L’IDENTITÉ EN QUESTION… EN FRANCE MAIS AUSSI AILLEURS.

"Tout simplement noir" montre que le militantisme demande de la culture générale et un travail de fond

Le 7 juillet 2020 sortait au cinéma le film de Jean-Pascal Zadi et John Wax « Tout simplement noir« . Quelques semaines avant, nous vivions le confinement. Quelques semaines avant, des manifestations autour du meurtre innommable de George Floyd par des policiers américains se multipliaient partout dans le monde. Quelques semaines après… Jacob Blake reçoit sept balles dans le dos toujours de la part de policiers américains. Le fait d’Être noir devient un sujet.

ILLUSTRATION : BERTRAND NAIVIN – @LE_CABINET_DE_BER / @LECABINETDEBER

Le film du réalisateur Zadi sort donc en pleine effervescence. Les questions sur l’identité font l’actualité. Les débats à ce sujet entre indigénistes et l’extrême droite se font de plus en plus nombreux mais aussi de plus en plus virulents. Malgré la crise sanitaire, les salles de cinéma désertées (une baisse de 70% de fréquentions) et les vacances, le long métrage arrive tout de même a se hisser à la tête du box office français avec 5 041 entrées sur 98 copies en région parisienne dont 2 591 entrées dans 28 salles à Paris même (selon Le Film Français) le premier jour. Fin août le film enregistrait 712 000 entrées au terme de sa 7ème semaine. Tout indique que le film se placera dans les hits de l’année.

MATHIEU KASSOVITZ ET JEAN-PASCAL ZADI

Et pour cause. Les clichés sur les noirs, le thème du communautarisme, de l’identité, de la francité et de l’anti-racisme qui devient un racisme comme les autres sont abordés avec finesse. Le film à sketchs montre que le militantisme demande de la culture générale et un travail de fond. Les raccourcis intellectuels peuvent faire autant de mal que les actes racistes eux-mêmes.

La scène où Mathieu Kassovitz cherche un « africain » pour un film sur la « douleur africaine » en est la preuve. « Je demande un noir (sous entendu un africain d’Afrique) et tu m’amènes un black » hurle le réalisateur tout en mesurant la taille du nez du comédien casté. C’est à mourir de rire que si l’on saisit la profondeur du propos. Toute l’idée du film pourrait se nicher dans cette séquence. La victimisation, la frontière ténue et pourtant épaisse entre les noirs de France et les noirs d’Afrique. Ces noirs de France que nous devrions définitivement nommés « Ces français » et ce sans aucune forme d’ambiguïté sont loin de ce quotidien africain. Mais ils s’en sentent plus que proche et c’est cela qui trouble les identités. L’identité tranquille passe par la reconnaissance d’une histoire, d’une douleur et par le sentiment appartenance à un pays en l’occurrence la France. Les deux sont liés.

Toutes les scènes ont cette force.

À travers la déambulation parisienne d’un acteur raté, maladroit, inculte et qui ne réagit qu’à l’émotion, le film pousse à la réflexion. Il ne faut pas se fier au casting hallucinant du projet qui pourrait laisser penser que chacun tirera la couverture à lui. Tout y est équilibré et écrit au millimètre. C’est drôle et intelligent.

C’est exactement maintenant que les réflexions autour de notre identité doivent avoir lieu. Maintenant car les émotions justement s’affrontent. Un drame survient aux États-Unis et le monde entier se sent américain alors que nos histoires diffèrent. La nuance disparait pour laisser place à l’invective et aux discours de victimisation. Tout se mélange alors que la question identitaire grandit sur les réseaux sociaux embarquant avec elle toutes les approximations. Jean-Pascal Zadi ne tombe pas dans le piège. Au contraire, il les dénonce. Le personnage tient à organiser la première grosse marche de contestation noire en France.

FARY ET JEAN-PASCAL ZADI

Il rencontre Fary, l’humoriste puis Joey Starr, Eric Judo, Ramzy Bedia, Melha Bedia, Claudia Tagbo, Omar Sy... et tant d’autres. Chacun le fait évoluer sur sa décision ce qui montre que le militant hésite entre devenir une star ou porter haut son engagement politique. La force narrative est inscrite ici. La frustration de cet homme noyé dans des colères malsaines est grande. Il met cette énergie négative au service d’un combat qui le dépasse. C’est de là que viennent les incohérences et les erreurs de juments car en effet le militantisme, je le répète, demande du fond et de la hauteur de vue.

« Tout simplement noir » fait parti de ces œuvres qui rencontrent une époque. Nous nous souviendrons longtemps de ces scènes pensées et incarnées. Reste à savoir si le métier au travers des César peu enclin à récompenser des comédies populaires sera du même avis.

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