ALIX BENEZECH UNE ACTRICE QUI S’ENGAGE POUR LA CAUSE FEMME

Alix Bénézech tourne beaucoup. Elle réalise aussi. Dans son film « Que justice soit nôtre » en salle aujourd’hui, la comédienne a choisi un sujet fort : les violences faites aux femmes. Le 25 novembre 2014 était la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Belle occasion de rencontrer cette artiste engagée.

Qu’est-ce qui vous a motivé pour co-réaliser le film avec Jean-Pierre Delepine ?

Nous avions travaillé ensemble une première fois pour son film Article 23 qui parlait du monde du travail et notamment des suicides dans les grandes entreprises. Je garde un bon souvenir de cette expérience car Jean-Pierre a un univers et une façon de travailler très atypiques. C’est un original dans tout, il a inventé un nouveau style de Cinéma hyper réaliste et très engagé, il y a du Brecht en lui. L’alsacienne éduqué au Théâtre National de Strasbourg que je suis s’est reconnue dans ce Cinéma brut, sans effet, sans compromis. Jean-Pierre m’a d’abord proposé le premier rôle féminin du son film Que Justice soit Nôtre, il me parlait depuis longtemps de m’écrire un rôle sur mesure, il a toujours cru en mon travail d’actrice et m’a toujours soutenu. Il savait aussi que le sujet de la violence faite aux femmes me parlait et me tenait à cœur. Puis il m’a demandé de l’aider à réaliser ce film, il ne se sentait pas la légitimité de parler seul d’un sujet qui touche les femmes, il m’a dit que je pouvais y apporter ma sensibilité d’actrice et de femme. C’était un très gros challenge que j’ai accepté sans trop y réfléchir, je me suis jetée dans ce projet comme on se jette à l’eau car je sentais qu’il y avait quelque chose d’important à raconter et à transmettre grâce à ce film. J’ai toujours pensé et je pense de plus en plus que le Cinéma peut changer le monde.

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Le film montre un Etat français peu organisé pour combattre la violence faite aux femmes. Pensez vous que rien n’est fait ?

Jean-Pierre Delepine a une vision très sombre de la société, c’est un pessimiste dans l’âme, son histoire peut sans doute l’expliquer. Il est une sorte d’artiste maudit comme pouvait l’être certains auteurs du XIXème ou début XXème qui avaient cette profonde conscience de la condition humaine, de ce qu’on appellerait aujourd’hui un déterminisme social très fort qui condamne certaines personnes quoiqu’elles fassent pour s’en sortir. Je n’ai pas voulu appuyer son propos engagé déjà très présent dans l’écriture. Je suis optimiste. J’ai une forme de mélancolie qui m’habite mais je reste très confiante dans l’âme humaine et dans la possibilité d’aller vers un monde meilleur. Jean-Pierre et moi nous sommes un peu comme le Ying et le Yang dans cette co-réalisation, cela donne j’espère un équilibre au film. Dans Que Justice soit Nôtre, j’ai voulu raconter l’histoire d’une jeune fille qui se trouve du côté de l’engagement, de l’aide, du bien, et qui peu à peu, par des circonstances dramatiques et parce qu’elle se trouve seule à se battre, va sombrer dans le mal absolu. Ce que j’ai trouvé intéressant c’est cette tragédie familiale inscrite dans la société d’aujourd’hui, une société qui n’a pas toujours les outils pour aider une personne démunie. Une société qui parfois permet la violence parce qu’elle ne sait pas la stopper. Je n’ai pas voulu de manichéisme les hommes comme les femmes sont tour à tour les victimes et les bourreaux dans le film. Il y a une violence plus sourde, plus pernicieuse qui les conditionne tous. Aline, mon personnage agit mais n’exprime jamais son mal être, sa souffrance. Seule la voix off nous en donne quelques indices. Elle ne se suicide pas concrètement mais le sacrifice corporel puis judiciaire qu’elle effectue est une forme de suicide social. J’ai voulu montrer que la victime n’est pas toujours là où on croit, et c’est le cas pour chacun des personnages. C’est un film qui parle de la violence faite aux femmes en montrant les mécanismes de la violence. J’ai souhaité raconter comment la violence peut être contagieuse. Une femme victime de violence est non seulement victime de la violence qui lui est faite (coups, viol) mais aussi de la violence qu’elle s’inflige à elle-même croyant trouver une issue (prostitution, états limites, conduites suicidaires..) et la violence qu’elle retourne contre l’autre en voulant se faire justice elle-même. A travers cette tragédie familiale, le film dit ceci : lorsqu’une femme est victime de violence, c’est la société entière qui régresse.

Voudriez-vous écrire sous forme livre ou cinéma votre propre expérience ?

J’ai commencé l’écriture d’un scénario de long métrage. Mommy de Xavier Dolan a été un électro choc, il a su raconter une histoire très personnelle et intime en la rendant universelle et sublime. Je crois que c’est la meilleure façon de parler de soi, tout artiste parle de soi, ne serait-ce qu’inconsciemment je crois. J’ai écris un scénario de court métrage l’année dernière AHAH réalisé par Cédric Martin et Fiona Désormeau. C’est l’histoire d’une fille fan de Louis de Funès qui rêve de faire rire mais n’y arrive jamais. Les personnes qui l’ont vu m’ont dit que cette histoire était très intime, qu’ils étaient touchés que je me livre ainsi. Et pourtant j’étais certaine en l’écrivant de ne pas parler de moi, de raconter une histoire et un personnage très différents de ce que je suis!

Comment vous êtes vous sortie de cette dangereuse situation ?

Le Cinéma sauve des vies! Je crois même qu’il accueille les vilains petits canards, les orphelins, les personnes qui ont des failles. C’est en cela qu’on dit que c’est une famille. Plus généralement l’Art et la possibilité de transcender ce qu’on a vécu permet de devenir une personne résiliente, de s’autoriser à être heureux. Plus concrètement, il existe des organismes qui font un travail merveilleux pour venir en aide aux personnes qui subissent des violences ou qui vivent une situation difficile, par exemple L’Aide aux Victimes ou l’association Aurore pour ne citer qu’eux.

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Vos prochains projets en tant qu actrice ?

J’ai eu une très belle année 2014 où j’ai tourné dans de beaux projets que j’ai hâte de partager. Je joue Sandrine, un personnage inspiré de Madonna dans « Recherche Susann désespérément », dans le film BIS de Dominique Farrugia produit par Europacorp avec Kad Merad et Franck Dubosc, le film sort en salle le 18 février 2015. Je suis Dorothée, la jeune infirmière stagiaire drôle et sexy, un des protagonistes de la série NINA qui sera diffusée sur France 2 en prime time en début d’année 2015. J’ai le premier rôle féminin, Catherine Pavlovna de Russie du téléfilm NAPOLEON, La Campagne de Russie de Fabrice Hourlier diffusé le 10 janvier 2015 en prime time sur Arte. J’apparais dans le film LA BELLE SAISON de Catherine Corsini, un film qui parle du mouvement féministe dans les années 70 et dans L’ODEUR DE LA MANDARINE de Gilles Legrand, dans lequel je joue Louison, c’est un film qui se passe en 1914, je joue aux côtés d’Olivier Gourmet. Et j’ai interprété le rôle de Nabilla dans le film de Sophie Blanvillain, LA CARTE BLANCHE  qui sera diffusé sur France 2 en début d’année prochaine. c’est un film qui parle de la rencontre entre une star de la télé-réalité et un photographe d’art, qui interroge sur la possibilité d’être soi-même dans une société qui encourage le paraître.
Yasmina Jaafar
Photo : Mathieu Baumer

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