ERIC NAULLEAU POUSSE UN COUP DE VERITE : ENTRETIEN AVEC UN ANIMATEUR DIRECT ET SANS DETOUR !

Eric Naulleau a toujours mis les pieds dans le plat en tant que critique mais aussi comme éditeur de pamphlets truculents. La présentation de « Ça balance à Paris » est donc une suite logique pour cet homme aux multiples casquettes. A la fois écrivain, éditeur, animateur… il n’hésite pas à dire tout haut ce qu’il pense de la télévision, de ses émissions, de ses patrons, de l’édition. Il évoque aussi ses idées et la société française à travers une conversation musclée avec Alain Soral dans le livre « Dialogues désaccordés » en librairie le 24 octobre.

 

L’an passé, vous avez innové en faisant intervenir des avocats ou des personnalités du 7ème art en guise de chroniqueurs. Cette toute nouvelle saison qui a démarré le samedi 28 septembre renfermera-t-elle d’autres nouveautés dans l’articulation du programme ?

L’idée était de casser la routine. Ça peut être des gens de la mode, des avocats, des hommes politiques… Le seul plateau qu’on n’a pas réussi à monter, c’est avec les sportifs. On doit pouvoir trouver cinq sportifs capables de parler de culture. Non? Cantona fait du cinéma, Leboeuf fait du théâtre par exemple. J’aime les bandes et j’ai été ouvert à l’expérience. Selon les plateaux, ça s’est plus ou moins bien passé. D’un point de vue technique, pour moi, c’est plus de travail. Être chroniqueur, c’est un métier, tout le monde ne peut pas le faire. Je dois intervenir plus en soutien. Les avocats ont l’habitude de parler, mais avec les politiques, c’était intéressant de mesurer l’écart entre le monde politique et le monde de la  culture. Ils bénéficiaient de programmes allégés et ils trouvaient ça déjà lourd (à peine le tiers de mon travail hebdomadaire !). On sentait que c’était un effort de leur part. Ils sont très éloignés du monde de la culture, sinon la culture très institutionnelle, type avant-première ou pièce de Yasmina Reza. Cette année, il n’y a pas de spéciale prévue, mais on réfléchit à la rentrée de janvier, qui coïncidera avec ma 100ème comme animateur. J’aimerais marquer le coup en faisant revenir les chroniqueurs historiques du programme. Mais rien n’est arrêté. C’est encore loin.

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La loi sur l’indépendance de l’audiovisuel votée le 1er octobre 2013, permet désormais à LCI et Paris Première d’être accessible gratuitement. Ravi de voir votre audience potentiellement augmenter ?

Quand j’aborde dans les médias la question de M6, et ça vaut pour la Ruche, je me fais taper sur les doigts. “C’est pas bien, pas corporate“. Donc raison de plus pour continuer à en parler. Évidemment, je regrette que “ZEN” ne soit plus rediffusé sur M6. Si tu es fier, tu veux que le plus grand nombre la voie. Ça tombe sous le sens. Je suis prêt à entendre les arguments de grille. Si on ne me dit ” tu sais, l’émission ne doit pas être galvaudée sur d’autres chaînes car notre destin se joue cette année“, je dis Ok. Mais i on ne me dit rien… J’aime bien que l’on m’explique les choses, ne serait-ce que par téléphone. Mais là… rien, donc j’avoue ma surprise. Si Paris Première passe en gratuit, ça changera tout. Les gens seront plus nombreux et se rendront compte qu’il n’existe que très peu d’offres comparables à “Ça balance…” et à “Zemmour et Naulleau“. Liberté de ton et codes télévisuels bousculés par deux types qui ne sont pas des mecs de la télé, au fond. Je crois que le groupe M6 a mon portable M6, ils peuvent m’appeler.

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L’exercice entre « Ça balance… » et « ZEN » est très différente. Comment vous vivez et préparez cette différence éditoriale ?

