PATIENCE PRISO, OU LE PARCOURS D’UNE UNE JEUNE REALISATRICE/PRODUCTRICE SANS LANGUE DE BOIS.

RENCONTRE. Patience Priso est une réalisatrice et une productrice au tempérament bien trempé. Elle est à la tête de Goodstuff, une société de production de cinéma et d’audiovisuel. La Ruche Média part à la découverte de ceux et celles qui marqueront les prochaines années par leur talent et leur vision. Ici, cette jeune femme d’une trentaine d’années est aussi secrétaire adjointe de la FJPI (Fédération de Jeunes Producteurs Indépendants), Membre du SPAM (collectif de scénaristes) et agit au sein de la Maison des scénaristes. Patience Priso est donc au faite de son époque. Munie de son parcours différent et de son regard acéré sur le monde du cinéma, elle nous parle sans équivoque de ses désirs, ambitions et projets.

Photo : Safia Ibrahim

Quel est votre parcours ?

J’ai fait des études scientifiques, mais j’ai toujours été proche du milieu artistique ! A 20ans, je suis partie étudier à Londres : j’avais déjà une attirance pour l’image et l’écriture. Je me suis dirigée vers des cours de journalisme pour devenir photojournaliste. Puis j’ai réalisé que j’avais des choses à dire, à raconter. Je suis devenue chef opératrice et réalisatrice. Après quelques années dans le clip, en tant qu’assistante production et assistante réalisation, je me suis sentie capable de produire et de réaliser moi-même. J’ai donc créé ma société de production. J’ai beaucoup appris sur l’industrie du cinéma. J’ai complété mes compétences images en formation continue en prise de vue à Louis Lumière puis post-production à la Fonderie de l’image (CNA-CEFAG).

Je ne me destinais pas à faire tout à la fois, mais en connaissant mieux les métiers des autres, on peut discuter avec les équipes techniques et artistiques, et surtout on devient un meilleur producteur : on a une expérience de terrain sur des problématiques concrètes, on maîtrise mieux les coûts et la faisabilité. Au bout de 8 ans, j’ai mis fin à cette aventure pour créer Goodstuff Production.

Et cette nouvelle aventure…?

En 2010, la création du collectif Goodstuff avec mon amie et collègue Apolline Piccadaci, a ravivé mon goût de l’entreprenariat dans  un esprit fun et collectif/participatif. J’ai envisagé tout ça avec plus de simplicité, plus de réseau, de partage et de transmission. J’ai produit  des clips et tourné mon premier court métrage Non Assistance.

Depuis mon réseau s’est élargi, je me suis concentrée sur le développement de projets du catalogue Goodstuff, et des talents qui les composent.

Quel est votre regard sur l’organisation du cinéma en France en 2013 ?

Je pense que le cinéma français a beaucoup d’atouts dans son organisation, des ressources parfois mal exploitées ou mal réparties. Le système est frileux et n’offre pas forcement d’ouvertures aux arrivants. Ça manque de relai et de transparence sur les informations Il y a plein de codes, de règles méconnues des personnes qui n’ont pas de réseau, ni de recommandations.

Les français n’ont pas la culture de l’échec ou du risque comme les anglosaxons. Les décideurs ne se fient plus vraiment à leur intuition, on discute tout, trop et en attendant les projets en souffrent, ils perdent de leur fraîcheur, identité et authenticité à force de vouloir les modeler à un public. Je trouve que le spectateur est souvent méprisé, on insulte son intelligence à comprendre, à accepter les choses. Or, le cinéma et la télévision, comme les livres, sont des médiums où l’on peut s’évader et prendre des risques. Vivre des choses extraordinaires ou horribles, avec beaucoup d’émotions. Alors, pourquoi ne pas offrir simplement au public des œuvres à identité forte, et il jugera lui même ! Le cinéma est plus libre sur ces questions. C’est pourquoi je suis plus tenté par la réalisation cinéma, mais j’aimerais apporter cette audace et liberté en télé. Le gap immense entre les moyens de productions, les différents débats sur les salaires, les coûts etc… montrent qu’il est tant de changer cette opacité, investir plus dans le développement, l’écriture, les pools scénaristes, le développement de talents. De bons projets et scénarii amèneront de bons acteurs « bankable » à des tarifs raisonnables, si le rôle leur plaît, ils porteront le projet.

