JEAN-FRANCOIS BOYER ET LA 13ème JOURNEE DE LA CREATION TV : 4 QUESTIONS POUR EN SAVOIR PLUS.

Jean-François Boyer est à la tête de Tétra Média Studio mais pas seulement. Il est aussi le Président de l’association pour la promotion de l’audiovisuel (APA) qui organise depuis 2004 la Journée de la Création TV. Le 28 juin, la 13 ème édition se déroulera au Studio Gabriel. Que nous réserve cette nouvelle Journée ?

Réponse :  

Quelles seront les particularités de cette 13 ème édition ?

13 ans, c’est l’âge de l’entrée dans l’adolescence et nous avons donc voulu marquer plusieurs évolutions. Tout d’abord, la Journée de la Création revient à Paris au Studio Gabriel, près des Champs Elysées. En effet, nous avons convenu avec les organisateurs du Festival SÉRIE SERIES de Fontainebleau que le Festival ayant atteint une vraie maturité il convenait de le laisser prendre son  envol seul. Près de 400 créateurs Européens non français de séries sont attendus à Fontainebleau du 29 juin au 1 er juillet, et il eût été dommage que les nombreux français ne puissent les rencontrer durant la Journée de la Création…

Ensuite, cette année PUBLIC SENAT et DAILYMOTION ne seront plus les seuls à retransmettre notre événement en direct : TV5 Monde et son Président Yves BIGOT que je salue ont souhaité diffuser nos débats durant tout l’été auprès des quelques 400 millions de téléspectateurs francophones ! C’est une opportunité formidable qui nous pousse à ouvrir encore plus les fenêtres de notre audiovisuel parfois un peu refermé sur lui-même… Aussi les deux diffuseurs ont voulu imaginer une après-midi différente : Guillaume DURAND animera un premier débat politique stimulant entre deux sénateurs, MM ASSOULINE et LELEUX.

Puis le grand débat habituel sera animé par deux journalistes de chaque chaîne, Estelle MARTIN pour TV5 Monde et Caroline DESCHAMPS pour PUBLIC SENAT. Clairement cette année les équipes de cette chaîne et son nouveau président Emmanuel KESSLER veulent booster notre événement !

Après la diversité, la Journée de la Création TV  s’attaque à la place des jeunes dans le secteur audiovisuel. Cela correspond-t-il à l’annonce faite par Delphine Ernotte lors de sa nomination : « Il y a trop de blancs de plus de 50 ans à l’antenne ! » ?

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La stratégie de Delphine ERNOTTE n’a rien à voir dans le choix du thème de ce débat. La nouvelle présidente de France Télévisions pointe certes avec beaucoup de bon sens et un certain courage l’un des retards français. Mais souvenez-vous, il y a trois ans, grâce au CSA et à Carole BIENAIMÉ, alors nouvelle Vice-Présidente de l’APA, nous avions imaginé un débat sur la place des femmes à la télé, dans nos images et dans nos métiers. Un constat assez accablant qui avait paru osé à l’époque !

L’an dernier toujours avec le CSA nous avions pointé les difficultés de la télévision française à représenter les diversités, toutes les diversités… Un débat houleux et malheureusement interrompu mais qui a eu le mérite de prouver que beaucoup de choses restent à faire. Dès lors il nous a semblé naturel de lancer un débat sur la place des jeunes sur nos écrans en 2016. Les « millenials » regardent-ils nos œuvres ? Se sentent-ils représentés ? Sont-ils assez présents chez les producteurs, les diffuseurs et les créateurs ?…

Vous savez, j’ai une fierté quand je repense aux 12 éditions passées : nous avons souvent eu l’audace d’organiser des débats dérangeants ou stimulants selon le rapport au monde de chacun !

Le mercato audiovisuel est exceptionnel cette année. Est-ce la promesse de véritables changements selon-vous ?

Clairement on sent que les choses bougent partout en France, dans la société et même à la télé ! C’est vous dire si notre secteur ressent lui aussi la nécessité de se réinventer. Les chiffres du baromètre que nous publierons cette année encore en partenariat avec le CNC montrent que les jeunes regardent des contenus mais différemment de leurs anciens et notamment beaucoup de vidéos sur le Net. Ils montrent aussi que la consommation classique de télé a encore augmenté.