Ce qui est très étrange, c’est que nous enregistrons les deux programmes le même jour. Passer d’un état à l’autre est assez drôle. “ZEN” est né d’un mariage. Zemmour est contre le mariage homo, donc il ne va pas aimer que je dise ça (rire). C’est un spin-off. Courant dans les séries mais assez rare en télé. Au départ, nous étions trois avec Laurent Ruquier. La petite difficulté, pour moi, c’est d’être celui qui anime mais aussi celui qui entre dans l’arène pour combattre et débattre. Sur le papier, ça paraissait compliqué mais dès la première émission avec François Bayrou, j’ai senti que ça allait marcher. On est en confiance et Zemmour considère que je suis l’un des rares avec lequel il puisse bosser. Et il est beaucoup plus discipliné qu’avant (rires). On a trouvé un rythme et les aménagements se sont faits doucement. Quant à “Ça Balance…“, c’est plus classique. Animateur chef de bande, c’est une autre énergie, une autre émission, un autre rythme. Le marathon s’est terminé hier soir, et je peux vous dire que j’ai bien dormi. Quand je sors du dernier plateau, je suis lessivé.

Editeur, essayiste, traducteur, critique littéraire, chroniqueur sportif, animateur de télévision et de radio, votre énergie n’en finit plus. Se peut-il que la création et production de programmes vous tente ?

Je ne suis pas sûr d’être très doué. Pas la fibre gestionnaire. En effet, c’est là qu’est l’argent, mais pour l’instant mon émission idéale c’est “Ça balance…”. Avec des moyens supplémentaires, diffusée en prime, elle serait encore mieux. Je n’ai pas envie de créer un autre format. Peut-être plus tard, quand j’aurai envie de faire passer des idées, ce qui est plus facile en qualité de producteur.. A suivre, mais pour l’instant, je suis très heureux de mon sort. Et puis ce n’est jamais que ma sixième saison en tant qu’animateur, je n’ai pas encore épuisé les charmes du métier.

La culture à la télévision semble être un mot « maudit ». Les audiences de « Ce soir ou jamais » sont basses et « La Grande Librairie » reste la seule émission qui parle de livre. Votre regard sur le manque de propositions faites par les chaînes ?

Je déplore l’absence totale d’émissions de débat culturel sur le service public. Les émissions classiques sont parfois bien faites comme celle de François Busnel, “La Grande Librairie“, parce qu’on sent que l’animateur lit et bosse. C’est un peu l’ “Apostrophes” du 21 ème siècle. Busnel travaille sérieusement et comme je suis un pur et dur de la littérature, j’y trouve mon compte. Mais en tant qu’animateur, je préfèrerais quelque chose de plus agité, de plus rock and roll. Je pense que je peux l’incarner, si c’est sur Paris Première avec des moyens, c’est parfait. Je m’y sens bien et je travaille avec un bon producteur, Pierre-Antoine Capton. S’il veut m’amener vers d’autres aventures, je le suivrai. Un Paris Première turbo, avec un “Ça balance…” turbo, ça pourrait être la voie de l’avenir.

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Vous sortez un livre d’entretien avec Alain Soral en novembre. Comment s’est passée cette rencontre ? 

L’éditeur d’Alain Soral (les éditions Blanche) m’a fait cette proposition il y a un an. Alain est classé à droite et même très à droite, moi à gauche. J’ai trouvé le titre “Dialogues désaccordés” mais j’ai constaté que les désaccords de départ s’aggravaient au fil des échanges. On discute, certes, mais ça ressemble beaucoup plus à une baston qu’à une conversation dans un salon de thé. On a des différends fondamentaux sur des questions fondamentales.

Ce duo rappelle celui avec Eric Zemmour…

Il existe beaucoup de points communs entre la pensée de Soral et celle de Zemmour. Pour ma part, je pense que discuter avec des gens d’un autre bord politique peut être très stimulant. Ensuite, on peut se retrouver sur certaines questions très précises. Le social en est une. Là, nous tombons d’accord pour constater qu’il existe toute une classe sociale aux abois et à l’abandon, attirée par les extrêmes. Avec ce livre, il ne s’agissait pas de tomber d’accord, parce que c’est impossible, mais l’exercice est sain.

