CANNABIS THÉRAPEUTIQUE : L’EXPÉRIMENTATION DÉMARRE EN MARS

ce pas vers le changement en inquiète plus d'un car l'usage du cannabis à des fins médicales, même suivi et encadré, n'est toutefois pas sans risques d'abus

PAR ROXANE GOULAM, PHARMACIEN NÉGOCIATEUR.

Le cannabis est une plante aux multiples facettes. Célèbre pour son usage récréatif, bien qu’illégal en France, il gagne aussi en notoriété dans un tout autre domaine : la médecine. Nous vous proposons un point de situation sur les vertus thérapeutiques et l’intérêt grandissant qu’on lui prête.

L’usage thérapeutique de l’espèce végétale Cannabis sativa, notamment pour soulager douleurs et nausées, ne date pas d’hier, mais de plusieurs siècles. Après avoir traversé les époques et les continents, il a été grandement limité en Occident au cours du XXème siècle. En ce temps-là, de nouveaux médicaments aux doses standardisées viennent faire de l’ombre aux extraits de cannabis alors utilisés. En parallèle de ces avancées, le cannabis voit sa cote de popularité chuter : il est décrié, prohibé puis classé en France et à l’international comme drogue sans usage médical.

Un contexte contraignant pour la recherche clinique ! Néanmoins, le progrès scientifique ne connaissant pas de répit, des découvertes ont eu lieu au cours des dernières décennies et ont permis un regain d’intérêt scientifique pour les vertus supposées du cannabis.

La science a notamment élucidé quelques mystères quant au fonctionnement des cannabinoïdes, un type de molécules dont regorge la plante. Parmi eux, on retrouve les deux principales substances actives du cannabis : le fameux delta-9-tétrahydrocannabinol (THC), auquel on attribue les effets euphorisants et addictogènes de la drogue, et le cannabidiol (CBD).

Ces connaissances ont servi de base au développement de cannabinoïdes de synthèse et à l’exploration de différentes pistes thérapeutiques, comme le traitement de nausées et vomissements, de l’anorexie chez certains patients, ou encore de certaines formes d’épilepsie et de douleurs.

Les résultats des essais cliniques menés jusqu’ici demandent à être consolidés, néanmoins certains médicaments à base de cannabinoïdes ont d’ores et déjà pointé le bout de leur nez. Si la règlementation française a fini par évoluer en 2013 pour autoriser leur commercialisation, elle reste très stricte à l’égard du cannabis, toujours classé comme stupéfiant. Ce statut rend difficile l’accès à ces traitements pour les patients.

A ce jour, on parle de trois spécialités pharmaceutiques autorisées en France. Deux d’entre elles sont disponibles dans le cadre d’une utilisation temporaire et restreinte : l’Epidyolex® (CBD), indiqué dans certaines formes rares de crises épileptiques, et le Marinol® (THC de synthèse), indiqué dans des douleurs neuropathiques résistantes. La troisième, le Sativex® (THC et CBD) est autorisée depuis 2014 dans le traitement de la spasticité liée à la sclérose en plaques, mais n’est toujours pas commercialisée sur le territoire, faute d’entente entre le laboratoire et les autorités sanitaires sur le prix de vente.

Voilà, pour l’heure, l’état des lieux. Et la suite ?

La suite, c’est le projet d’expérimentation du cannabis à usage médical sur deux ans, qui vise à inclure 3000 patients en milieu hospitalier. Et là, on ne parle plus des médicaments précités mais d’autres préparations à base de cannabis brut ou légèrement transformé, dont l’usage fumé sera proscrit !

Cette proposition, portée notamment par notre actuel ministre de la santé, Olivier Véran, s’inscrit dans la loi de financement de la sécurité sociale. Elle a reçu un accueil favorable, à la fois de la part de l’Assemblée Nationale et des instances sanitaires. Selon le décret d’application, l’aventure devrait démarrer au plus tard en mars 2021.

L’expérimentation aura pour objectif d’évaluer la faisabilité du circuit de mise à disposition, sous contrôle, du cannabis médical pour les patients. Dans le même temps, elle permettra le recueil de données supplémentaires relatives à son efficacité et à sa sécurité d’emploi.

Bien sûr, ce pas vers le changement en inquiète plus d’un car l’usage du cannabis à des fins médicales, même suivi et encadré, n’est toutefois pas sans risques d’abus et d’effets nocifs pour la santé. Pour d’autres, la France n’est pas franchement avant-gardiste en la matière et ne fait qu’apporter une réponse déjà tardive à une forte demande de la part de patients en impasse thérapeutique. Dans tous les cas, la perspective d’une légalisation du cannabis thérapeutique ne laisse pas indifférent et est bel et bien envisagée dans notre pays.

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