardin est certainement moins bien loti qu’une personne qui vit dans une grande maison avec jardin. Une personne seule condamnée à prendre tous ses repas seule est moins bien lotie que ceux qui sont nombreux à être confinés ensemble. Donc tout dépend des conditions du confinement.

Quelles méthodes préconisez-vous pour remplir ses journées ? Faire du temps son ami… son allié. 

Je pense qu’il est très important de structurer sa journée, de prendre un temps d’exercice physique, de faire le ménage chez soi, de prendre un temps de méditation, de calme, et puis de continuer à travailler si on peut, d’établir un programme d’échange avec sa famille et ses amis.

Quels sont les mots-clés pour expliquer le confinement aux petits ? 

Il y a un virus dangereux et contagieux. Le gouvernement nous demande de rester chez nous pour nous protéger. On peut sortir un peu pour prendre l’air, faire un peu d’exercice, et faire ses courses, mais il faut apprendre à faire des choses tranquilles : lire, jouer. Un jour, on pourra de nouveau ressortir et on fêtera cela.

Le gouvernement a-t-il la bonne attitude en choisissant la graduation ? Est-ce trop violent pour nos sociétés modernes, libres et hyper actives d’annoncer d’emblée 45 jours de confinement ? 

Sans doute ! Mais tout le monde se doute que le confinement va durer longtemps et c’est très anxiogène. Il faudrait communiquer davantage sur les modalités de sortie du confinement.

MARIE DE HENNEZEL, PSYCHOLOGUE CLINICIENNE
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