XAVIER DUPONT DE LIGONNÈS ET AGNÈS IMAGINÉS PAR LA ROMANCIÈRE ET RÉALISATRICE SANDRINE RAY

Xavier Dupont de Ligonnès reste introuvable même si l’affaire fait un retour remarqué dans l’actualité. Mais pas seulement… « La tragédie du bonheur » est le nouveau livre de la réalisatrice et romancière Sandrine Ray. Agnès, la femme de celui qui a sauvagement tué toute sa famille est l’héroïne de l’histoire. Un point de vue inédit, un style haletant pour nous faire vivre le drame de l’intérieur.

Propos recueillis par Yasmina Jaafar

Comment vous est venue l’idée d’un roman autour de ce célèbre fait divers ?

Cette histoire m’a secouée quand elle est arrivée il y a bientôt 7 ans. Pourquoi plus qu’une autre ? C’est assez mystérieux. Elle est rentrée dans ma peau petit à petit, comme du venin. Je devais faire quelque chose.
Parfois, on a l’impression d’être « choisie », de ne pas pouvoir reculer, alors il faut s’en emparer. Je crois que la violence des faits, mais surtout leur préméditation, doublé de surcroît du déni familial, m’ont accablé. Je me suis demandé comment une famille pouvait être aussi dysfonctionnelle dans son ensemble. J’ai eu besoin de comprendre, et plus je fouillais, plus ce fait divers me collait. Puis, les féminicides, je n’en peux plus. Les chiffres sont terrifiants. Jusqu’à quand ?

Le point de vue choisi est celui de Agnès, la mère de famille. Pourquoi ce choix ?

À chaque fois, on donne la parole au bourreau. Moi, je voulais la donner à la victime ! Elle est morte mais elle raconte.

Pour qu’Agnès devienne un symbole, soit « sauvée » en quelque sorte, il fallait entendre sa version des faits. Ses angoisses. Son chagrin. Ses déchirements. Ses espoirs. Sa voix, tout simplement.
Je voudrais qu’on arrête de parler de « drame conjugal ». Ce sont des meurtres ! Et là, il y a préméditation prouvée.
Bien sûr, il a fallu « plonger ». Franchement, ce n’était pas du gâteau. Mais j’ai eu la chance d’être soutenue et secouée par Camille Laurens lors d’un atelier chez Gallimard.

Les enquêteurs ne lâchent rien. Xavier Dupont de Ligonnès semble avoir été vu dans un monastère dans le Var mais il reste introuvable. Quel regard portez-vous sur le déroulement des recherches ?

Je parle d’un monastère où il serait passé dans mon roman, c’est étrange, non ? Mais je ne crois pas qu’il soit en France. L’homme avait trop bien préparé son scénario. Faire revenir son fils en lui faisant croire qu’elle avait eu un accident alors qu’elle était déjà dans la fosse du jardin ! Franchement, cet homme est machiavélique. Un pervers narcissique doté d’intelligence (Ce qui n’est pas toujours le cas pour qui connaît leur emprise). Je crois qu’il est loin. Pourquoi Interpol ne l’a pas trouvé ? Est-ce parce qu’il ne s’agit que de « drames familiaux » ?

Comment avez-vous travaillé ? Archive, enquête, témoignage ?

Pendant trois ans j’ai lu et vu tout ce que je pouvais trouver sur l’affaire. C’était long, et au début je ne pensais pas que j’écrirai sur le sujet. Trop dur. Mais je n’ai pas pu renoncer. Puis, les pervers narcissiques, je venais d’en guérir. Peut-être qu’il me fallait exorciser quelque chose.

Vous êtes aussi réalisatrice de cinéma et télévision. « La Tragédie du bonheur » devait ou pourrait-il devenir un film ?

Je pense que c’est davantage un sujet pour les USA. J’ose aborder la mort comme une étape de la vie. Elle n’est pas partie, elle voit, elle entend, elle frissonne. Quand j’ai cherché comment raconter cette histoire, je savais que je ne voulais ni faire de l’enquête (d’autres le font mieux), ni du documentaire. Il me fallait donc trouver une idée qui soit suffisamment forte pour tenir un récit pareil. Un matin, l’idée était là ! J’ai repensé à « L’aventure de Madame Muir » et je me suis mise au travail. Et, aujourd’hui, j’ai surtout envie d’écrire mes histoires.

Trouvez-vous ce fait malheureux différent ou auriez-vous pu écrire sur un autre cas ? La petite Maïlys par exemple ?

Maïlys, c’est horrible aussi. Je pense à ses parents. J’ai mal pour eux.
Je ne sais pas.

En tant que femme de cinéma, que pensez-vous des deux tribunes sur le harcèlement ? Deneuve/De Haas…

Je pense que c’est « l’anarchie de la pensée ». On mélange tout, on réagit au lieu de réfléchir. On se protège de la conséquence de ses actes aussi, pour certaines. Moi je pense que chacun, en tant qu’adulte consentant a tous les droits. Faut-il qu’il y ait consentement. Par pitié ne mélangeons pas séduction avec harcèlement et domination, c’est stupide et malhonnête. Mais j’ai lu une idée qui m’a amusée : «  Que celles qui aiment les mains au cul d’inconnus se baladent avec une pancarte dans la rue. »  Cette idée aussi bête que leur tribune me plaît. Ne jamais argumenter avec un fou !
« La tragédie du bonheur » disponible sur Kobo
Photo couverture livre : Baptiste Léonne

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