De même, bien que je trouve honorable que des passionnés arrivent à monter leur film « no budget »  avec des bouts de ficelles pendant des années et rencontrent ensuite le succès (ils ne sont que très peu actuellement), je ne prône pas cette méthode ! Elle s’avère réductrice et non professionnalisante. Elle touche principalement des personnes issues de milieux urbains. Dire qu’ »on a tourné avec rien » ou qu’ »on a fait un long avec 500€ » est un mensonge marketing et un manque de respect pour les équipes, les fournisseurs qui ont contribué au projet. N’oublions pas que les apports en nature et en industrie apparaîssent dans les plans de financement.

Donc valoriser les  participations, c’est important.

Aujourd’hui, j’aimerais bien pouvoir rémunérer mes équipes même sur du court métrage. Mais hélas la tendance de ce format ne semble pas aller dans ce sens. Je fais avec ! Etant membre de plusieurs groupes de scénaristes, j‘opte actuellement pour du développement de projets avec des co-auteurs. La Fédération de Jeunes producteurs indépendants (FJPI) aborde tous ces sujets. On tente de trouver des solutions pour créer des liens avec les producteurs installés et faciliter les rapports avec les diffuseurs et partenaires financiers. Et ça marche bien !

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Goodstuff a quel âge ?

Presque 3 ans. J’ai rencontré mes associées Apolline Piccadaci et Cécile Friedman, via des rencontres pro et des tournages. Avec Apolline, on avait des ambitions communes et complémentaires et on a fédéré d’autres talents : techniciens, amis, collègues… pour créer un collectif et faire nos propres productions.

Les initiatives telles que celles de la Maison des scénaristes à Cannes et Les Journées des Jeunes Producteurs Indépendants en juin à Paris (JJPI) nous ont donné une plus grande visibilité et une opportunité de jauger le potentiel de nos projets. Après maintes développpements, nous souhaitons aujourd’hui faire de la coproduction.

Quels sont les dénominateurs communs de toutes vos productions ?

Les femmes comme héroïnes principales, des parcours singuliers qui montrent la complexité et la diversité du genre féminin et de sa place dans la société. Ce sont des héroïnes hors diktats que je souhaite valoriser. Mes héros, tout genre confondu, ont une même quête de liberté : d’exister comme ils sont. Mon but est de faire vivre aux spectateurs une aventure existentielle inédite, qui invite à aller plus loin sur des questionnements de société, générationnels et identitaires.

Que recouvre la prochaine ?

Le prochain ? Les prochains ! Je suis en développement croisé avec plusieurs projets, à différents stades : écriture, développement, tournage de pilote pour certains : un dyptique de court métrages Jihane/Amour Naturel, qu’on finance en partie avec l’aide des internautes via du crowdfunding, ainsi qu’un projet de série Les Confidences de Raquel M. Pour le cinéma, je développe deux longs métrages : Another Me, le parcours atypique d’un héro transgenre et un biopic sur l’une des première DJ électro/techno française, DJ Sextoy, une épopée générationnelle et musicale. Pour la TV et le Web, nous préparons un shortcom et des pastilles comiques avec Aktress et Les Connards Stressés.

Les films qui vous attirent… ?

Les films engagés ! En général, je suis conquise dans les quinze premières minutes. J’aime être dans le ressenti et être surprise et séduite par les personnages. Le cinéma doit surtout amener une critique sociale propice à une réfléxion sur le monde d’aujourd’hui. J’ai une attirance pour les films asiatique, le cinéma coréen et étranger. Je vais volontiers découvrir ces perles, voyager dans le monde depuis mon fauteuil, et me rendre compte de l’universalité des thèmes et de leur résonnance. J’ai un penchant pour les films noirs, les dramédies (plutôt humour noir et décalé), et les films d’époque. Mon spectre est large, je me déplace en fonction du réalisateur/réalisatrice mais rarement selon les acteurs à l’affiche. Je me méfie d’un casting trop « bankable », les promesses sont rarement tenues.

Où vous voyez-vous dans dix ans ?

Je suis une « serial entrepreneuse« . Je m’éspère à la tête d’un groupe média, comme Oprah (rire) ! Dans dix ans, je me vois installée dans la profession en tant que réalisatrice-productrice. Mes projets TV seraient à l’antenne depuis quelques années suivis par un public fidèle. J’espère pouvoir transmettre mon expérience à une nouvelle génération de talents dans le domaine des médias.

 

YJ

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