JUSTE UNE RUE A TRAVERSER : QUAND LA PHILOSOPHIE DU PRÉSIDENT MACRON COÏNCIDE MAL AVEC LA REALITÉ

Emmanuel Macron commet une énième maladresse face au jeune chômeur Jonathan Jahan lors de la Journée du Patrimoine dimanche 16 septembre. « Il vous suffit de traverser la rue pour trouver un travail. Moi, je vous le trouve. Un restaurant sur deux embauche rue Montparnasse ». Quand la vision du chef de l’État se cogne à la réalité… Impact et analyse :

Par Yasmina Jaafar

Les journalistes et la totalité des médias se sont emparés de cette phrase et ont tenu à prendre le Président au mot. Une fois l’enquête d’investigation faite rue Montparnasse et 44 restaurants visités, 22 embauchaient selon LCI.  Donc il s’avère que cette phrase assassine semble juste. 300 à 400 000 emplois ne sont pas pourvus en France dans des secteurs précis comme en effet la restauration ou le BTP.

Alors pourquoi une telle levée de boucliers contre Emmanuel Macron ?

La charge virulente des citoyens est légitime. Les réactions négatives de l’opposition est obligatoire : l’opposition s’oppose… Les français peuvent tout entendre mais il y a une réalité complexe. Et cette réalité demande voire impose au chef de l’État plus de rondeur même si les propos sont justes. La communication de l’Élysée semble connaître quelques dysfonctionnements : La forme et le fond ne peuvent pas être décorrélés. Il est fondamental de s’adresser aux français en promenade sous les ors de la République à l’occasion de la Journée du Patrimoine et trois jours après la présentation du Plan de lutte contre la pauvreté de surcroît… avec plus de considération. Plusieurs symboles sont abimés ici…

La vision libérale du Président de la République consiste à prendre à bras le corps les français et quasi par la force les contraindre à la mobilité, à l’action, au déracinement. Le tout pour avoir un emploi. Il est inconcevable pour cet homme de 39 ans à qui tout a réussi de céder face à un tel taux de chômage. Un cancer et un mal endémique qui empêche de se lover dans les mutations économiques du monde. Comme dans les pays anglo-saxons, Macron souhaite que les français changent de mentalité en 1 an ! Demander à un peuple terrien, habitué à sa sédentarité de ressembler aux américains est illusoire. Le système de l’emploi aux Etats-Unis étant en plus absolument différent du nôtre.

Le déterminisme et les désirs…

Le 12 septembre est sorti en salle le film de Thomas Lilti « Première Année » avec Vincent Lacoste et William Lebghil. Il est assez rare qu’un film sorte alors que l’actualité politique traite du sujet de l’œuvre. Ici, c’est le cas : le Numerus Clausus sera supprimé a annoncé hier Emmanuel Macron. Ceci pour permettre aux étudiants de première année de médecine d’accéder aux années supérieures plus aisément car seul 20% passent cette fameuse première année. Les autres tentent et retentent avec abnégation jusqu’à ce que le goût de l’échec s’accoquine avec l’aigreur…  Le thème du déterminisme est traité avec habilité par le réalisateur d’ »Hippocrate » – premier film qui évoquait déjà les différences sociales et les frustrations professionnelles La notion du déterminisme est aussi au cœur de l’échange entre le président et Jonathan Jahan. Laisser tomber son souhait d’être horticulteur et opter dès l’aube de sa vie professionnelle pour la restauration est d’une violence redoutable et réducteur. D’autant qu’au passage, les métiers de la restauration demande un minimum de qualifications. On désavoue un secteur en le traitant comme une roue de carrosse…

Certes, des emplois restent à pourvoir mais la philosophie de Paul Ricoeur, maître à penser de notre président, est aussi et surtout de s’inventer soi-même tous les jours, de réfléchir à sa voie, de ne compter que sur soi et de « ne jamais céder sur son désir » comme disait Lacan. L’action, n’est pas de concéder dès que possible à une ambition professionnelle mais de tâcher de chercher encore un temps avec force dans le domaine de notre formation… ensuite, tout est envisageable. Jonathan a 25 ans avec une formation en poche !

Dans Première Année, Antoine n’y arrive pas contrairement à Benjamin, fils de chirurgien doté d’immenses facilités mais surtout doté d’un encadrement familial approprié. 80% des deuxièmes années ont des parents médecins ! Antoine est un besogneux courageux qui perd pied face à la grande difficulté de cette première année. Sa détermination ne fait aucun doute mais elle vient se cogner à une réalité d’accès aux savoirs, aux codes sociaux qui inondent les milieux renseignés. Le chômage dans certaines filières est parfois lié aux environnements des uns et des autres. Toute l’ambition de la République est de justement gommer les inégalités de destins. Qu’elles soient tout au moins réduite.

La volonté de Macron est de mettre tout le monde au boulot pourtant l’action est gâchée par tant de sorties sincères certes mais irréfléchies. Mettre dans les esprits le goût de l’effort et paradoxalement leur ordonner de prendre ce qui se présente est « Un en même temps » acrobatique… Ne serait-ce pas plus fondateur d’apprendre à tout prix à persévérer et peut-être ensuite… de prendre le boulot du coin de la rue ?

 

 

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