MARIE-FRANCOISE COLOMBANI VEUT DONNER LA PAROLE AU FEMMES SAVANTES DANS LES MEDIAS

Marie-Françoise Colombani est une journaliste qui mouille la chemise pour la cause des femmes depuis des années. A quelques heures de la Journée de la femme et des engagements du Groupe France Télévisions de voir le pourcentage de femmes spécialistes dans les médias augmenter, l’éditorialiste du Magazine « Elle » publie « Le Guide des Expertes« . Elles sont 400 tous domaines confondus : économie, crise financière, zone euro, fiscalité, épargne, système pénitentiaire, politique française, politique internationale, terrorisme, environnement, nucléaire, santé, médias, sciences, culture, armement, Europe, etc…

La Ruche Média a rencontré cette femme de choix qui démontre que les expertes existent. Il suffit d’avoir le courage de changer les habitudes.

Comment est née cette idée de « Guide » ?

« Le Guide des expertes » est né de la contestation que tout le monde peut faire, c’est à dire qu’à chaque fois que vous vous trouvez devant votre télé vous ne voyez qu’une femme entourée d’hommes. Au mieux 4 hommes pour une femme, au pire 5 hommes. Ce constat a été corroboré par le rapport du CSA sorti en octobre 2013. Ils ont beau faire des efforts radio/télé, on ne dépasse pas ces chiffres. Ou alors, vous n’avez que des femmes sur des sujets dits féminins comme l’éducation, la sécurité… et cette Journée de la femme pendant laquelle on ne voit qu’elle. Comme si il n’y avait que des femmes pour parler des femmes.

Y aura-t-il un autre guide ?

Je ne pense pas. Ce qui serait bien c’est que quelqu’un en prenne le relais. La première année, j’étais encore à Elle, on l’a créé et distribué avec l’aide de Stéphane Carrière notre éditeur. La deuxième année, il y en avait 320 puis maintenant 400. Il faut savoir que c’est un acte totalement militant mais que nous devons nous arrêter ici parce qu’on va finir avec des pavés. Je voudrais qu’une jeune start up s’empare du sujet et professionnalise tout ça pour en faire une base de données, la numériser et la vendre à une clientèle qui se dessine de plus en plus. Ce besoin existe pour tous ceux qui organisent des débats. Nous on l’a évidemment pas fait pour ça mais pour que l’action persiste c’est aussi une voix à suivre. On pourrait même faire la Journée des expertes…

Que pensez-vous des actions de France Télévisions en la matière ?

France Télévisions était partenaire l’an passé. Il en avait acheté beaucoup. Je félicite leur action et je la soutiens. Ainsi que les actions de Radio-France. France-Inter est une radio qui fait vraiment des efforts pour que les femmes soient plus visibles.

MARIE-FRANCOISE

Etes-vous optimiste sur un éventuel changement des mentalités d’ici 5 ans ?

 Ah !! J’espère que dans cinq ans il n’y aura plus de raison de faire des choses comme ça. Mais vous savez, il faut toujours se méfier. Regardez ce qu’il vient de se passer au Parlement européen avec le refus de la loi sur l’égalité salariale. Non, mais où sommes-nous ? C’est aberrant. Et les verts qui se sont abstenus. Un vrai délire. Je ne pouvais pas imaginer que les choses pouvaient encore se passer comme ça en Europe. Un recul inquiétant et gravissime. Donc, je comprends qu’il faut rester vigilant car tout peut arriver. Mais je reste optimiste, avec tout ce qui se fait dans les écoles et la lutte contre les stéréotypes, tout ça va s’améliorer.

 Pensez-vous que les femmes s’auto-censurent ?

C’est certain que le meilleur ennemie des femmes sont les femmes elles-mêmes. C’est pour cela qu’au travers de ce Guide, je souhaite une partie training et coaching pour leur apprendre à s’exprimer et à se sentir légitime. Elles manquent d’habitudes. Vous voyez bien qu’en réunion, entourées de 5 hommes, on n’ose pas s’imposer et prendre la parole.

Quel est votre regard sur la représentation des femmes dans les fictions françaises ?

Dans les fictions, c’est tellement facile de faire et de se reposer sur les stéréotypes. Créer une héroïne demande du travail et c’est bien plus aisé de faire avec ce qu’on sait. On en connaît les ressorts, la psychologie… C’est très important que les petites filles aient des modèles de représentation dans la fiction ou sur les plateaux TV. Hier, j’étais à BFMTV et il y avait une climatologue. Il y a quelque temps, on aurait entendu : « C’est quoi ça ? Qu’est ce que je vais aller faire dans ce domaine qui semble inaccessible ? ».

Guide-Expertes_2014_couv

Flyer Marseille V5

Les médias tentent de changer les choses en invitant les femmes sur les plateaux TV . Ne doit-on pas aussi être vigilant, sur la façon dont on leur donne la parole ? Combien de temps et pour dire quoi ?

C’est vrai et je peux en témoigner. Je me rappelle d’une fois où je me trouvais sur un plateau de télévision et plusieurs autres éditorialistes devaient être présents. J’ai refusé la présence de certains parce que je ne me sentais pas de me battre pour qu’on m’entende. J’avais très peu envie qu’on me coupe la parole. C’est un efforts à faire des deux côtés : les femmes doivent apprendre à se faire respecter et aux hommes de respecter leurs interlocutrices.

Votre événement aura lieu le 15 avril à Marseille. De quoi s’agît-il ?

Cette journée « Femmes, Solidarité, Entreprises » se déroulera à la Villa Méditerranée le 15 avril, en effet. J’y travaille d’arrache pied. C’est un événement important qui permet de mettre en relation des femmes des quartiers et femmes d’entreprises. Je pars du principe que lorsque l’on vient des quartiers sans expérience, sans boussole ni relation, tout reste difficile. Et pour sortir du chômage et du marasme, il faut monter une structure, même si l’entreprise est petite et qu’on est seule dedans… Au cours de cette journée, il se tiendra des ateliers pratiques de gestion. L’essentiel étant de pousser à l’action et à la solidarité.

Yasmina Jaafar

 

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