COUVRE-FEU : UNE NATION SOLIDAIRE ET LE TÉMOIGNAGE DU PROFESSEUR ET THÉORICIEN DES MÉDIAS BERTRAND NAIVIN

L’aurore d’une société du care qui devra cependant survivre à une socialité devenue limitative

LES FAITS

Ce sont des semaines, voire des mois à venir bien ternes que nous a confirmés mercredi soir Emmanuel Macron lors de son interview accordé à TF1 et France 2. Face aux journalistes de ces deux chaines historiques du paysage audiovisuel français (rappelons que TF1 fut, avant d’être privatisée en 1987 la première chaine généraliste nationale qui succéda en 1975 à l’ORTF), assis derrière un bureau blanc floqué d’un bandeau tricolore et devant une sorte de médaillon gigantesque blanc gravé du monogramme RF (République Française) dont le graphisme date de 1898, le président français a en effet annoncé officiellement le couvre-feu dans les villes les plus touchées par le virus dès samedi prochain de 21h à 6h du matin.

Emmanuel Macron – Covid-19. [Photo via MaxPPP]

Sur un ton grave, mais avec une gestuelle qui voulait marquer sa détermination à agir et à mener de front cette « guerre » contre le virus il a, pour justifier sa décision rappelé la dangerosité de ce dernier qui continue de tuer et de provoquer des séquelles durables chez les infectés. Ces derniers qui sont plus nombreux chaque jour à contracter le coronavirus et qui semblent plus nombreux parmi les moins de 60 ans.

Mais il a surtout tenu à souligner le caractère social de cette pandémie. Comme une expression d’un début de XXIe siècle[1] néo-libéral gouverné par les logiques du profit, de l’innovation et de la performance, ce virus attaque en effet principalement les personnes âgées ou souffrant d’autres pathologies telles que diabète ou obésité, mais touche aussi plus durement les populations défavorisées. Là encore, le président français en a rappelé les raisons. Logements exigus dans lesquels cohabitent souvent plusieurs générations, emplois précaires qui sont les premiers à subir les licenciements dus à des mois maintenant d’inactivité, ces populations semblent subir une double peine en ces temps coronaviraux.

Il en a surtout appelé à la solidarité et à la responsabilité des Français, notamment les jeunes, particulièrement touchés par cette crise sanitaire devenue également relationnelle, sociétale et économique.

TÉMOIN

Je suis pour ma part père de deux enfants dont l’une est en élémentaire et le second au collège, mais aussi enseignant dans le secondaire. Un père et un enseignant triste de voir ses enfants et élèves devoir porter un masque. Triste de voir cet espace de socialité fondamental qu’est l’école être devenu un lieu de méfiance où l’on doit se protéger et protéger l’autre. Triste de ne plus voir leurs visages. Triste aussi d’entendre à la radio le message du ministère de la santé et des solidarités affirmer que si on aime ses proche, on ne s’approche pas d’eux.

Mais dans cette morosité et ces injonctions à la distanciation sociale, le président a surtout évoqué une raison d’espérer. Elle réside selon lui dans cette solidarité que l’on a vue émerger dès les premiers jours du confinement. Elle existe déjà dans les sacrifices d’une Nation pour protéger les plus vulnérables de ses membres. Elle devient la mise en berne de certaines de nos libertés individuelles pour endiguer le retour d’une pandémie qui ne cesse de ravager les bases mêmes de nos sociétés modernes.

Voilà pourquoi Emmanuel Macron voit en ces temps contraints la (re)naissance d’une « Nation de citoyens solidaires » là où elle n’était devenue qu’un agrégat de libertés et de revendications individuelles.

L’aurore d’une société du care qui devra cependant survivre à une socialité devenue limitative comme à cette rationalisation de notre existence qui en supprime tout ce qui n’est pas de première nécessité (les sorties, la culture) mais qui pourtant fait toute notre humanité.


[1] Cf Bertrand Naivin, « Un siècle coronaviral », hauteur de vue, publié le 29/04/2020, https://www.editions-hermann.fr/tribune/un-siecle-coronaviral_isuL7XJF4YWJzjqmx

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