
La 19e édition du Festival international du film de femmes de Salé s’est ouverte sous le signe des hommages aux artistes marocains, de la mémoire de Fatema Mernissi et de l’ouverture au cinéma québécois. Jusqu’au 3 octobre, projections, rencontres et débats interrogent la place des femmes dans le cinéma et la société.
Les activités de la dix-neuvième édition du Festival international du film de femmes de Salé ont débuté lundi soir, en présence de personnalités du cinéma, des arts, de la culture et des médias. Cette édition allie la célébration des parcours artistiques marocains, le rappel de l’héritage de Fatema Mernissi et l’ouverture à l’expérience cinématographique québécoise. Les manifestations se poursuivront jusqu’au 3 octobre prochain, dans le cadre d’un programme qui articule projections de films, débats, rencontres, conférences et activités culturelles.
Lors de la cérémonie d’ouverture, le festival a honoré les actrices marocaines Amal Ayouch et Myriam Zaïmi, ainsi que le réalisateur Mohamed Abderrahman Tazi, en reconnaissance de leurs parcours dans le cinéma, la télévision et le théâtre. Cet hommage s’inscrit dans l’orientation de l’édition, qui célèbre des expériences ayant façonné une part de la mémoire artistique marocaine, en accordant à chaque personnalité un espace pour retracer son cheminement et sa relation avec les transformations du paysage cinématographique et artistique.
Amal Ayouch appartient à une génération d’actrices marocaines qui ont affirmé leur présence au cinéma et à la télévision. Elle a débuté au cinéma en 1997 avec Les Amis d’hier de Hassan Benjelloun, puis a joué dans Destin de femme de Hakim Noury en 1998, rôle qui lui a valu le prix de la meilleure interprétation féminine au Festival national du film. Elle a poursuivi sa carrière dans des films tels que Ali Zaoua, prince de la rue de Nabil Ayouch, Les Anges de Satan et Qandisha, tout en développant une expérience théâtrale et en contribuant à la Fondation des arts vivants au Maroc.
Myriam Zaïmi poursuit un parcours entre théâtre, télévision et cinéma, après sa formation à l’Institut supérieur d’art dramatique et d’animation culturelle de Rabat. Son nom reste associé à plusieurs œuvres télévisuelles, notamment au personnage de « Jamila » dans la série Les Filles de Lalla Menana et à son rôle dans Kenza f’douar, ainsi qu’à d’autres films et productions dramatiques. Ces dernières années, elle s’est tournée vers la mise en scène théâtrale avec Chaos et Takhrachich, élargissant ainsi son expérience d’actrice à un nouveau chemin sur les planches.
Mohamed Abderrahman Tazi appartient à une génération qui a contribué à la construction du cinéma marocain moderne. Diplômé de l’Institut des hautes études cinématographiques de Paris en 1963, il a poursuivi des études en communication à l’Université de Syracuse, à New York. Il a débuté comme photographe et directeur de la photographie au Centre cinématographique marocain avant de passer à la production et à la réalisation. Parmi ses films figurent Le Fils du chemin, Badis, À la recherche du mari de ma femme, Lalla Hobi, Les Voisines d’Abou Moussa et La Baïra. Son nom est également lié, dans cette édition, au film Fatema, la sultane inoubliable, qui revisite la vie et la pensée de Fatema Mernissi.
Le festival rend hommage à l’héritage de Fatema Mernissi à travers un programme spécial organisé en partenariat avec l’Association des amis de Fatema Mernissi pour les activités culturelles. Il comprend la projection du film Fatema, la sultane inoubliable de Mohamed Abderrahman Tazi. Cette célébration confère à Mernissi une présence qui dépasse le simple hommage symbolique, en reliant le cinéma à la pensée et aux questions sociales et culturelles qui ont marqué son œuvre.
Le cinéma québécois est l’invité d’honneur du festival, avec la projection de quatre films et une rencontre consacrée à l’expérience cinématographique au Québec, ainsi qu’un cours de cinéma donné par la réalisatrice québécoise d’origine marocaine Halima El Hatribi. Ce choix offre à l’édition un espace pour faire connaître des expériences féminines et cinématographiques hors du Maroc et ouvrir un dialogue sur les manières d’aborder les questions de la femme, de l’identité et de la société dans des cinématographies issues de contextes différents.
Noureddine Achmaou, président de l’Association Abou Raqraq et du festival, relie la particularité de cette édition au quarantième anniversaire de la fondation de l’association, tout en soulignant la place des questions sociales dans le programme du festival, au premier rang desquelles les problématiques liées à la femme. Cela confère à l’édition une dimension festive liée à l’histoire de l’association et à la continuité du festival comme rendez-vous annuel autour du cinéma de femmes.
Le festival consacre une rubrique intitulée « La femme… à travers leurs regards » à la lecture de l’image de la femme dans les films de réalisateurs hommes. La première édition de cette section accueille le réalisateur Mohamed Abderrahman Tazi. Cet axe apporte un autre angle au débat sur la représentation de la femme au cinéma, en passant de la présence des femmes derrière et devant la caméra à la manière dont les réalisateurs hommes construisent les personnages féminins et leurs enjeux.
Le programme rassemble trois concours principaux, dont les jurys sont présidés par Badi Mink, Catherine Bezençon et Hoda El Idrissi, ainsi que des projections, des conférences et des rencontres consacrées aux questions de la violence, de la parité et de la société civile. Il comprend également un « Dialogue des cinéastes » avec Hind Bensari et Sofia Alaoui, des projections en plein air sur la place du Grand Souk et des séances de dédicaces de livres.
La dix-neuvième édition du Festival international du film de femmes de Salé s’offre ainsi un espace qui unit l’hommage aux personnalités marocaines, la réactivation de la mémoire intellectuelle de Fatema Mernissi, l’ouverture au cinéma québécois et la formulation de questions sur la place de la femme dans la société et dans l’image cinématographique. Réunis, ces éléments dessinent les contours d’une édition qui ambitionne de célébrer le passé tout en ouvrant un débat renouvelé sur le cinéma et ses enjeux.
