MICHEL GONDRY S’EMPARE DE BORIS VIAN. L’ECRIVAIN ET JOURNALISTE CLAIRE JULLIARD, AUTEUR D’UNE BIO SUR VIAN A AIME LE FILM !

INTERVIEW. Boris Vian adapté au cinéma par Michel Gondry ! Cette affirmation annonce une promesse enivrante. Le réalisateur aime les expériences immersives et possède un univers hypnotisant. L’artiste semblait tout désigné pour s’attaquer à cette figure de la littérature qu’est Boris Vian et son chef d’œuvre « L’Ecume des jours » publié en 1947 par Gallimard. La Ruche Média a croisé la route de Claire Julliard, écrivain et journaliste littéraire au Nouvel Observateur et spécialiste de Boris Vian. L’auteure a publié une biographie intitulée tout simplement « Boris Vian » chez Gallimard en 2007. Désormais étudié dans les écoles, cet ouvrage finement fouillé et essentiel est devenu une référence.

La version Gondry de « L’écume des jours » en salle demain, est très attendue.

Du stylo à la caméra, il y a peut être moins qu’un pas…

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D’où vient votre intérêt pour Boris Vian ?

A l’adolescence, comme beaucoup, j’ai eu un coup de foudre pour « L’Ecume des jours« .  Tout m’a fasciné, l’humour, l’inventivité, la mention « Memphis-Davenport » à la fin du livre. Et bien sûr l’histoire d’amour entre Colin et Chloé. Au collège, j’ai connu une grande période d’effervescence vianesque où j’écrivais à l’encre Bleue-des-mers-du-sud comme lui, où je parsemais mes cahiers de ses citations comme : « Je passe le plus clair de mon temps à l’obscurcir« . Boris Vian a aidé un grand nombre de jeunes à passer la délicate période dite de « l’âge ingrat ». Cet écrivain parle au cœur des adolescents. Ils se reconnaissent dans son esprit d’escalier, sa fantaisie onirique, son « potachisme », et surtout ils se laissent emporter cette grande vague d’émotions qui déferle dans « L’Ecume« , ouvrage d’un romantisme échevelé… J’ai eu un peu peur de le relire à l’âge adulte, avec moins de naïveté lorsque j’ai décidé d’entreprendre sa biographie. Mais j’y ai retrouvé ce que j’avais aimé. Rien à faire, ce livre est magique.

« L’Ecume des jours » avait déjà fait l’objet d’une tentative d’adaptation contestable. Que pensez-vous du film de Gondry ?

J’ai toujours pensé que « L’Ecume«  était un livre impossible à adapter. Je suis donc allée le voir avec des réticences, en dépit de l’admiration que j’éprouve pour Michel Gondry. D’emblée, la folle créativité du film m’a séduite, son coté Méliès, sa drôlerie. On pourrait craindre que ces cascades d’effets ne finissent par gommer le principal, c’est-à-dire l’émotion. Mais non. Le film bascule de manière remarquable du merveilleux au tragique. Et de la couleur au noir et blanc. Gondry réussit la prouesse d’être très fidèle à l’esprit du roman tout en y mettant beaucoup de lui-même. Le télescopage de ces deux univers est une réussite. On en ressort bouleversé. Cependant, je pense qu’il va susciter des réactions contrastées. Les gens qui ne sont pas familiarisés avec l’univers de Vian risquent d’être quelque peu surpris, surtout dans le premier quart d’heure.

« L’Ecume des jours » avait eu du mal à trouver son public à sa sortie en 1947. Il ne s’est imposé qu’après la mort de l’auteur ?

Oui, sa publication chez Gallimard est restée très confidentielle. Le livre avait néanmoins été soutenu par des personnalités comme Sartre ou Queneau qui y voyait « le plus poignant des romans d’amours  contemporains ». Le scandale provoqué par la parution de « J’irai cracher sur vos tombes » sous le pseudonyme de Vernon Sullivan a éclipsé ce qu’il considérait comme sa véritable œuvre. En son temps, Vian était plus connu comme fantaisiste, comme le trompettiste animateur du Tabou que comme un véritable écrivain. C’est mai 68 qui l’a porté au pinacle, neuf ans après sa mort. « L’Ecume des jours » est devenue une œuvre phare d’une jeunesse révoltée. Depuis, son succès n’a jamais cessé. On rencontre toujours dans les collèges et les lycées, des fans absolus de Boris Vian.  Pour eux, l’histoire de Colin et de Chloé reste un rite de passage de l’enfance à l’adolescence. Pour certains même, c’est une voie d’accès à la littérature.

livre vian

 Yasmina Jaafar

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