Autres chiffres : les chaînes TNT continuent à capter plus du tiers des recettes publicitaires mais n’investissent toujours que très peu… On assiste à un boom de la télévision de rattrapage. En 2015 apparaît une baisse générale d’environ 10% des apports financiers des grandes chaînes aux fictions… Les séries semblent avoir définitivement supplanté les films unitaires en volume. Mais il y a encore en France trop peu de vraies séries qui passent la barre de la troisième saison. Les coûts d’interprétation et de post-production, contrairement à une idée reçue continuent à baisser dans les devis de nos films. Bonne nouvelle en revanche : en 2015, divine surprise, les fictions françaises battent les fictions américaines dans les 100 meilleures audiences pour la première fois depuis 2006 ! Et à part CANAL +, toutes les chaînes ont augmenté leur volume de financements aux documentaires… En revanche, le volume tendanciel de production d’animation baisse depuis 10 ans, ce qui est préoccupant.

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Je vous assomme de ces données pour pointer que au delà des péripéties du mercato du flux, des mouvements de fond sont à l’œuvre dans le documentaire, la fiction, l’animation et le spectacle vivant…

Depuis 13 ans que cette manifestation existe, quel est votre bilan ?

Je me souviens de l’étonnement du sénateur Jacques VALADE lorsque je lui ai proposé que la Commission des Affaires Culturelles du Sénat soit partenaire d’un colloque sur les œuvres de télé, retransmis sur PUBLIC SENAT !

En 2004, faire comprendre aux élus et à une bonne partie de la presse que le lieu de la création était non pas dans les chaînes mais ailleurs, dans une « famille » composée de scénaristes , de réalisateurs, de compositeurs et de producteurs apparaissait comme un défi !

 Je me souviens aussi de l’énergie avec laquelle Jean-Pierre ELKABBACH a lançé et soutenu l’événement ! N’en déplaise à certains chonchons sans lui rien n’aurait été possible !

Et comment ne pas dire un grand merci à Madame Catherine MORIN-DESSAILLY, la présidente de la Commission des Affaires Culturelles du Sénat qui soutient avec bienveillance et vigilance les saltimbanques parfois agités que nous sommes !

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Le bilan, s’il est venu, est simple : cet événement a toujours voulu anticiper les débats qui agitent nos métiers et donc ( et c’est ce qui est passionnant) la vie des téléspectateurs ! Cette année par exemple, le dernier débat : « Hyper concentration et création TV : les frères ennemis ? » fait déjà la joie de certains et la crainte d’autres. Je suis hégélien et pour moi la pensée ne procède que dans les contradictions !

C’est d’ailleurs l’un des soucis que nous connaissons : tous les festivals et événements audiovisuels mais aussi bien des clubs de pensée ou d’influence ont créé depuis 5 ans des copies de notre événement. Cela doit nous amener à repenser notre Journée de la Création… Autre fierté : la présence de nombreux jeunes dans l’assistance ! Dans bien des colloques de ce type on fait payer l’entrée aux professionnels ce qui exclut les plus démunis et les plus jeunes. Quel dommage alors que ce qui est formidable c’est justement la rencontre des différences !

Cette année encore le déjeuner et le cocktail de clôture seront offerts même si la direction de l’actuel CNC a jugé bon de diviser de moitié notre subvention en deux années ! Et bien nous trinquerons au Champomy !

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Pour tout vous dire, nous nous étions fixés des objectifs simples en 2004 : faire de cet événement un endroit convivial où le métier se retrouve pour « brûler ses cahiers au feu » avant les grandes vacances. Permettre aux décideurs ministériels de prendre le poul des évolutions et le cas échéant annoncer des changements comme le crédit d’impôt audiovisuel. Permettre aux élus et aux Ministres de la Culture de rencontrer non pas les professionnels des lobbys mais les vrais créateurs, ceux qui font nos œuvres. Inciter la presse à s’interroger sur les particularités de nos métiers assez différents de ceux du cinéma

 Les objectifs sont atteints. A nous d’inventer sans doute quelque chose de neuf et d’encore plus utile pour nos créateurs.

J’ai un seul regret : ne pas avoir réussi à faire comprendre que dans nos séries, si la place du scénariste est centrale, celle du réalisateur doit être revalorisée. Il apporte un style, l’âme d’un co-auteur. Merci donc de me donner l’occasion de commencer à réparer cela !

Vous voyez qu’il reste tant à faire. Il n’y a pas de petites victoires.

Comme disait Karl MARX : « Un pas en avant vaut mieux que mille programmes ! »

Yasmina Jaafar

©c.nieszawer

 

 

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