Que vous a inspiré ce rituel de la rentrée littéraire à quelques jours du Goncourt ?

C’est une absurdité économique parce que 555 livres qui paraissent en même temps au moment où les Français ont le moins de temps pour les lire et le moins d’argent pour les acheter… donc là, il y a décidément un truc qui m’échappe. Ça n’existe qu’en France, ça correspond à une tradition, mais certainement pas à une logique. Et cette rentrée 2013 est la plus faible depuis des lustres. En cherchant dans les coins, tu peux arriver à trouver ton plaisir. C’est ces livres-là que j’essaie de défendre, soit dans le Point, soit dans Paris Match.

Homme d’édition et tout près du calendrier foisonnant de toutes sortes de prix littéraires, quelle est votre position sur les petites librairies qui se meurent au profit du livre numérique ?

Ça mord assez peu en France, par rapport à d’autres pays. Il y a une résistance simplement parce que nous sommes un pays très littéraire où le livre a plus d’importance que la littérature. Une vieille tradition que le numérique ne va pas tout de suite évincer. Je comprends, je suis un fétichiste du papier. Ça me fera toujours plus d’effet que la tablette noire.

Les librairies doivent-ils s’inquiéter ?

Ils ont raison d’avoir peur. Ils sont coincés entre le livre numérique, la Fnac et Amazon. Le paysage culturel français est façonné autour de ces petites librairies. Alors, au citoyen de savoir s’il veut une ville où les librairies disparaissent comme aux États-Unis. Il faut aussi en appeler à la  responsabilité des libraires qui doivent s’adapter au monde tel qu’il est. Si le client s’entend répondre que “le livre arrivera dans 15 jours“… c’est problématique. Les moyennes et les grandes libraires auraient dû investir internet, au lieu de l’abandonner aux grandes enseignes. C’est une lourde responsabilité, il en va du mode vie des générations futures. Le livre existe depuis bien longtemps et il a très peu évolué dans sa  forme. C’est une des bases de la civilisation telle que nous l’entendons. A nous de décider si on y reste attaché ou si on le bazarde avec le reste…

Toujours « amoureux » de Graham Parker ?

Ah ! Graham ! Il était temps. Il a joué le 24 septembre dernier au New Morning, son premier concert parisien depuis presque 20 ans. Je me suis improvisé attaché de presse. Je dois dire que ça a bien marché. C’était complet et il m’a appelé sur scène pour le dernier rappel. Il jouait “Don’t ask me questions” , un reggae métaphasique où il s’adresse directement à Dieu, la plus grande chanson rock de tous les temps, soit dit en toute objectivité ! Je l’ai vu à Bonn, il y a peu et il joue en Angleterre dans un mois. J’ai co-produit un doc sur lui et je cherche un diffuseur. Mais je ne suis pas le seul fan, il y en a un autre un peu plus connu que moi, qui s’appelle Bruce Springsteen qui dissèque toutes ses chansons.  C’est la bande son de ma vie. Ça court depuis 77 et je ne lâche pas. De le voir à Paris après 10 minutes de métro plutôt que 8 heures d’avion, c’est magique. C’est un immense artiste, en tout cas, c’est ce que je crois. On bavarde comme des potes, on rigole.

Va-t-il continuer encore longtemps la scène ?

Je ne pense pas. Il en a un peu marre de la route. Mais je tente de monter un spectacle musical et littéraire avec lui. Puis, je voudrais le faire revenir à Paris pour un concert que je co-produirais avec son groupe. Et non, ma Parkeromanie n’est pas finie. Elle ne fait même que commencer.

« Ça balance à Paris » : Samedi à 17h45 et dimanche à 9h45
« Zemmour et Naulleau » : Vendredi à 22h55

Yasmina Jaafar

©Gael Cornier/ Paris Première

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