MACRON/HOLLANDE : LEUR VICTOIRE COMPARÉE ET DÉCRYPTÉE PAR BERTRAND NAIVIN

Emmanuel Macron, l’homme triangulaire. Le Président du milieu. Hier, l’investiture fût marquée par l’émotion, la justesse et un certain goût pour la monarchie mais revenons sur le soir de la Victoire grâce au philosophe des médias Bertrand Naivin. Pourquoi Le Louvre ? Pourquoi le symbole du triangle ? Absence de bain de foule… Pourquoi marche-t-il seul vers son pupitre ? Vision et analyse :

  Par Bertrand Naivin

Depuis la soirée de son élection, les rumeurs sur la possible appartenance d’Emmanuel Macron à la Franc-Maçonnerie se multiplient. Nombre d’entre elles s’appuient sur la vidéo qui le montre devant la pyramide du Louvre, filmé en contre-plongée, la tête au niveau du sommet de l’édifice de verre et les bras levés en « V » inversé qui, avec cet autre « V » que forme la construction imaginée par l’architecte Ian Pei pour François Mitterrand, forment le symbole de la maçonnerie. Est-ce un hasard ? Ou est-ce effectivement un signe envoyé aux initiés ? Aucune certitude n’est possible. Ce moment du discours donné sur l’esplanade du Louvre nous donne à voir en tout cas un président de la République que je qualifierais de « géométrique », voire de « triangulaire ».

Cette géométrisation a un sens : se distinguer de la présidence molle, informe et chahutée de son prédécesseur. Revenons pour cela sur les vidéos des discours publics que donnèrent ces deux hommes après leur victoire électorale. Car tout les sépare. Si en 2012, alors qu’il vient de remporter l’élection présidentielle face à Nicolas Sarkozy, François Hollande est filmé peinant à regagner la scène dressée pour l’occasion sur la place de la Bastille, bousculé – chaleureusement – par une foule en liesse, en 2017, Emmanuel Macron arrive quant à lui seul. Les fumigènes rouges et les vagues houleuses des milliers de sympathisants en joie cèdent alors la place à l’obscurité austère de l’ancien palais des rois de France et à la solitude qui est celle du nouveau président qui gravit seul les marches qui le mènent à son pupitre derrière lequel il vient très sobrement se placer pour s’adresser à ses partisans, là où l’ancien maire de Tulle se baladait, et se balançait le micro à la main sur une scène encombrée d’instruments de musique, de responsables politiques, de techniciens et de chauffeurs de salle. La bonhomie populaire du Corrézien tranche alors avec l’austérité et la gravité de l’ancien ministre de l’Économie.

Hollande se donne alors à voir comme un président baroque avec sa veste ouverte, sa cravate de travers et sa voix cassée, tel un chanteur de bal en fin de concert ou un noceur au petit matin. À l’inverse, Macron reste donc derrière son pupitre, la tenue impeccable et la voix posée, le ton grave et le timbre clair qui là encore contrastent avec celui qui il y a cinq ans hurlait à la foule, exultant de joie : « Je ne sais pas si vous m’entendez, mais moi je vous ai entendu ! ».

Alors oui, si le terme baroque vient du portugais « barroco » qui désigne une « perle irrégulière», à quoi l’on opposera au XVIIème siècle la régularité géométrique du Classicisme, François Hollande et Emmanuel Macron rejouent bien respectivement, mais en l’inversant dans la chronologie, le passage du baroque d’un président qui ne devrait pas dire, faire ni être comme ça au classicisme d’un autre entouré de lignes, d’angles, et tout en mesure.

Et quelle belle figure géométrique que le triangle pour celui qui se propose d’être et de gauche et de droite ? Lui au centre et au dessus de ces deux sensibilités politiques amenées à dialoguer et à dépasser leur antagonisme historique ou leur négation proposée par M. Mélenchon ou Mme Le Pen. Allons même jusqu’à voir dans son âge une autre expression mathématique de cette construction ternaire qu’est la pyramide. Si la somme du 3 et du 9 qui forment ses 39 ans fait 12, nous retrouvons le chiffre 3 en additionnant le 1 et le 2, la décimale et l’unité de ce nombre, faisant alors résolument de ce nouveau président une figure tri-angulaire qui ne pouvait dès lors espérer meilleur endroit pour lancer son règne que cette place constellée de triangles – chaque pyramide du Louvre est en effet composée d’une multitude d’autres.

En son temps, l’architecte Le Corbusier s’était basé sur la géométrie pour penser un espace raisonné capable de convenir à l’homme dans son universalité. Espérons que la géométrie macronniste produise la même harmonie pour ne pas que croisse encore la tentation du chaos et du monstrueux.

Bertrand Naivin

Philosophe des médias et de la vie connectée
Enseigne à l’université Paris 8
Chercheur associé au laboratoire AIAC
Auteur de Selfie, un nouveau regard photographique (préface de Serge Tisseron), Paris, L’Harmattan, coll. Eidos, série Photographie, 2016

 


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